Louise Edouard Gourdon
A. BOURDILLIAT ET C ie , ÉDITEURS La reproduction et ia traduction sont réservées
LOUISE
La femme dont je vais vous parler, puisque vous voulez absolument que je vous conte cette douloureuse histoire, me dit mon ami, ne ressemblait en rien à celles dont s’inspirent ordinairement les poêles et les romanciers. En la voyant, personne n’eût songé à en faire l’héroïne d’une aventure d’amour, etquand je me reporte aux jours qui précédèrent notre liaison, mes souvenirs ne me retracent qu’imparfaitementles attraits qui me captivèrent. C’était peut-être sa main mignonne ou son pied cambré et remarquablement petit; peut-être aussi l’expression particulière de ses grands yeux bleus à certains moments; quand elle était heureuse et s’abandonnait à sa joie, son regard était alors limpide et franc comme celui d’un enfant. Elle avait pourtant vingt-six ans, et lorsqu’elle passait dans la rue, à pied, vêtue d’une
robe sombre et enveloppée dans un grand châle, on lui en eût donné trente. Mais parmi les passants de son chemin, bien peu la regardaient. A Paris les femmes jolies sont si nombreuses que les yeux n’ont pour ainsi dire pas le temps de se poser sur celles qui ne le sont ou ne le paraissent pas. Dans ses moments d’expansion, Louise disait volontiers, avec une expression de gaieté qui n’avait rien d'affecté, que son visage lui avait souvent gâté les triomphes de son pied.
N’allez pas croire qu’elle fût laide, pourtant I Laide, elle n'eût pas fait de semblables aveux. Comme toutes les femmes qui se savent une puissance quelconque, elle avait parfois des accès de franchise dont un sot eût pu s’étonner, mais qui ne pouvaient lui faire aucun tort dans l’esprit de ceux qui la voyaient assez souvent pour la bien connaître. En réalité, l’homme qui, l’ayant rencontrée à la promenade, ne lui avait accordé aucune attention, se fût montré beaucoup moins indifférent s’il l’eût vue chez elle.
Louise était de ce petit nombre de femmes qui, au rebours de presque toutes les autres, perdent beaucoup à être habillées, et n’ont jamais pu trouver ni une couturière ni une modiste qui sût, je ne dis pas ajouter à leurs charmes, mais simplement les laisser telles qu’elles sont. « Ma modiste est ma plus cruelle ennemie, » disait-elle en riant. Et c’était vrai. Elle avait un de ces visages que ni fleurs ni rubans ne peuvent accompagner, et qui tournent à la vulgarité quand on veut les embellir. Elle le savait, et cette conviction l’avait conduite à rechercher pour sa toilette les objets les plus simples : étoffes unies, nuances sombres, cachemires à petits dessins, peu de broderies, peu de rubans et jamais de fleurs.
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Elle avait horreur de ce que les femmes appellent l’étalage. Ce parti pris de simplicité était peut-être exagéré, et il lui nuisait certainement dans l’esprit de ceux qui font passer la robe avant la femme ; mais peu lui importait qu’on la prît pour une bourgeoise ou pour une duchesse. Elle ne paraissait pas jalouse de plaire, dans le sens que les hommes attachent ordinairement à ce mot.
Je n’ai jamais vu, en effet, une femme si peu envieuse des adorations banales du monde. Elle était véritablement insensible aux compliments. Quand ils portaient à faux, elle les accueillait par un soutire mélangé de mépris qui fermait la bouche aux plus intrépides ; quand, au contraire, ils étaient mérités, son regard semblait dire : « Quelle découverte vous faites là 1 II y a longtemps que je sais cela. » Elle n’était donc ni modeste, ni coquette. Elle paraissait avoir placé tout son bonheur dans l’intimité. Je n’ai jamais rencontré de femmes chez elle. Sa société ordinaire, société très-fidèle et très-attachée, se composait d’un petit groupe d’hommes connus pour la plupart, riches propriétaires ou fonctionnaires du dernier règne. Elle recevait aussi deux ou trois artistes en renom, qui venaient assidûment à ses mercredis.
Je ne connais rien de plus charmant que ces réunions peu nombreuses d’hommes bien élevés chez une femme aimable et encore jeune. Louise recevait ses amis avec une grâce parfaite. Chez elle on était à l’aise comme chez soi. On arrivait entre huit et neuf heures; à dix heures elle préparait et servait elle-même le thé, et tout le mondé s’en allait entre onze heures et minuit. On ne jouait pas; on causait. Aucun
sujet de conversation n’était proscrit, on parlait même politique, et, chose curieuse, due sans doute à la présence de la jeune femme et à la considération particulière qu’elle inspirait, non-seulement la discussion se maintenait toujours sur le ton d’une cordialité exquise, mais on savait se rendre aux arguments d’un adversaire et reconnaître tout haut qu’il avait raison. Ce petit salon présentait certainement un des côtés les plus attrayants de la société de Paris. Louise écoutait tout, se mêlait à la conversation par un mot heureux, et féminisait, pour ainsi dire, par la grâce et l’imprévu de scs observations, le mâle esprit de ses visiteurs. Douée d’une belle intelligence, elle savait aussi se taire et faire son prolit des choses nouvelles qu’elle entendait.
Ce n’était ni un esprit fort, ni une femme savante, ni un bas-bleu. A vingt-six ans elle voyait la vie comme beaucoup de femmes ne la voient qu’à quarante, c’est-à-dire qu’elle avait l’égoïsme de son bonheur. Elle demandait peu aux autres, mais elle exigeait ce qu’elle leur demandait. Pour être heureuse elle s’était fait une règle de conduite, cl elle mettait tous ses soins à n’en pas sortir. On la comblait, de joie en se montrant assidu, prévenant; on la désolait par une négligence inexpliquée. Sa plus vive satisfaction était de voir tous ses amis autour d’elle, et, jusqu’au moment où son petit cercle se complétait par l’arrivée de quelque retardataire, on voyait bien qu’il lui manquait quelque chose.
Sa vie s’écoulait ainsi sans secousses, chaque jour lui apportant la joie qu’elle souhaitait. On eût voulu lui donner une existence plus brillante, qu’elle aurait probablement refusé; mais aussi ou en eût fait la femme la plus mal-
heureuse du monde en lui enlevant une parcelle de son bonheur.
Je lui avais été présenté par un de ses amis qui était un peu le mien. Il m’en avait parlé comme d’une femme agréable, et m’avait surtout vanté les mérites et l’influence de la plupart des hommes qu’elle recevait. « Vous passerez chez elle, m’avait-il dit, quelques bonnes soirées, et vous y ferez de belles connaissances. C’est une de ces femmes qu’il faut prendre pour ce qu’elles paraissent être sans chercher à pénétrer le secret de leur vie. Pour nous tous qui sommes scs amis et qui lui donnons les soins qu’on donne à une femme du monde, c’est une veuve qui possède une fortune plus ou moins grande, mais indépendante et suffisante à ses besoins. Véritablement elle ne demande rien à personne, et si, en échange de la tasse de thé qu’elle vous offre et de l’excellent accueil qu’elle vous fait toujours, vous lui apportez un bouquet le jour de sa fête et un sac de bonbons le jour de l’an, elle se lient pour comblée et n’a pas assez de sourires et de paroles caressantes pour vous récompenser. Je ne lui connais pas d’amant, et je doute qu’elle en ait un parmi les hommes qui forment son cercle habituel. Tous ces hommes sont beaucoup plus âgés qu’elle, plusieurs sont déjà des vieillards. Quand je vous aurai introduit, vous représenterez la jeunesse et l’inexpérience dans la réunion. Entre nous, je vous dirai que je lui crois un attachement, provisoirement sinon définitivement rompu, mais auquel elle est fidèle. Certaines circonstances, quelques propos tenus devant moi dans une autre maison, me portent à penser que sort ami le plus cher n’est pas en ce moment àParis, et qu’elle
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doit aux soins de ce protecteur la considération dont elle est entourée. Si ces propos sont vrais,, il doit y avoir parmi ses amis les plus intimes quelques hommes qui sont dans la confidence, et ceux-ci ont sans doute formé le noyau de sa société. Il y a ainsi dans Paris des femmes qui, parties d’un peu bas et tombées plus bas encore, ont été relevées par la tendresse d’un homme distingué, se sont fait un esprit et un cœur à l’image des siens, ont vécu de sa vie, reçu ses amis, et se sont si bien habituées à aimer ce qu'il aimait, . qu’après la rupture elles mettent une véritable passion à recueillir tout ce qu’ellespeuvent des épaves du naufrage. A ce compte, le salon de M“* Louise ne serait que le radeau do son amour. Vous y viendrez, et vous jugerez par vousméme si l’image est juste. Tout ce que je vous ai dit d’elle jusqu’ici est à sa louange. Si vous voulez toute ma pensée sur son compte, j’ajouterai que je lui crois les défauts de ses qualités. Qu’elle ail peu ou beaucoup, elle doit tenir énormément à ce qu’elle a, et si elle n’est pas femme à courir les aventures pour augmenter son bien, je ne la crois pas non plus capable d’un dévouement ou d'une passion qui pourrait le compromettre. »
Mon introducteur ne s’était pas trompé. Je fus ravi de ces relations nouvelles, et le salon de Louise me parut un lieu plein d’attraits. Je n’aurais eu garde de manquer à une seule de ses petites soirées. Il est vrai que tout le monde, à l’exemple de la maîtresse de la maison, me faisait bon accueil. Bien au-dessus de moi par leur fortune, leur position ou leurs mérites, les amis de l’aimable femme m’accordèrent bientôt leur affection et me traitèrent sur le pied de l’éga-
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lité. J’eus le bon esprit de ne pas me faire illusion sur la cause de ces démonstrations sympathiques et de comprendre qu’elles étaient bien moins un hommage rendu à mes qualités personnelles qu’un acte de déférence envers Louise. On s’était aperçu qu’elle me témoignait de l’intérêt, et chacun lui faisait sa cour en se montrant bienveillant pour moi.
Je ne puis m’expliquer mon succès dans cette réunion d’hommes sérieux que par un effet de contraste. J’étais de beaucoup le plus jeune de la société. Dans la discussion j’apportais une ardeur que tous avaient dépouillée depuis longtemps. Je me montrais plein de confiance et d’expansion. Ces défauts ou ces qualités furent sans doute une agréable nouveauté pour Louise, car elle s’appliquait à les encourager par ses regards. Quand je parlais, elle m’écoutait avec cette attention intelligente et polie qu’elle accordait aux autres, . mais de plus ses yeux et ses lèvres prenaient une expression particulière d’approbation et de jouissance intimes. Elle me savait gré surtout de ce que je faisais ou disais pour amener le sourire sur ces visages pcui-être un peu sérieux. Quand j’avais raconté quelque bruit de salon, quelque anecdote nouvelle, elle était la première à m’applaudir, et plus d’une fois je la surpris interrompant son petit service de maîtresse de maison autour do ; table où elle préparait le thé, pour mieux m’écouter.
Je ne fis pas, naturellement, ces agréables découvertes tout d’abord. Les premières soirées que je passai chez Louise furent employées à étudier mon terrain, à connaître mes personnages, et ce ne fntqu’nprès un certain nombre de vi-
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silos que, sûr de moi et sachant comment m’y prendre pour être bien reçu, je pus observer les autres.
De ces observations je tirai la conséquence que j'étais arrivé chez Louise dans des conditions tout à fait favorables pour être distingué parelle ; que celte société d’hommes mûrs, savants, riches, spirituels, honorables et aimables, lui 'était infiniment précieuse, mais qu’au fond elle lui laissait un grand vide dans l’esprit sinon dans le cœur; d’où il me paraissait résulter que tout autre jeune homme présenté à ma place aurait eu le même succès que moi. « Ce qu’il lui fallait, me disais-je, c’était un contraste : des cheveux bruns et abondants parmi ces têtes chauves ou grisonnantes; une voix fraîche, un rire franc parmi ces voix que l’Age ou l’expérience ont décolorées; des yeux brillants et gais à côté de ces yeux voilés ou à demi éteints ; un front pur et uni au milieu de ces fronts plus ou moins ridés et assombris. Voilà ce qu’il lui fallait, que ce fût Pierre ou Paul qui le lui apportât. . J’ai été celui-là, mais je n’en dois Tessentir aucune vanité. J’ai répondu à uu besoin, voilà tout. Une femme de vingtcinq ans et libre ne peut pas faire son unique société d’hommes qui ont le double de son âge. En dehors des intérêts humains, la jeunesse va nécessairement à la jeunesse. Dans son salon je suis son pendant, je la complète ; elle vit mieux parce qu’elle sent à côté d’elle une âme sœur de la sienne par les impressions et les désirs... Mais tout autre homme de mon âge, peut-être même plus laid, présenté à ma place, aurait été aussi bien accueilli... »
Même après avoir acquis la conviction du rôle important que je jouais dans le côté visible de la vie de Louise, je ne
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songeais nullement à en faire la conquête. D’abord je ne la trouvais pas jolie ; ensuite, cette existence méthodique, cet entourage presque solennel m’effrayaient un peu. Je m’étais fait volontiers le frère de Louise, j’éprouvais môme un vif plaisir à me sentir dans sa confiance, mais je ne désirais pas être son amant.
Je ne l’avais jamais vue que le soir, chez elle, à la lumière de son salon, et je l’avais peu regardée, c’est-à-dire que, tout en ayant décidé dans mon esprit qu’elle manquait de beauté, j’aurais été fort embarrassé si, hors de sa présence, on m’eût dit de dépeindre ses traits. C’est à peine si j’avais remarqué qu’elle était blonde et grande. Il en est ainsi de presque toutes les femmes dont le visage ne nous émeut pas : nous les regardons sans les voir et pouvons nous rencontrer pendant des années entières avec elles sans savoir si elles ont les yeux bleus ou gris.
Un jour (on était à la lin de l’hiver et ma présentation remontait déjà à trois mois), je reçus un billet de Louise, le premier qu’elle m’eût écrit. Elle me priait d’aller lavoir dans la soirée. Elle avait, disait-elle, un service à me demander. C’était un vendredi et elle recevait le mercredi. L’idée que j’allais probablement me trouver seul avec elle, pour la première fois, me traversa le cerveau mais ne s’y fixa pas. Je ne lui prêtai aucune arrière-pensée et pris son billet au pied de la lettre. A huit heures on m’annonçait chez la jeune femme. Cette fois elle me reçut dans son boudoir, une pièce de son appartement que je ne connaissais pas. Louise fut presque froide ; elle se montra plus réservée que dans son salon et me traita moins bien que devant scs amis. Je sentis
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cetle nuance, qui me choqua môme un peu d’abord, mais qui laissa intact le trôs-vif désir que j’avais de lui ôtre agréable. Je m’empressai donc de lui dire que j’étais tout à sa disposition. U s’agissait de l’accompagner le lendemain dans un magasin où elle craignait une contestation à propos d’un châle qu’elle avait renvoyé. « Je n’ai pas voulu, me dit-elle, mettre un de mes hommes graves dans cette confidence do chiffons, et j’ai pensé que vous voudriez bien me rendre ce petit service. » II fut convenu quejo viendrais la prendre le lendemain à deux heures, et nous parlâmes d’autre chose.
Nous parlâmes du temps . ce sujet de conversation de ceux qui n’en ont pa3 d’autre, et de ceux qui ont à se dire des choses qui tiennent tant au cœur qu’elles ne peuvent pas tomber des lèvres. Louise me parla d’elle, peut-être pour m’encourager à lui parler do moi. Elle attendait impatiemment la lin de l’hiver. Il lui tardait de voir du soleil dans le ciel et de la verdure sur les arbres. Elle comptait quitter Paris aux premiers beaux jours pour aller habiter une campagne des environs. Où irait-elle ? elle n’en savait encore rien. Je lui demandai si ces absences étaient dans ses habitudes, et comment elle pourrait se passer de sa petite cour d’hommes distingués. Elle me répondit que tous ses amis so dispersaient au printemps ou un peu plus tard, les uns pour se rendre dans leurs terres, les autres pour voyager à l’étranger, et qu’ello mourrait d'ennui si ellcf restait à Paris dans son appartement désert.
« La campagne, me dit-elle, a des compensations. Elle fait à vos yeux une fête perpétuelle qui peut vous tenir lieu de beaucoup de choses. Elle vous occupe quand on
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l’aime, et emplit votre temps. Je ne m’y ennuie jamais. Je m’v fais un petit entourage de bâtes ou de choses à soigner: coqs, poules, pigeons, lapins et fleurs. Je jette un peu de variété dans mon existence par quelques voyages à Paris, et je vois ainsi les journées et les semaines s’ajouter les unes aux autres, uniformes et un peu monotones peut-être, mais douces et rafraîchissantes. »
J’étais surpris de l’entendre parler ainsi, et je me demandai si cette pastorale était bien sincère. Je lui croyais, au fond, une de ces organisations moyennes et un peu vulgaires qui ne savent pas se suffire à elles-mêmes, qui redoutent autant l’isolement que le tumulte, et qui ont besoin, pour être heureuses, d’une demi-lumière et d’un demi-mouvement. Pourtant elle parlait avec tant de simplicité, et l’expression de son regard était en si parfait accord avec ses paroles, que je rejetai bien vile l’idée d’une petite comédie de femme. Et puis, me disais-je, pourquoi chercherait-elle à se montrer à moi autrement qu’elle n’est? Elle avait cru sans doute saisir sur mon visage l’expression d’un sentiment peu sympathique à son idée de villégiature, car elle ajouta après une pause : « Pour vous, Parisien pur sang, vous ne comprenez et vous n’aimez probablement que Paris. Si vous le quittez, c’est au cœur de l’été, quand il se quitte tout à fait lui -même pour se disperser aux Pyrénées, aux bains de mer ou dans les eaux d’Allemagne, et je gage que vous y revenez avec ivresse dès le mois de septembre. Il vous fhut le boulevard, les premières représentations, votre club, les soupers. Quand le hasard vous- conduit aux champs, vous y regrettez la poussière et les vapeurs d’asphalte de la grande
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ville. Je ne vous en fais pas un reproche, car la plupart des jeunes gens sont comme vous. Paris est un enchanteur
qui se fait aimer autant par ses défauts que par ses qualités. »
Son ton légèrement railleur me piqua. J’eus un instant l’idée de la quitter sans rien faire pour qu’elle me connût mieux. Elle s’aperçut sans doute de mon hésitation, car elle me dit d’une voix douce et pénétrante, que je ne lui connaissais pas :
— Me serais-je trompée?
— Madame, lui dis-je, comment avez-vous pu faire si bon accueil à un homme que vous jugez si léger? Le portrait que vous venez de peindre n’est pas le mien. J’aime Paris comme tout homme intelligent doit l’aimer. Je l’aime pour sa beauté, ses richesses intellectuelles incomparables, ses trésors artistiques, ses merveilles industrielles, tout ce qui en fait la première ville du monde; je l’aime aussi pour sa vie facile, également douce au pauvre et au riche ; je l’aime surtout pour cette indulgence extrême qui fait qu’un homme comme moi peut, sans être bien connu, être admis dans la société, et presque dans l’intimité d’une femme comme vous; mais je ne suis pas fanatique de Paris au point d’oublier le reste de la création. Même à Paris, je salue dans un homme illustre le pays qui l’a vu naître, dans un vin généreux le coteau qui l’a produit, dans la guipure qui entoure votre col les humbles mains qui l’ont faite, dans une belle peinture les beautés naturelles dont l’artiste s’est inspiré. Voyez si vous avez été injuste à mon égard, et dites si ce n’est pas moi qui aurais quelque chose à vous pardonner ?
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J’avais un trop vif désir de la persuader pour ne pas observer l’effet de ma tirade. Sans doute qu’elle me crut sincère, car son visage s’éclaira d'un doux sourire, tandis que ses yeux, attachés sur les miens, y recueillaient toute l’expression de vérité que je n’avais pu mettre dans mes paroles. Quand j’eus fini, elle me tendit la main et me dit avec un certain embarras qu’elle cherchait à déguiser .
— Nous nous connaissons à merveille maintenant. Pardonnons-nous, et ne regrettons pas cette petite confession réciproque, puisqu’elle nous montre l’un à l’autre tels que nous sommes. On peut se rencontrer pendant des années entières dans le monde sans se connaître assez pour s’apprécier dans la mesure de ce qu’on vaut. Quelle bonne idée j’ai eue de vous inviter à venir me voir ce spir, et quel plaisir vous me faites d’être venu ! Mais ceci me rappelle votre promesse : c’est bien entendu pour demain à deux heures, n’cst-ce pas î
Pendant qu’elle parlait ainsi, j’avais g z?iié sa main dans les miennes. Celte main, ne l’ ai-je pas dit? était une petite merveille. Elle sortait blanche, fine, douce, potelée et légèrement rosée vers l’extrémité des doigts, d'une manche boutonnée sur le poignet. Louise la retira doucement ; elle sonna, demanda le thé et se leva pour le préparer sur un guéridon placé entre nous deux.
Du fond du fauteuil où j'étais assis, je me mis alors à l’observer attentivement. Décidément elle n’était pas jolie! Pourtant, en prenant isolément chacun de ses traits, on n’avaitnul grave reproche à adresser à aucun d’eux. Elle n’était ni sèche ni froide, et ses yeux savaient s’animer de la
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plus caressante lumière. Que lui manquait-il donc pour qu’elle fût belle? Je me le demandais inutilement. J’accusais sa société ordinaire de vieilles gens, milieu pernicieux peut-être pour une jeune femme ; j’accusais aussi la trop grande sévérité de sa toilette. En poursuivant ainsi mentalement la solution d’un problème qui me paraissait piquant, je n’avais, je vous le jure, aucune arrière-pensée, aucun vague désir de possession. Je voyais Louise, non pas d’un œil indifférent, mais d’un œil désintéressé. J’éprouvais près d’elle ce sentiment pénible, presque douloureux, qu’éprouve uu connaisseur en présence d’une œuvre d’art qui n’est pas sous le jour nécessaire à sa beauté.
Quand je quittai la jeune femme, j’avais encore l’esprit tout rempli de ces idées. Elle s’était probablement aperçue de ma préoccupation, mais elle ne m'en avait rien dit, peutêtre parce qu’elle se l’expliquait d’une certaine façon. Dans tous les cas, elle devait être à cent lieues de la vérité.
Au moment où nous allions nous séparer, elle me remercia de nouveau, et me congédia par une cordiale poignée de main. *
La démarche qu’elle avait paru craindre et que nous fîmes le lendemain à l’heure convenue ne présenta rien de particulier.
J’aurais pu croire, question d’amour-propre à part, qu’elle avait forgé ce prétexte pour s’assurer, par une première épreuve, si elle pouvait disposer de moi. « Je lui conviens peut-être, pensais-je, non pas comme amant, elle n’y a jamais songé, mais comme ami et confident. » Il s’agissait, je l’ai dit, du renvoi d’un châle qu’elle avait acheté et payé.
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Elle était trop connue dnn9 la maison pour que ce caprice ne lui fût pas pardonné. On lui rendit son argent de la meilleure grâce du monde, et on l’accompagna respectueusement jusqu’à la porte. On n’cût fait ni plus ni mieux pour une duchesse. Il est vrai que rien dans sa personne ne pouvait autoriser qu’on la traitât légèrement, car rien au monde ne ressemblait moins qu’elle à une femme légère.
Le temps était froid mais beau. Au moment de remonter en voiture, je lui demandai en riant si elle n'avait pas d’autres affaires contentieuses à régler en ville, et je lui offris de profiter du soleil pour faire un tour au Bois. Elle accepta après quelque difficulté. Elle ne voulait pas, disaiu elle, abuser de mon temps, et prétendait me rendre à la liberté sur-le-champ.
Au Bois, nous reparlâmes campagne. Je lui dis que, puisqu’elle était décidée à louer aux environs de Paris, elle devait s’en occuper sans retard, que les premiers choix étaient toujours les meilleurs, et que plus tard on avait peu de chance de bien tomber. Mais de quel côté diriger ses pas ? Il faut se préoccuper du pays avant de chercher le gîte. Le choix d’une maison de campagne, même pour n’y passer qu’une saison, est chose délicate. Aux champs, on hait bien vite ce qu’on n’aime pas, parce qu’on a tout son temps pour le haïr. Le problème consiste donc à trouver une demeure, château ou chalet, qui vous plaise pendant six mois. Quand le lieu est chofei, il y a la question du voisinage, celle de l’ombre et du soleil, celle de la poussière et celle des eaux. Tel nid au fond d’un vallon vous paraîtra charmant par un beau soleil, qui sera un affreux trouàcra-
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pauds les jours de pluie, et une piscine brumeuse le soir. Vous avez un jardin délicieux, bich encadré d’arbres, et vous vous réjouissez de la liberté dont on y jouit, lorsque vous vous apercevez un jour qu’il est traîtreusement dominé par le kiosque du jardin voisin, d’où le propriétaire, placé en vedette, observe consciencieusement vos faits ctgestes.il n’en faut pas davantage, quand on a des nerfs, pour prendre une maison de campagne en aversion et l’abandonner.
Nous étions descendus sur le bord du lac, et nous en suivions le sentier en nous disant tout cela. Nous tombâmes même d’accord qu’une personne seule ne pense jamais à tout, et que pour s’exposer moins aux regrets d’un mauvais choix, il était prudent de se mettre en quête à deux. De !à au projet de faire ensemble de charmantes excursions aux environs de Paris il n’y avait que l’épaisseur d’un mot, et ce mot je le dis. Je l’invitai à disposer complètement de moi, lui affirmant que j’aurais le plus grand plaisir à m’associer à scs recherches. J’ajoutai, pour achever de triompher de la vive opposition qu’elle me fit, que je m’étais moi-même chargé de trouver une maison de campagne pour une de mes parentes. Elle vit bien que je mentais, mais elle me sut gré du subterfuge en faveur du motif qui me l’inspirait, et elle m’en paya d’un sourire. Lorsque nous remontions en voiture pour rentrer à Paris, il était déjà convenu que je l’accompagnerais dans ses pérégrinations. Pendant le trajet du Bois à la rue Tronchet, où elle 'demeurait, elle parla peu, et je crus voir qu’elle me considérait à la dérobée, à travers sa voilette épaisse, qu’elle n’avait pas cessé de tenir baissée devant ses yeux depuis que nous étions sortis.
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Cherchait-elle à lire sur mon visage l'effet produit en moi par le contrat que nous venions de sceller ? Si elle avait pu y trouver l’expression de la vérité, elle eût vu que je n’avais pas voulu lui tendre un piège, et qu’en lui offrant de me mettre de moitié dans ses recherches, je ne m’étais proposé que de lui être agréable et de faire avec elle une école buissonnière de quelques jours. L’innocence môme du projet avait quelque chose d’original qui me tentait.
Quand nous arrivâmes à sa porte , il était près de quatre heures. Le froid nous ayant un peu saisis dans la voiture, Louise m’invita à monter chez elle pour me chauffer un instant. Je fis de nouveau connaissance avec son boudoir. Je m’assis devant le feu, et Louise releva la portière d’une pièce contiguë où elle entra. C’était sa chambre à coucher. Elle allait et venait, passant et repassant dans la zone de lumière que l’écart des tentures laissait pénétrer dans la chambre. Dans le fond , j’apercevais la tête d’un lit sur lequel descendaient de doubles rideaux de mousseline et de soie. Le tapis qu’elle foulait était blanc, semé de petits bouquets de roses. De cette pièce subitement ouverte m’arriva une bouffée embaumée : c’était comme une brise de printemps que la chambre envoyait au boudoir en échange de
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sa joyeuse lumière. Louise avait ôté son châle et son chapeau , puis s’étant arrêtée devant la glace d’une armoire pour arranger ses cheveux : « Suis-je assez laide ! » dit-elle tout haut, d’un ton convaincu et comme en se parlant à ellemême. Cette exclamation appelait-elle un démenti? Je le crus, et tout le monde l’eût pensé comme moi. Je me levai, et me plaçant tout près de la porte sans en franchir le seuil : « Assez laide? lui dis-je. Vous êtes bien sévère pour vousméme, et plus d’une femme que l’on dit jolie voudrait bien avoir ce visage-lâ I » Elle tourna la tète de mon côté en riant, fit un léger mouvement d’épaule et ne répondit pas.
Je n’avais pas cru dire si vrai. Dans le cadre charmant où elle se trouvait alors, elle me parut comme transfigurée. Sa chambre était d’une richesse et d’une coquetterie qui formaient un contraste frappant avec le reste de son appartement. Au milieu de ce luxe féminin et de bon goût, Louise était tout à fait à sa place. Elle recevait pour ainsi dire un éclat de chacun des objets précieux qui l’entouraient. De sa magnifique chevelure blonde, un peu en désordre, s’échappaient de grosses boucles, que ses doigts d’ivoire s’appliquaient à remener sous le peigne, et qui retombaient sur son col , pur comme l’albâtre. Ses beaux bras relevés tour à tour permettaient à sa taille, à scs hanches et à sa poitrine, de se dessiner dans tous leurs avantages. Pradier eut trouvé dans les belles lignes de son buste rejeté en arrière et dans la souplesse de sa pose un de ses plus délicieux motifs, mais il eût été impuissant à rendre l’animation particulière de son visage. Je ne lui avais jamais vu ce regard ouvert et confiant. Ses yeux étaient vifs et doux comme deux bluets
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après la pluie. Scs joues, ordinairement pèles, s'étaient colorées d’un léger incarnat, et ses lèvres d’un pourpre vif, séparées par un rire moqueur, laissaient à découvert une double rangée de perles fines, éclatantes et blanches, enchâssées dans du corail.
La transformation était si complète, que je restai frappé d’étonnement et ne trouvai pas un mot à lui dire. Je savais bien que certains visages perdent ou gagnent beaucoup selon le milieu où ils sont, mais je ne pensais pas qu’il pût y avoir ainsi deux femmes absolument distinctes dans la même femme, l’une dépourvue d’attraits, l’autre, au contraire, presque jolie et rayonnante de ce fluide magnétique qui va droit au cœur. C’était à croire, ou que je l’avais mal vue jusqu’alors , ou bien qu’en ce moment môme j’étais la dupe d’une illusion de mes yeux. L’admiration que trahissait mon visage ne contrariait probablement pas Louise, car elle se plut à la prolonger en restant encore quelque temps devant sa glace. 11 n’v avait pas à s’y tromper, son étrange exclamation : « Suis -je assez laide ! » n’avait été qu’un moyen d’attirer mon attention. Je caressais ces idées encourageantes, et j’avançais déjà un pied pour me rapprocher d’elle afin de la voir mieux, lorsqu’ elle-même vint à moi, rentra dans le boudoir, fit retomber la portière de sa chambre à coucher et alla se placer en frissonnant devant le feu. Je l’avais suivie, je m’étais assis devant elle, à deux pas de sa chaise longue, et comme je la regardais sans lui parler, elle me dit :
— A quoi pensez-vous?
— Je pense, lui dis-je, un peu troublé par l’imprévu et
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la hardiesse de la question , à bien des choses , et comme toutes vous regardent, je me sens un peu embarrassé pour vous répondre.
— Rassurez-vous, je suis en veine d’indulgence, et à moins que vous n’ayez quelque énormité à me dire...
— Précisément !
— Vrai? Parlez donc bien vite alors, si vous ne voulez pas que l’incertitude me lue.
— Vous plaisantez quand ce que j’ai à vous dire est sérieux. Je parie qu’au premier mot vous allez me fermer la bouche.
— Vous allez donc me dire que vous m’aimez?
— Ce n’est pas par là que j’aurais voulu commencer.
— Dites toujours, et quand vous approcherez de la fin, vous me préviendrez.
— Nous sommes deux amis, deux bons amis, n’est-ce pas, qui se doivent un mutuel échange de leurs pensées? Eh bienl il m’en est venu une tout à l’heure, quand vous étiez dans votre chambre à coucher... C’est que ce petit paradis a peut-être son dieu.
Louise se redressa vivement sur sa chaise. Elle parut blessée, et me dit d’un ton sec :
— L’amitié a ses limites, et il me semble que vous les dépassez. Je pourrais m’offenser de votre question, à laquelle j’étais loin de m’attendre. J’aime mieux vous la pardonner en la mettant sur le compte d’un bon sentiment.
— Vous le voyez, lui dis-je, en essayant de rire à mon tour, ce que j’avais prévu arrive. Vous m’arrêtez au premier
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mot, et si vos lèvres me pardonnent, vos yeux me foudroient.
Je m’étais levé, j’avais repris mon chapeau, et je me disposais à me retirer, lorsqu’elle me fit signe de rester.
• — Au fait 1 c’est ma faute, dit-elle. J’ai été imprudente et presque folle dans mes encouragements. Vous auriez dit pire, que je ne pourrais m’en fâcher sans injustice.
— Alors, soyez complètement bonne, et puisque vous ôtes la seule coupable, punissez-vous vous-méme en répondant avec sincérité.
— Mais votre question est d’une inconvenance I
— Gela dépend de la manière de l’envisager. *
— Mais de quel droit me l’adressez-vous, et de quel intérêt ma réponse peut-elle être pour vous?
— Répondre à une question par deux questions est une tactique féminine connue, mais cela n’est pas répondre.
— Ainsi, vous avez pu supposer que j’avais un amant!
— Permettez! je n’ai rien supposé...
— Quand vous connaissez mon intérieur et mes habitudes aussi bien que moi-même ! Est-ce que tout ce qui m’entoure ne vous dit pas que je suis seule? Est-ce que je vous aurais demandé votre bras pour m’accompagner aujourd'hui, si j’avais eu à craindre les regards de quelqu’un? Est-ce que j’aurais consenti à me promener au Bois avec vous? Et nos projets de recherches à la campagne, les oubliez-vous?... Mais après tout, qu’ est-ce que cela vous fait que j’aie ou n’aie pas un amant? Je suis vraiment bien bonne de vous dire tout cela, sans savoir quel est le sentiment qui vous
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pousse. Est-ce la simple curiosité? Vous seriez bien indiscret !
— Ce n’est pas, lui dis-je, pour contenter une curiosité indiscrète que je me suis permis de touclieF à ce sujet délicat. J’ai été mû par un motif plus avouable et plus sérieux, par mon amitié elle-même, et au risque de me nuire, je veux être avec vous d’une franchise entière. En vous voyant tout à l’heure telle que vous êtes, quand vous voulez bien vous rappeler que vous êtes femme , je me suis dit combien je serais ombrageux si je possédais un pareil trésor, et malheureux si je me croyais menacé de le perdre. J’ai voulu savoir si un autre n’a pas des droits qui ne sont pas les miens, afin de ne pas être une cause de .chagrins amers entre lui et vous. Cette préoccupation, au lieu de vous offenser, devrait vous dire le prix que j’attache à votre amitié et l’estime que j’ai pour votre personne. Si je vous estimais moins, en effet, il m’importerait peu de troubler votre vie, et je me prêterais à tous vos caprices, parce que j’y trouverais ma propre satisfaction. Mais je vous vois telle que vous êtes, et je vous rends ce qui vous est dû. Vous ne connaissez pas les hommes si vous les croyez capables de certaines vertus; il y en a qui sont au-dessus de leur courage. Quand vos amis m’auront rencontré trois fois avec vous, ils diront que je suis votre amanl, et le plus intime de tous (s’il en est un dans le sens que j’attache en ce moment au mot intime), vous reprochera une liaison ‘à l’innocence de laquelle il ne croira pas. Voilà le danger que j’ai voulu vous signaler, parce qu’il me paraissait menaçant pour nos charmants projets.
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— Je vous ai écouté jusqu’au bout, dit Louise , à cause des motifs qui vous inspiraient, et quoique vos réflexions fussent inutiles. Au fond, vous m’accusez de légèreté. Je pourrais, et avec plus de raison, vous dire que vous êtes un enfant. Vous avez voulu m’ouvrir les yeux sur les faiblesses des hommes : permettez qu’à mon tour je vous montre les femmes telles qu’elles sont. Les femmes, mon cher ami, n’aiment pas que l’on pousse la sollicitude trop loin, et elles sont généralement assez habiies pour se défendre ellesmêmes. Réglez donc désormais votre conduite là-dessus, et ne vous torturez plus l’esprit pour parer à des dangers qui n’existent pas.
Ces paroles me piquèrent au vif.
— Je savais, répondis-je avec une émotion mal contenue, que le plus sûr moyen de se perdre dans l’esprit d’une femme c’est de se montrer confiant et sincère avec elle. Ses organes délicats se révoltent contre la crudité de la vérité. Mais en vous jugeant par vos habitudes, et surtout par la société dont vous aimez à vous entourer, je m’étais dit que vous deviez être au-dessus des petites faiblesses de votre sexe. Mille pardons, si je me suis trompé.
— Allons! vous voilà fâché, dit Louise en se levant, et cela au moment où il faut nous séparer ! Que pourrai-je donc faire pour que vous me reveniez sans rancune? car je tiens à mes projets, moi!
Elle parut se consulter, puis, me prenant la main, elle me conduisit jusqu’à la porte de sa chambre à coucher, et me
dit :
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— Entrez et rapportez-moi le livre que vous voyez làbas sur celte console.
J’allai chercher le volume et je le lui remis.
— Maintenant, dit-elle en le recevant, partez et soyez tout à fait rassuré sur mon compte. Aucun homme n’a jamais passé le seuil de la chambre où vous venez d'entrer. Votre mythologie était donc en défaut tout à l’heure, quand vous me parliez d’un dieu et d'un paradis.
Ces paroles n’eurent pas seulement pour effet de dissiper tous mes scrupules. Je crus y voir la preuve que je n’aurais qu’à vouloir pour devenir moi-même le dieu en question. Pardonnez à ma naïveté, mais beaucoup d’autres à ma place n’auraient pas attendu jusqu’à ce moment pour être persuadés qu’on les adorait. Moi, je n’allais pas jusque-là, tant s’en faut. Je croyais à une amitié vive qui pourrait, par mes soins, se transformer en un sentiment plus tendre, rien de plus. J’étais, du reste, dans les meilleures dispositions d’esprit et de cœur pour la bien juger. Je n’avais pas d’amour pour elle, cl je la connaissais assez pour savoir qu’elle n’était pas femme à se jeter à la tête du premier venu. Sous certains rapports, c’était une conquête très-désirable, car il n’y avait peut-être pas à Paris cent femmes qui, dans la position de Louise, c’est-à-dire jeunes et maîtresses de leurs actions, fussent aussi sévères pour elles-mêmes. Il ne pouvait être question d’un caprice ; elle les condamnait avec dégoût. C’était donc une véritable passion que j’entrevoyais confusément dans le lointain, une passion peut-être exigeante, car les femmes du caractère de Louise se décident trop lentement pour ne pas être ombrageuses, Cl
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ne font jamais rien à demi quand elles se sont décidées à agir. Tout en me rendant à mon club pour dîner, j’envisageais froidement celte perspective, et j’avoue qu’elle m’effrayait un peu. « J’ai moi-môme, me disais-je, des habitudes de liberté qui ne se laisseraient pas facilement enchaîner. L’amour que j’éprouverai probablement un jour pour Louise sera-t-il jamais assez fort pour me faire l’esclave de scs volontés? » Sur ce point, je concevais des doutes sérieux. Je m’applaudissais donc de ne lui avoir rien dit qui ressemblât à un aveu. En réalité, ce qui venait de se passer entre nous n’engageait ni l’un ni l’autre. Il se pouvait même qu’elle eût vu dans mes observations une preuve plus ou moins bien déguisée de mon indifférence. Nous pouvions donc nous retrouver ensemble comme deux bons amis, qui se sont mutuellement interrogés pour s’estimer davantage et non pas pour préluder à une liaison plus intime.
Je m’arrêtai avec complaisance à cette idée, et j’en fis la base de mon plan de conduite, Ce plan, le plus simple du monde en apparence, consistait à passer le plus agréablement possible avec Louise le temps qu’elle me réclamerait, sans rien faire ni rien dire qui pût l’autoriser à croire à un sentiment qui n’existait pas.
Je ne sais si Louise avait fait de son côté des réflexions analogues aux miennes. Toujours est-il que, deux jours après, lorsque je la revis, je la trouvai telle que je désirais la voir, c’est-à-dire libre de toute préoccupation et gaie. Elle me reçut sans embarras, ne fit aucune allusion à la petite scène que je viens de conter, ne se montra ni mélancolique, ni piquée et fut véritablement étourdissante d’esprit. Ce jour-là,
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nul ne se fût avisé de s’inquiéter des charmes plus ou moins grands de son visage ; tout le monde l’eût trouvée adorable.
Nous convînmes de nous mettre en quête de sa maison de campagne au premier beau jour. Le mois de février finissait; il était donc temps de commencer nos recherches. Louise avait déjà habité Ville-d’Avrav et les hauteurs de Bougival. Les deux pays lui plaisaient : le premier à cause de la facilité des rapports avec Paris, le second par la beauté de ses sites. Nous décidâmes que nous visiterions d'abord le premier.
Quelques jours après, à deux heures, par un temps superbe, nous descendions à la station de Ville-d’Avray.
Il y a quelque chose de beaucoup plus difficile que de se bien loger â Paris : c’est de trouver, à la campagne, une habitation, petite ou grande, â sa convenance. Nous en visitâmes une demi-douzaine qui nous parurent absolument inhabitables. Celles qui auraient convenu à Louise étaient déjà louées. Elle ne tenait pas au luxe intérieur; elle voulait une bonne exposition, une vue agréable, assez d’isolement pour être tout à fait chez soi. Ce n’était pas trop exiger, et pourtant nos recherches furent inutiles. L’indigence des jardins et leur exiguïté ridicule choquaient surtout la jeune femme. La plupart semblaient plantés de la veille et ne promettaient aucun abri contre les ardeurs de l’été. Il est vrai qu’à l’époque où nous étions il fallait une cerlaine expérience des choses de la nature et une forte imagination pour se rendre compte de ce que seraient deux mois plus tard les plantations muettes et tristes que nous
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avions sous les yeux. C’est à peine si les feuilles des sureaux commençaient à dérouler leur tendre verdure. Louise vit avec un chagrin réel qu’il fallait renoncer à Villed'Avrav.
A Bougival, que nous visitâmes quelques jours après, nous ne fûmes pas plus heureux. Sur Jes charmants coteaux qui dominent la Seine, dans le délicieux vallon de la Celle-Saint- Cloud, aux alentours de Beauregard, à Louveciennes, nous ne trouvâmes que des chaumières par trop primitives ou des villas somptueuses. Tout le reste était loué, et plusieurs locataires s’occupaient déjà de leur installation champêtre : c’étaient des amis enthousiastes de la nature qui savent la voir belle même avant qu’elle ait mis sa robe de printemps, et qui veulent assister à sa première toilette. On nous nomma plusieurs peintres justement célèbres : Français, Corot, Rousseau, Anastasi. Louise regretta de ne pouvoir dresser sa tente dans cette campagne privilégiée, variée comme une petite Auvergne , dont chaque site est un délicieux tableau, chaque arbre une belle étude. Nous revînmes à Paris un peu affligés de notre nouvelle déconvenue, et ne sachant plus de quel côté porter nos pas.
Le mois de mars s’acheva sans que Louise parût décidée à recommencer ses recherches. Je pus croire même un instant qu’elle avait renoncé à ses idées de villégiature. Elle n’en parlait plus. Ces deux expéditions m’avaient encore appris à la mieux connaître. Malgré les fatigues de nos démarches et leur insuccès, elle s’était montrée pleine de gaieté et d’entrain. A la campagne ce n’était pour ainsi dire
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plus une femme, c’était un camarade, un agréable compagnon, prêt à vous suivre partout, à rire de tout; ne craignant ni la poussière de la route, ni les pierres des sentiers, ni le soleil. A la Celle-Saint-Cloud, nous avions été surpris par une ondée, et sous le vieux châtaignier où nous nous étions réfugiés elle n’avait pas cessé de se montrer d’une joie d’enfant, malgré l’herbe trempée qui recouvrait ses petits pieds, et les grosses gouttes qui la mouillaient» Elle frissonnait dans son grand châle serré sur ses épaules, mais elle 6’amusait de l’incident comme d’une chose nouvelle. Il y a pou de femmes qui, dans ces circonstances-là, ne regrettent pas tout haut la perte de leurs bottines ou de leur chapeau.
Indépendamment do ses intéressantes réunions masculines du mercredi, auxquelles je ne manquais jamais d’assister, je la voyais presque tous les jours. Je m’étais fait une habitude de ces visites, et elle s’efforçait, par son humeur toujours égale, d’en faire un plaisir. Quand d’autres exigences me tenaient éloigné d'elle plus longtemps que d'habitude, sans me presser d’aller la voir, elle s’informait par un mot affectueux de ma santé, et se montrait joyeuse et reconnaissante lorsque je lui apportais moi-môme — ce qui avait toujours lieu, — la réponse souhaitée. La voyais-je .avec d’autres yeux que par le passé, ou bien se transfigurait-elle réellement? je n’oserais le dire, mais ce qui est certain, c’est qu’elle me paraissait embellie. Depuis la scène de la chambre à coucher, qui me la montra un instant ravissante, le côté beau paraissait décidément avoir pris le dessus.
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Pans les premiers jours du mois d'avril, après un silence de trois sânaines sur ce sujet, elle recommença à me parler de ses projets de campagne. J’aurais pu croire qu’elle subissait à son insu l'influence du grand travail qui se fait dans la nature à cette époque, car elle se montra impatiente d’en finir. Elle voulait chercher et trouver quelque chose tout de suite. Dans un mois Paris ne serait plus habitable. Mais où aller? Je lui parlai de Bellevue; elle connaissait le pays et me prouva qu’il avait plus d’inconvénients que d’attraits; d’Orsay et des campagnes environnantes: la gare du chemin de fer était au bout du monde ; Fontainebleau, Brunoy n’étaient pas dans de meilleures conditions. Je lui proposai alors de visiter les environs de Conilans, à trente-cinq minutes de Paris. Je ne connaissais le pays que pour y être allé une seule fois, mais j’en avais conservé une agréable impression. Elle accepta. Le lendemain nous nous retrouvions ensemble en chemin de fer, et bientôt nous arrivions à la station où nous devions descendre. A la première question que nous adressâmes, on nous indiqua une agence de renseignements qui, elle-même, en moins de cinq minutes, nous mit au courant des locations non encore faites dans le parc d’un ancien château, aujourd’hui divisé et parsemé d’habitations, et dont l’ensemble, grâce à la conservation de plusieurs magnifiques allées, garde encore quelque chose de son aspect grandiose primitif. Le choix n’était pas très-varié. Lâ comme ailleurs presque tout était loué. Louise ayant donné les indications nécessaires sur ce qu’elle voulait, l’agent consulta une liste des habitations disponibles et lui dit qu’il n’en voyait que deux qui pus-
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sent lui convenir: l’une dans la partie boisée, à une assez grande distance du château, l’aulre, beaucoup moins loin, dans l’avenue du Midi, qui fait face à la vieille bâtisse, et conduit à la forêt de Saint-Germain. La première était un chalet du prix do douze cents francs pour la saison ; la seconde une petite maison italienne dont on demandait quinze cents francs. Nous nous rendîmes d’abord au chalet, autant pour nous promener que pour le voir, car
Louise se montrait pleine de préventions contre ce genre de constructions qui ne répondait pas à ses chères idées de confortable.
Le temps était très-beau, presque chaud, et depuis notre expédition aux alentours de Bougival, c’est-à-dire depuis un mois environ, la végétation s’était mise en mouvement; la verdure s’éveillait aux branches et l’épine noire fleurissait. La promenade nous parut délicieuse ; mais comme je m’v étais attendu, le chalet ne convenait pas à Louise. C’était une sorte de boîte à compartiments, tous trop petits pour qu’on pût s’y établir commodément, suant déjà la résine sous le soleil et ornée de vitraux coloriés. En été, par les fortes chaleurs, on devait fondre là-dedans. Le chalet n’avait d’autre jardin qu’un petit bois de chênes qui l’entourait et dont les arbres les plus rapprochés allongeaient leurs branches jusqu’aux fenêtres. Nous ne nous arrêtâmes dans cette espèce de lanterne chinoise que le temps nécessaire pour en constater les incommodités, et nous revînmes sur nos pas pour visiter la maison italienne de l’avenue du Midi.
Cette maison est à gauche, à deux cents pas environ dans
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l’avenue, en y entrant par le côté qui aboutit au château. Rien de plus imposant que cette avenue, bordée de chaque côté d’un triple rang de marronniers séculaires. Versailles n’offre rien de plus grandiose. Le large tapis de verdure qui commence au pied des ruines et se déroule entre les arbres, aboutit à une grille que l’on distingue à peine dans le lointain : c’est la grille de la forêt de Saint- Germain. Ces espaces sont si vastes, ces arbres sont si beaux, ces lignes si imposantes dans leur régularité, qu’on croit sentir autour de soi comme un souffle royal quand on les * contemple. La maison, — je ne puis en parler sans éprouver une émotion douloureuse, — ne se voyait de l’avenue que lors- . qu’on passait sous les arbres des contre-allées de gauche. Le jardinier d’une villa voisine' en avait les clefs, et ce fut lui qui nous introduisit. Le jardin était fermé du côté de l’avenue par un mur à hauteur d’appui sur lequel s’élevait, à droite et à gauche de la porte d’entrée, une palissade à clairevoie peinte en vert. Les trois autres côtés étaient clos de murs.
Comme nous mettions le pied dans le jardin, une exclamation sortit des lèvres de Louise. Je compris que la première impression était favorable. Le tableau que nous avions sous les yeux était, en effet, charmant. La maison, une sorte de petit temple, couronné d’une terrasse, s’élevait à quinze pas devant nous. A droite et à gauche des massifs d’arbustes et d’arbres fruitiers. Près de la grille, penchés sur l’avenue, de beaux acacias et de grands ébéniers. Contre les murs du jardin, des vignes robustes et des espaliers.
Louise voulut faire tout de suite le tour de la maison pour
se rendre compte de l’ensemble. La façade principale regardait l’autre partie du jardin, huit ou dix fois plus étendue que celle qui se trouvait du côté de l’entrée. La maison tournait donc pour ainsi dire le dos au public, ce qui ajoutait à sa tranquillité et à son mystère. Un escalier en forme de perron conduisait de la porte principale à une longue et large pièce de gazon qui occupait le milieu du jardin dans toute son étendue. Au centre, un bassin, ombragé par un grand saule ; sur les bords, de distance en distance, des massifs formés d’une multitude d’arbustes encadrés de thym et déjà égayés par des fleurs printanières. A droite et à * gauche, tout contre la maison, dans les deux angles du perron, de petits monticules bordés de buis et plantés de nombreux rosiers. Enfin, parallèlement aux murs de clôture, un épais et délicieux rideau d’arbres de toute sorte, les uns de simple agrément, les autres d’agrément et do produit, baignés pour ainsi dire dans un fourré d’arbustes déjà verts et emprisonnés dans les bras noueux d’une vigne basse, appuyés comme des notes de musique sur une triple ligne de fils de fer. Abricotiers, pêchers, poiriers, pruniers, amandiers étaient en fleur et mêlaient leurs baumes pénétrants et doux. On faisait le tour du jardin en passant entre le mur de clôture, tapissé tout entier de treilles et d’espaliers, et ce petit bosquet embaumé, bosquet blanc et rose, où les oiseaux nichaient, que les papillons hantaient, et 6ur lequel tout un peuple bourdonnant d’abeilles était répandu. C’était une promenade assez longue et charmante. On s’y trouvait tout à fait chez soi. Quand les feuilles avaient acquis leur développement, on devait y être à l’abri du soleil
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le plus ardent. Le jardinier nous apprit qu’il y avait une petite serre au fond du jardin, et nous nous promîmes de la visiter après avoir vu la maison.
Nous y entrâmes par la porte qui regardait l’avenue. De ce côté, il fallait aussi monter une demi-douzaine de marches aboutissant à un petit vestibule extérieur. Le premier étage se trouvait donc à quatre on cinq'picds au-dessus du sol. Il sc composait de la cuisine, d’un office, du salon et de la salle à manger. Un couloir coupait l’étage en deux et allait d’une porte à l’autre. Louise était enchantée de cette disposition. Elle examinait tout avec beaucoup de soin et accablait notre guide de questions sur mille détails auxquels je n'aurais pas songé : les cheminées furiiaient-elles? les murs n'étaient-ils pas humides? avait-on suffisamment d'eau en tout temps? etc. Un étroit escalier, placé à la droite du couloir, entre l’office et la salle à manger, nous conduisit au second et dernier étage où se trouvaient les chambres â coucher. Elles étaient au nombre de trois dont une fort belle, avec alcôve et grand cabinet de toilette. Deux de ces chambres avaient vue sur le jardin, l’autre, ainsi que le cabinet, regardaient l’avenue. Le papier de toutes ces pièces était d’une grande fraîcheur, la maison n’ayant été, — à ce que nous apprit le jardinier, — habitée que peu de temps l’année précédente et « par des gens très-bien. Cette chambreci, ajouta-t-il en nous montrant la plus grande, avait été choisie par madame, et l’autre qui lui fait vis-à-vis était celle de monsieur. Une jeune demoiselle, leur enfant, couchait à côté. Madame et monsieur pourront s’arranger de la môme façon... »