CHAPITRE V
Feureuse reconnaissance, Conclusion,
La société réunie ce jour-là au châtedu de la comtesse de Sassy était plus nombreuse encore que de coutume : il s’y trouvait des étrangers de tous les pays. L’aimable maîtresse de la maison en faisait les honneurs avec une grâce et une bienveil-
RS RES es Den Re er p on Ge I re on 2 MR à pa A D NE MEME AT CD 9 ro PAYS 2 EU é Se CRE ” RE RE MT ns , «5
ER
lance qui mettaient tout d’abord chacun à son aise; nos deux timides orphelines, ne se ressen{aient nullement de l’embarras qui leur était habituel chaque fois qu’elles étaient présentées dans une assemblée nouvelle; elles se félicitaient même d’avoir fait là connaissance d’une dame qui paraissait être vivement touchée de leur position; Car au milieu des plaisirs de la journée, madame Bernard, dont la sollicitude n'était jamais endormie, lorsqu'il s'agissait de ses jeunes protégées, avait trouvé l’occasion d'’intéresser la comtesse à leur sort, et la bienveillante dame avait répondu :
— J'irai à Paris dans quelques jours, et j'espère vous donner de bonnes nouvelles touchant ces pauvres petites, vraiment dignes d’un sort plus heureux.
Et Camille, recueillant ces mots, dit tout bas à Louise, après les lui avoir répétés :
— Eh bien ! êtes-vous fâchée, petite sauvage, d'être venue? Vous voyez qu’il se rencontre de bons anges dans les châteaux.
Et Louise s’écria :
. — Quel reproche injuste! Pouvais-je en | douter, lorsque ta bonne mère y fait sa ré- | sidence ! | |
Après le dîner, et pendant que les per-
um ie
sonnes les plus âgées commençaient à jouer au trictrac et aux échecs, les autres sortirent et se dirigèrent vers le pare, et les jardins dépendants du château, puis se dispersèrent de toutes parts, chacun selon son caprice. . |
La comtesse de Sassy marchaït un peu en ayant, entraînant à sa suite une partie de la société : on se dirigeait vers une pelouse verte et fleurie, pour jouir d’une vue magnifique, respirer l'air embaumé du soir, et partager le charme d’une causerie amicale.
Arrivés sur un tertre, chacun prit place, formant un cercle autour de la bonne comtesse; Louise et Victorine, et toutes les jeunes personnes, s'étaient mises un peu à l’écait, pour causer librement; car, bien que la plupart fussent étrangères les unes aux autres, l'amitié et la confiance n’avaient pas tardé à s'établir entre elles; et cela se conçoit dans un âge où les seules impressions du moment en décident.
Aussi, tous ces frais visages, toutes ces ames naives el neuves, S ’épanouissaient au bonheur. C'était plaisir que de les voir ainsi réunies : on aurait dit une fraîche guirlande de roses jetées sur le gazon;
Tout à coup les rires cessèrent; les jeu-
Re Len
ê » 7 RES ROME < ER ; d : : … 6 : 4 LE d É: ge: = RC . ER ë ’ : + 2 } : ; : etre er ù G PER à e RL ses or. : EE re = DR L
PR reins ga MINT ART re
nes filles recueillies prêtèrent la plus grande attention : on parlait non loin d’elles, et le peu de mots qu’elles avaient entendues venaient de soulever en leur cœur un tendre intérêt, mêlé à une vive curiosité.
— Oui, disait une dame à la comtesse de Sassy, en désignant un étranger d’une cinquantaine d'années environ, qui paraissait pourtant d’un âge plus avancé, tant le malheur, en ravageant son ame, avait imprimé à sa physionomie je ne sais quelle tristesse profonde, qui commandait à la fois le respect et une douce bhbienveillance.
Oui, disait cette dame, malgré tous ses efforts pour vaincre un chagrin sans remède, il ne peut bannir de sa pensée un souvenir cruel. Arrivé en France, à Paris, depuis plus d’une année, il est encore chaque jour à la recherche deson épouse et de ses enfants, sans pouvoir recueillir le moindre indice qui lui apprenne si ces chers objets d’une affection aussi légitime existent encore. Je l’ai amené chez vous, madame la comtesse, continua-t-elle, espérant que ce pauvre époux désolé trouverait dans votre société une diversion salutaire. Excellente amie, vous savez, je le sais, ré-
pandre un baume sur toutes les blessures l'ame.
— Mais comment se fait-il, interrompit la comtesse, par quelles étranges circonstances monsieur se trouve-t-il ainsi séparé de ceux qu’il aime? Pardonnez - moi mes questions, indiscrètes, sans doute, ajoutat-elle en se tournant vers l'étranger; mais peut-être qu'en acquérant une connaissance plus parfaite de votre situation, pourrionsnous joindre, avec plus d’espoir de succès, nos recherches aux vôtres, et...
Ici les jeunes curieuses se rapprochèrent et se réunirent au resie de la société.
— Ah! madame, dit vivement l’étran-
ger d’une voix profondément émue, vous.
êtes bonne, et je vous rends mille grâces pour l'intérêt bienveillant que vous daignez prendre à tout ce qui me touche. Hélas! je crains, j'ai même la certitude que la mort m'a ravi la femme vertueuse que j'aimais, imprévoyant que je fus; je la laissai dans le plus cruel dénuement. Plus de doute, l'infortunée n’aura pu survivre à la pensée de mon oubli apparent ; elle aura succombé au double désespoir de la misère et de l’abandon; et cependant, je
suis innocent. Dieu sait combien j'ai dé-
Rs eTe CCI
eo ploré la fatalité de ma situation, combien j'ai versé de larmes amères, lorsque, plein d'espoir dans l'avenir, aiguillonné par le
désir de la rendre heureuse, j’entrepris un
long et périlleux voyage. J’ignorais qu’une guerre fatale allait éclater; j’ignorais que j'aurais tant d’obstacles à franchir avant de pouvoir rejoindre ma famille, lui rapportant des richesses que je n’ambitionnais que pour elle seule. Eh bien ! continua l’étran-
ger, lorsque tout s’est brisé sous mon cou-
rage et ma volonté, quand tout s’est aplani
devant moi, et que, libre, heureux, après -
de grands travaux, le voyageur revient possesseur d’un million (inconcevables décrets de Dieu !), que trouve-t-il au retour? Rien, rien..…..; l'époux est sans épouse, le père n’a plus d’enfants!., Et l'étranger, succombant à l’excès de son émotion, se couvre le visage de ses mains, et sa douleur s’exhale en sanglots déchirants.
Mais Louise, qui écoutait ce récit en proie à la plus vive émotion, Louise, les yeux fixés sur l'étranger ; Louise, qui retenait jusqu’à son souffle, de peur que le vent ne lui
dérobât une seule des paroles de cet homme,
vers lequel les souvenirs de son enfanceet l’instinct filial l’entrainent, Louise ose s’écrier ;
MS Le MT "25257 + — ET
—— Ab ! monsieur, qui que vous FOR de grâce, mettez un terme à tout ce que j’éprouve, à l'espoir qui vient d’animer tout mon être : dites, dites, te pas M. Ray mon ? :
— Qu ’entends-je ? s ’écria à à son tour l’é-
tranger ; jeune fille, d’où savez-vous? Et
le père et la fille se reconnaissent dans le long regard qu'ils échangent ; ils se précipitent . les bras l’un de l’autre, tandis que tout le monde pleure d’attendrissement et de joie.
— Qui, oui, je suis ton père, votre père à toutes les LÉ Vous voilà bien, ma Louise, ma Victorine! Oh! mon Dieu, et les hommes osent douter de votre bonté! Ah!
Seigneur, si vous leur envoyez des épreuves
cruelles, vous gardez toujours une récom-
pense au juste et au croyant.
— Hélas! dit ensuite M. Raymon à ses
filles, votre mère, n'existe plus; ce mal-
heur m'était réservé. N° avais-je pas trop compté sur sa force en me safari d'elle ?
J'en suis puni!
— Elle n’est plus, dit ou il n’est.
que trop vrai; elle espérait votre retour, ne vous accusait point : elle vous a béni en mourant. Mon père, elle est là-haut,
ee |
notre angélique mère; elle sourit en cet in-
stant à notre réunion. Nous prierons pour
elle!
Et le père et les filles, oubliant la pré-
sence de tant d’heureux témoins, s’acca-
blaient de questions et de tendres embrassements. - Puis, revenant au sentiment de conve-
nance, le père demanda pardon à la société
des’être si longtemps oublié dans son amour paternel. =
Et Louise, montrant sa bienfaitrice : —.
Voilà, dit-elle, celle qui a tendu une main généreuse à vos filles, qui les a soutenues, encouragées par son amitié protectrice ; celle enfin dont Dieu s’est servi sans doute pour rendre au père ses pauvres enfants®
Et madame Bernard répondit : — Elles ont jusqu'ici vécu de leur travail, et dans l'amour de Dieu. Vous retrouverez en elles deux pures et nobles jeunes filles !
Le père, ému, leva ses yeux au ciel; son cœur offrait à Dieu un hymne de reconnaissance. ‘
Se ke, 1e Fe