CHAPITRE PREMIER
Deux orphelines.
Dans une iansarde , dont Ja propreté formait presque le seul ameublement, et autour d’une table, travaillaient deux jeunes filles : il était minuit, et la chandelle qui les éclairait était près de finir. Ces deux petites onvrières étaient sœurs ; l'ainée,
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la cadette, qui s'appelait Victorine, entrait dans sa douzième année. Allons, ma sœur, dit Louise, hâte-toi de terminer ton | ouvrage : il est bien tard, et notre lumière va s’éteindre.
Mais Victorine bâillait, ses paupières se fermaient, elle ne tenait nul compte de ce que | lui disait sa courageuse sœur; et un instant après, jetant avec dépit sa broderie : Ah!
c’est en vain, s’écria-t-elle, que tu cherches à me rendre forte contre notre affreuse indi- | gence, en m'offrant sans cesse un espoir qui | ne saurait se réaliser; je ne prendrai jamais
de goût pour une existence aussi insipide.
Quoi ! chaque jour, et cela dès que l’aurore commence à paraître, il faudra quitter mon lit pour m'’asseoir contre une croisée, pour tirer l’aiguille; et puis le scir encore, jus-
qu’à ce qu’il te plaise enfin de décider qu'il est temps de se reposer ! Et tu crois, Louise , qu’il m'est possible d’être aussi joyeuse, aussi calme que tu l’es, toi ? nel’espère plus, ma sœur; ne compte pas sur mon obéis-
. sance. Et achevant ces mots, la jeune fille versait des torrents de pleurs. Pauvre Victorine, s'écria Louise, que je te plains de montrer tant de faiblesse et de décourage-
âgée de treize ans, se nommait Louise, et | |
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ment: Ma sœur, songe donc que nous pourrions être plus malheureuses encore ; Dieu pourrait mettre le comble à notre infortune en nous retirant la santé. Bénissons-le, ma sœur, puisque nous pouvons lutter avec le malheur; puisque nous pouvons réparer Île défaut de fortune par notre travail. Réfléchis donc que sans nos courageux efforts , nous pourrions mourir de faim; et n'est-ce pas des actions de grâce que nous devrions chaque jour adresser à la Providence, puisqu’à peine adolescentes, nous savons déjà nous suffire, et que nous ne sommes point séparées l’une del’autre? Crois-tu, Victorine, que Dieu ne veille pas sur nous? Oh! si, j'en suis persuadée, moi; et c’est cette foi sincère, . ce désir de mériter encore davantage la protection du ciel, qui redoublent mon courage, qui font toute mon énergie ; je dirai plus, qui me rendent joyeuse au milieu de notre misère. Si quelquefois mon ame est oppressée, si des larmes viennent à trahir messecrètes douleurs, c’est seulement alors que ma pensée se reporte au temps heu< reux où notre bonne mère vivait près de nous, de cette bonne mère si tôt ravie à notre tendresse , et dont les derniers moments furent sitristes; car, Victorine, elle mou-
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