‹ Louise-Marie-Adélaïde de Bourbon Penthièvre, duchesse d'OrléansChapitre 122 sur 168 · MoRiOLLES : Op. cit., p · texte numérisé non relu

MoRiOLLES : Op. cit., p

3. Je dois à M. le marquis de Chantérac communication de lettres charmantes du chevalier, devenu vicomte du Authier, à sa lille Aniette, qui révèlent toute la douceur de son àme. Il en sera question dans le second volume de cette étude.

Florian est entré tout jeune chez le duc de Penthièvre. Il a amené là comme un souffle champêtre de sa province des Basses-Cévennes et — Jean- Jacques au très petit pied — ce jeune rural développera chez ses maîtres l'amour des champs, en leur parlant « des longues prairies où serpentent les eaux du fleuve et où Ton se promène sous des berceaux defiguiers et d'acacias. L'iris, le genêt fleuri, le narcisse, nous dit-il, émaillent la terre ; le grenadier, l'aubépine, exhalent dans l'air des parfums, un cercle de collines parfumées d'arbres touffus forme de tous côtés la vallée, et des rochers de neige bornent au loin l'horizon »... Dans ses Mémoires d'un jeune Espagnol, œuvre charmante de fraîcheur et trop peu connue dans laquelle il nous dépeint, en termes émus et reconnaissants la Cour du duc de Penthièvre déguisé sous le nom assez inattendu de don Juan, il nous dit comment, à l'âge de treize ans, il entra chez le prince en qualité de page : « Au premier abord, le duc de Penthièvre le trouva faible et bien petit pour faire le service ^ » « J'avais beau me hausser sur la pointe des pieds dans les grandes bottes que j'avais, ditil, je ne gagnais pas assez de pouces pour être digne de l'état pagique -. »

Cependant, on le prend à l'essai au nombre des

1. En voyant Florian, le gouverneur des pages s'écria : « Qu'est cela ? Jamais ça ne pourra grimper sur un cheval. Depuis que le prince prend des brenaillons pour pages, j'ai été obligé d'acheter des bidaillons pour monter ces m...rdailions! » [Mémoires d'an jeune Espagnol.)

2. Pour Florian chez le duc de Penthièvre, cf. entr'autres Florian, sa Vie, son Œavre^ par G. Saillard, igiS.

huit pages au costume élégant — nœuds de rubans sur l'épaule et plumet blanc au chapeau — qui escortent le prince dans les cérémonies ou galopent auprès de sa voiture, et on l'attache spécialement à M^^î de Penthièvre, dont le mariage, nous dit-il dans ses mémoires, « causa un chagrin affreux dans une maison où elle était si aimée ».

Bientôt. M. de Penthièvre remarque cet enfant bien campé, au teint basané, à l'œil intelligent et vif sous le sourcil épais et les cheveux noirs ^ Il remarque surtout ses propos spirituels et joyeux, son intelligence précoce, et il lui devient aussi indispensable que M. du Authier. Il est, dès lors, le petit lutin familier de la maison, le seul capable de distraire « le prince qui, malgré ses richesses et sa bienfaisance, s'ennuyait le plus - » et dans la vie brumeuse du pauvre duc de Penthièvre, il apparaît comme un rayon de soleil.

Et comme cette affection paternelle s'explique î Le duc de Penthièvre possède « au moral, des organes exquis qui rendent malade et malheureux, un cœur qui désire et qui éprouve une espèce d'exil sur la terre, un corps qui fatigue lame et l'embarrasse, un besoin d'aimer qui est pour les âmes délicates le premier de tous... la persuasion que dans le domaine des affections il ne retrouvera pas celles qu'il a perdues, certitude qui répand sur toutes ses actions je ne sais quelle mélancoUe tendre ressemblant à l'espèce de langueur que donnent les

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