MoRiOLLES : Op. cit., p
Rambouillet, Anet ou Yernon. A l'accoutumée, la duchesse d'Orléans ne trouve, chez son père soHtaire et triste, que sa « Maison ».
Quel joli chapitre un biographe du prince pourrait écrire sur cette maison vraiment trop peu connue !
Il y a là dans ce cercle de choix — en ce temps où les hautes classes s'amusent — toute une élite d'(( honnêtes gens » au véritable sens du mot qui mènent là la plus limpide et la plus calme des vies. . . petite cour un peu somnolente peut-être, qui rappelle de loin le cercle intime de la bonne reine Marie Leckzinska, mais dont le charme discret, la politesse aimable, la pureté des mœurs, encadrent à merveille la figure du père et celle de la fille qui les a quelque peu formés à leur image ^
Notons tout d'abord que le duc de Penlhièvre a conservé les dames de feu la duchesse, et personne ne songe à en médire. M^^^^ de Saluées, de Guébriant et de Las-Cases ont leur logement à l'hôtel de Toulouse et elles demeurent les vieilles amies sûres de la duchesse d'Orléans, qu'elles ont connue enfant et à laquelle elles peuvent donner les leçons de l'expérience -. M^^^ de Ghambonas et de
1. Cette petite cour ne dépassait jamais sept ou liuit personnes, nous dit M. de Moriolles, mais, au milieu d'elles, la vie était douce et agréable. Quand la duchesse d'Orléans venait passer quelques semaines près de son père, elle amenait ses dames avec elle (Op. cit., p. 63).
2. En 1775, la maison du duc de Penthièvre se compose de deux dames à 6 et 4-ooo livres de traitement, du chevalier de Latsic, premier gentilhomme (6.000 livres), du marquis de Saluées et du vicomte de Roquefeuil, capitaines des gardes (6.000 livres), de M. de Florimond, écuyer (S.ooo livres), MM. de
Casléras, M^^® Bagarotti, une vieille amie des Gonti qui a la spécialité des histoires de revenants — toutes hôtesses assidues — représentent les familles anciennement attachées aux Maine et aux Toulouse. Le chevalier de Las tic, un homme de mérite, ancien officier général de valeur et très pieux, est aussi un des meilleurs amis du prince dont il est gentilhomme, et son honnêteté repousse les avances que lui fait une dame de la Cour.
Tous ces courtisans du duc de Penthièvre sont assurément de bonne naissance, mais, sauf M. de Lastic, ils n'appartiennent pas précisément à la noblesse de Cour et ils ont apporté de leurs provinces des qualités solides et fortes, tel cet abbé et ce chevalier du Authier avec lequel le duc de Penthièvre passe le meilleur de son temps. Homme austère, grave, très pieux, un peu ennuyeux peutêtre *, le chevalier du Authier, gentilhomme du prince et son parent par les Noailles, est un modèle d'honnête homme. C'est pourquoi la médisance l'a effleuré... Comme les gens de plaisir ne
Carnaz et de Bongars, de Ravenel, d'Yanville, de Méré, du Authier, gentils hommes (2.000 livres), de l'abbé de Tasclier, aumônier. Notons, à la suite, un médecin, un chirurgien, un apothicaire, un secrétaire, un architecte, un garde des pierreries, neuf valets de chambre, deux frotteurs, 21 officiers de bouche, 2 contrôleurs de la maison, dont les gages montent environ à 82.000 1. par an, sans compter les gens de livrée, les 7 valets de pied, les quatre porteurs et les trois suisses (Archives nationales, G 5. 206). L'écurie du prince est très soignée. Son premier écuyer est le vicomte de Castellane 6 000 livres par an). Le prince paye ses nombreux cochers 100 livres par an. Les gages de la livrée ne dépassent pas 6.000 livres par an, mais les dépenses de l'écurie montent environ à 75.000 livres (Archives nationales, G. 5, 198). I. M"« de Lage : Op. cit., p. 24.
peuvent concevoir l'existence presque monacale du prince et que sa vertu les dépasse, ils ont essayé, au sujet de l'intimité du prince et du chevalier, de lancer quelques insinuations qui, bien entendu, « n'obtinrent aucune créance dans le public trop profondément imbu du respect qu'on devait aux éminentes vertus de Monseigneur ^ », et à celles de son gentilhomme. Du Authier a d'abord été page du duc de Penthièvre, qui l'a gardé, car « son attachement a été si fort qu'il n'a pas pu se passer de lui, et le vicomte est tombé dans un esclavage fort doux, à la vérité, mais qui avait, néanmoins, ses moments de pesanteur dont la reconnaissance l'empêchait de se plaindre, quoiqu'il en souffrit étrangement-)). M. du Authier, au moins, en a tiré quelques avantages pour sa famille, et jamais il ne quittera le prince, auquel il témoignera un attachement édifiant et sans bornes, cependant que le duc aimera à la folie sa jolie petite fille Aniette^..
Mais le personnage d'importance de cette petite cour, celui qui tint de plus près à la duchesse d'Orléans, celui sur le souvenir duquel on aimerait s'arrêter un moment, car son image charmante projette sur l'entourage du duc de Penthièvre un joli reflet de poésie bucolique, c'est M. le chevalier de Florian.