Cf. Arnaud : Madame Adélaïde, et J. Harmaxd : Op. cit
politique et elle jugea bon de ne le point quitter pendant plusieurs semaines. Elle le décida à l'accompagner à Spa avec la duchesse d'Orléans et les jeunes princes.
Pour la princesse, ce fut une heure d'épanouissement. Tout près d'elle, elle allait sentir ses enfants et dans la libre vie de vacances, on lui permettrait enfin d'être un peu mère. M^ ^ (jg Genlis le reconnaît elle-même : « Quelle a dû être la joie de la princesse, écrit-elle, de se trouver réunie à ses enfants dans la liberté du voyage et delà campagne ! Elle avait souffert sans le dire, de se voir enlever toute influence sur eux : Jamais elle n'avait été admise d'une manière permanente à Saint-Leu, ce qui, cependant, eût été bien naturel, mais ce qui peut-être eût légèrement entravé les jeux et les études. »
Le voyage de Spa fut très brillant. C'était alors la ville d'eau à la mode. On y venait de toute l'Europe, et les princes s'y coudoyaient dans une promiscuité très digne de nos temps modernes avec les aventuriers de toute sorte. Avec sa verve habituelle, le prince de Ligne nous a laissé de Spa une description très pittoresque : « J'arrive, écritil, dans une grande salle où je vois des manchots faire les beaux bras, des boiteux faire la belle jambe ; des noms, des titres et des visages ridicules, des animaux amphibies de l'Église et du monde sauter ou courir une course anglaise, des milords hypocondres se promenant tristement, des filles de Paris entrant avec grands éclats de rire pour qu'on les croie aimables et à leur aise, et espérant
par là le devenir, des jeunes gens de tous les pays se croyant et faisant les Anglais, parlant les dents serrées et mis en palefreniers, cheveux noirs et crasseux, et des barbes de juifs qui enferment de sales oreilles.
« ... Deux ou trois électeurs habillés en chasseurs, petits galons d'or et couteau de chasse ; quelques princes incognito qui ne feraient pas plus d'effet sous leurs vrais noms ; quelques vieux généraux et officiers retirés pour des blessures qu'ils n'ont jamais eues ; quelques princesses russes avec leurs médecins, des palatines ou castillanes avec leurs jeunes aumôniers.
« Les Américains, les bourgmestres de toutes les prisons de l'Europe, les charlatans de tous les genres, les aventuriers de toutes les espèces, les abbés de tous les pays ; vingt malades qui dansent comme des perdus pour leur santé ; quarante amants (ou qui font semblant de l'être), suant et s'agitant, et soixante valseuses avec plus ou moins de beauté et d'innocence, d'adresse et de coquetterie, de modestie et de volupté. Cela s'appelle un déjeuner dansant K »
A Spa, les malades prennent les eaux de la Sauvinière, se promènent, potinent et soupent au Vauxhall, car la vie mondaine des gens qui croient se soigner dans les stations thermales n'a pas sensiblement changé depuis cent trente ans. La duchesse d'Orléans est très entourée par le duc de Liancourt, l'abbé Delille, le comte Romanoff, la