ACTE I, TABLEAU II, SCÈNE
Je vois que Ferdinand, à l’esprit d’èlre aimé « Joint l’esprit du mensonge, alors qu’il est utile ;
« Un mensonge n’est pas -une chose facile,
« Et nesait pas mentir qui veut... il a raison.
« S’en est-il fait l’amant? tant mieux, notre blasoir « Ne peut pas en souffrir... l’amour est de son âge 1 « Est-il né quelque fruit de ce libertinage?
« Je n’y vois a^un mal, j’en suis même enchanté,
« L’augure est favorable à ma postérité. »
Je crains fort. Monseigneur, que ce qui vous fait rire Ne vous fasse pleurer un jour.
LE PRÉSIDENT
J’ai dû vous dire
Que ce que je voulais, je le voulais toujours.
Vous me venez parler de ses folles amours ,
Et quand je veux en faire une plaisanterie ,
-Vous me menacez, Wurm, et de quoi, je vous prie?. ..5 Mon fils est un Walter, et sait ce qu’il se doit.
Ceci posé, passons... 11 vous gène, on le voit,
Il est votre rival; rival heureux, qu’y faire?
Vous êtes un fripon, et pour vous en défaire.
Rien ne vous coûtera, je le sais... Cependant,
Souvenez- vous qu’il est le fils du président.
« El que je vous connais... que vous êtes infâme...
« Est-ce un crime, après tout, que d’aimer votre femme « Car vous l’épouserez, puisqu’il la dotera...
« Veuve ou non? une fois à vous, qui le saura? »
WUR.M.
« Non! »
Mais si réellement la fille n’est pas sage...
LE PRÉSIDENT
Pour un ou deux baisers qu’on lui prit au passage Je vous demande un peu si l’on doit se fûcher?..
Et d’un charmant objet se laisser détacher?
« Dites-moi, monsieur Wurni, quand vous allez toucher « L’argent de votre mois, qu’il quille la monnaie,
« Ou qu’il en soit sorti depuis plus d’une année,
« Êtes-vous moins heureux, et prenez-vous souci « D’un florin moins brillant? non certes, Dieu merci! » Consolez-vous, mon cher, avec la multitude ,
D’un malheur si commun qu’on en prend l’habitude.
WURM.
Sur cela, Monseigneur, je suis un peu bourgeois.
LE fRÉSIDtKT.
Oui, d’abord... on hésite; une première fois]
Le coup paraît sensible... on s’y fait .. la vengoauce Nous console plus tard, et, tenez, par avance Réjouissez- vous, Wurm... on est toujours puni Par où l’on a péché : mon fils n’a pas fini • D’aimer... vous allez voir... Vous savez combien j'aime La reine du Palais...
WURM.
La duchesse?
LE PRÉSIDENT
Elle-raèmc,
Lady Milford, enfin. On vient de décider.
En conseil général, qu’elle devait céder Aux réclamations du peuple, qui lâchasse.
Si la duchesse part, je peux perdre ma place ,
C'est elle qui surtout soutenait mon crédit...
Or, il faut pour complaire à ce peuple maudit Que lady Milford parte, ou qu’elle se marie!
Elle se mariera, Wurm.
WURM.
Vraiment! je parie
Connaître l’épouseur que vous lui réservez.
Prenez garde pourtant. Monseigneur, vous savez,
On ne fait un bon fils qu’autant qu’on est bon père!
11 pourra refuser !
LE PRÉSIDENT
Refuser! lui! j’espère
Qu'il me connaît assez pour ne jamais oser.
Lorsque j’ai dit : cela doit être!., relbserli*
Et je vais m’en ouvrir avec lui ce soir même!
Je verrai bien alots, à son maintien, s’il aime La fille de Miller.
WURM.
Son mécontentement
Ne peut vous échapper. Monseigneur; mais comment. S’il refuse, accuser l’amour d’en être cause?
Ne peut-il refuser l’hymen qu’on lui propose Sans aimer autre part ?.. Certes si! cet bymen
• ACTE r, TABLEAU II, SCÈNE I.
Ne saurait le flatter; mais à notre examen Faut-il un moyen sûr?... une épreuve immanquable? OfTrez à votre fils... une femme adorable,
El vertueuse en plus, Frédérica d'Ostheim...
Si votre fils dit non... le malheur est certain.
La tète suit le cœur, le cœur bat la campagne!
Au reste, je consens que l'on me mette au bagne,
S’il ne refuse pas.
LE PRÉSIDENT
Ah ! diable !
W'URM.
Monseigneur,
Vous vous rappellerez que c’est pour votre honneur Que je me suis permis de prendre la parole...
(.E PRÉSIDENT
Je te ménagerai.
WURM.
Je n’ai joué ce rôle
D’amoureux dépité, que pour votre...
LE PRÉSIDENT
Bonheur!
C’est convenu, va-t’en.
WURM s’inclioe.
Tout à vous. Monseigneur !
LE PRÉSIDENT
Wurm, j’aurai soin de toi... service pour service... Surveille Ferdinand.
WURM s’incline plus bas.
Grand merci de l’office.
Mais il est votre fils, il pourrait arriver Qu’il s’en fâchât un jour.
LE PRÉSIDENT, loi montrant ta porte.
Tu viendras me trouver.
WURM s’éloignant, à part.
Je n’en aurai pas moins reçu la bastonnade.
(il sort.)
LÜUlSli MILLER.