MILLER, LA FEMME, LOUISE
MILLER, agité.
Ne l’avais-je pas dit?
LOUISE
Qu’aviez-vous dit, mon père?
MILLER, se promenant dans la chambre.
Vite, mon bel habit... Mou Dieu! mon Dieu! que faire? .Ma chemise a jabot... Je l’avais bien prévu.
- LOUISE, le suivant.
l‘arlez-iious.
LA FEMME
Qu’est-ce donc? qu’a-t-on fait? qu’as-tu vu?
MILLER
On a fait?... Et ma barbe... Allez, que l’on m’appelle Le perruquier du coin. Qu’a-l-on fait? me dit-elle, Qu’a-t-on fait? que ta langue horrible a fout produit. Que l’orage sur nous peut tomber aujourd’liui ;
Voilà ce qu’on a fait. »
LA FEMME
Et c’est moi qu’on accuse?
M I LLEK.
Qui peut-on accuser?... Réponds, quelle est la buse Qui parla ce matin de ce noble étourdi ?
Aussitôt entendu, monsieur Wurm l’a redit Tout chaud au président... Que le diable t’emporte!
LA FEMME
Comment peux-tu savoir?...
Mtr.LËR, la conJiiisiiit !i là fenêtre.
Tiens, regartio à la porle,
Ce drôle galonné du haut jusques en bas,
Par ordre du ministre, il observe mes pas,
Ou ceux du beau galant de ta chaste Louise.
LOUISE
Pitié, mon Dieu ! je meurs !
MILLER
Voilà de ta sottise
La suite inévitable... Ah! qu'il a bien raison Le proverbe qui dit ; Si dans une maison Le diable pond un œuf, il en sort une femme I Que n’ai-Je appris plus tôt tout ce commerce infâme 1
LA FEMME
Qui sait ce qui t’attend ? le prince peut vouloir Comme musicien, t’employer... vas y voir.
MILLER
Que ne puis-je arracher ta langue de vipère !
LOUISE
Que je souffre, ô mon Dieu ! de grâce, mon bon père !
MILLER
Que ce gratte-papier passe sur mon chenain,
Qu’il puisse me tomber une fois sous la main I
Oh! qu’il y vienn* un jour, dans ce monde ou dans l’autre
Je lui broierai le cœqr, comme il broya le nôtre...
Je sors , je vais aller trouver le président !
Je lui déclarerai...
(s’interrompant, à sa femme.)
Tu savais cependant Tout ce qui se passait.
(il se prend la tète dans les mains.)
LA FEMME
Tcm|iête... mais que faire? • Réponds-moi donc, Miller, c’est aussi ton affaire.
MILLER, se relevant.
Ils s’aimaient sous tes yeux , tu devais pressentir Quelle en serait la suite... et ne pas m’avertir!
Comment sortir de là?
(a la femme.)
Tu commis la folie.
Et tu liras le vin. Bois-le jusqu’à la lie.