SCÈNE II
FERDINAND, seul.
(il parcourt la lettre, tantêt Immobile d'étonnement, tantôt se promenant avec
fureur.)
Non! non! mille fois non I Elle ne peut cacher une âme de démon Sous cette forme d’ange... olil non, dans la nature.
Dieu ne souffrirait pas une telle imposture;
Non! non! c’est impossible... impossible, et pourtant La signature est là. , cynisme révoltant!
« Trait ison inouïe et monstruense audace!
« Celte femme est coupable, et son crime surpasse « Tous les crimes connus .. rien d’aussi vicieux !
« L’enfer est dans son cœur et le ciel dans ses yeux.
« Les anges descendraient ici pour la défendre « Que je n’y croirais pas... Je commence à comprendre « Ses refus obstinés quand je voulais partir...
« Oli ! je m’éveille enfin, tout devait m’avertir.
« J’y vois, mon Dieu! j’y vois! maintenant tout s’cxpliiiue. « Oli! le cœur infernal ! oh ! la femme impudique !
« Cachant ses trahisons sous un masque imposteur,
« Faisant de l’héroïsme aux dépens de mon cœur!
(I Vraiment! c’est trop horrible, et le ciel le tolère...
« Comme elle repoussait dignement, sans colère,
(( Les accusations de mon père, et pourtant « Son crime eût dû brûler son cœur impénitent!
« Il eût dû retenir le mensonge à sa lèvre!..
« Et quand je lui parlais, dans l’ardeur de ma fièvre,
« De la nécessité de fuir... je la voyais « Se troubler et pâlir... hélas! et j’y croyais... »
Fuis de ce monde! fuis! ô sublime innocence !
' Le vice a pris ta robe, et c’est lui qu’on encense !
C’est toi qu’on méconnaît... remonte, vers lescieux;
Cette terre appartient aux plus audacieux !
« Oh! malédiction ! dire que cette femme « Disposait de mon cœur, disposait de mon âme;
« D’un manteau de vertus que ce monstre couvert « Pouvait lire en mes yeux, comme en un livre ouvert !
« Et me tromper ainsi, moi qui, dans mon délire,
« Ailleurs que dans ses yeux n’aurais pas voulu lire;
« Qu’ils soient maudits ces yeux où niim cœur est resté !
B Moi qui ne voyais qu’elle, elle et réternitc!
« Qui croyais po.sséder le ciel en sa personne...
« L’heure de la vengeance ! elle apjiroche ! elle .sonne!
« J’oubliais Dieu pour elle, et Dieu m’en a puni.
« Elle ne m’aimait pas!.. Allons, tout est fini ! »
Mais qu’espérait enfin sa lâche politique?
Je ne le comprends pas...