‹ Louise Miller drame en cinq actes en vers traduit de SchillerChapitre 71 sur 90 · ACTE IV, SCENE Vll · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE Vll

« Vous maudiriez tout haut ce bonheur offensant;

« Jusque dans ma vertu-vous verriez une offense.

O Ce serait un remords pour vous que ma présence!

« Encore une fois, non ! je ne puis accepter!

MILADV, ni.ircb:int avec une grande agitation.

« Il est cruel pourtant de s’entendre insulter,

« Et d’avouer tout lias... qu’on mérite l’insulte.

(s’approchant d’elle et la regardant fliement.)

a Prends garde! ce refus cache une haine occulte « Que je découvrirai... ne crois pas m’échapper... » Réponds; la vérité ne saurait m’échajtper.

LOUISE, avec franchise.

Je ne chercherai pas, Madame, à vous tromper!

Vous pouvez découvrir ce qui fait mon audace.

Vous pouvez me frapper; je ne crierai pas gréce!

Oh! vous vous vengerez! je le sais!., je le vois...

Mais je ne vous crains pas... le martyr sur sa croix Souriait, en mourant, à la chute du monde.

Milady, ma misère est à ce point profonde,

Que rien ne peut l’accroître... Il vous plait de vouloir Me prendre auprès de vous, je ne veux pas savoir Pourquoi cette faveur, qui me semble suspecte':

On ne doit accepter que de ceux qu'on respecte.

Mon étal me nourrit; je suis loin d’en rougir.

Et je ne comprends rien à vos façons d’agir.

« Pour la première fois, vous me voyez, je pense,

« Et vous me proposez d’ètre ma providence?

« De faire ma fortune, avant même de voir « Si, sortant de vos mains, je veux la recevoir?

« Non 1 il fallait jeter au milieu de ma vie « Des désirs inconnus... e.xciter mon envie!

« Il fallait rapprocher votre pro.sperité « Do mon isolement... C’est une indignité!»

Oh! tenez... entre nous avouez-le. Madame,

Si nous pouvions ici changer nme cnnlreàmc,

Destin contre destin, et que, loyalement,

Je m’adressasse à vous, avant ce changement.

Comme s’adresserait un enfant à sa mère.

Vous n’oseriez jamais m’engager à le faire!

MILADY

Mais de qui donc, dis-moi, tiens-tu tant de fierté?

Ce n'est pas de Ion père... un autre?..

LOUISE t regardant.

El) vérité

Vous connaissez cel autre ?..

MIL A DT, le levant tout à coup avec égarement.

Elle croit que, j ignore...

Oui ! oui ! je le connais ! je l’aitne! je l'atlore !

Oui, je veux qu’il t’oublie et qu’il m'aime... entends-tu ? Oui, je veux l’enlever à ta froide vertu.

Je le veux ! ou malheur sur toi j je suis puissante !

LOUISE

Vous vous calomniez, vous n’ètes pas méchante A ce point de vouloir torturer une enfant Coupable de l’aimer! votre amour la défend;

Car vous l’aimez aussi !.. d’une faute commune A nos deux cœur.s, Madame, accusez la fortune Et ne m'accu.sez pas !

MtLADT.

Où suis-je! qu’ai-je dit?..

Qu’ai-je laissé paraître ! oh ! cet amour maudit !

Louise ! âme divine... écoute-moi, sois bonne !

Je suis une insensée; il faut qu’on me pardonne.

Moi ! me venger de toi, ma noble enfant... jamais !

J’ai pu te menacer... mais au fond, je t’aimais.

Je vendrai mes bijoux, mes chevaux, mes voiture.s.

Mes robes, mon palais...

^Elle délacbe ses diamants.)

Je vendrai ces parures.

Et tout sera pour toi... renonce à lui...

LOU ISE.

Gardez

Vos protestations et votre or... attendez !..

Je VOUS cède... celui que vous aimez. Madame,

Si pour l’en arracher ou a brisé mon âme !..

Il ne m’appartient plus... vous avez séparé Deux cœurs unis par Dieu.... vous avez déchiré.

Écrasé sans pitié la pauvre créature Qui ne voyait que lui dans toute la nature !

Qui l’aimait comme vous !.. comme vous, milady.

Savait l’apprécier... je ne vous ai pas dit

Que s’il ne m’aime plus il faudra que je meure!..

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