‹ Louise ou La réparation, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 27 sur 30 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

LOUISE, MALZEN.

LOUISE , reculant et jetant un cri.

Ahi!

MALZEN , à voioc basse , et la main étendue vers elle.

Ne criez pas. . . ou je suis perdu.

LOUISE, tremblante.

Oue vois- je ?

MALZEN, de même.

J'étais poursuivi par un garde qui a crié qui vive !

LOUISE

O ciel !

MALZEN.

Ne craignez rien... je me suis bien gardé de répondre... Aussi, me prenant pourjun voleur. . . il m'a ajusté ; mais, caché par un massif, j'ai eu le tems de nVélancer au treillage de ce balcon.

LOUISE , s' appuyant sur un meuble.

Je me soutiens à peine.

MALZEN.

Calmez-vous.

LOUISE % se regardant.

Ah ! mon Dieu! ,

MALZEN , à la fenêtre, a droite, et prêtant Vofeille en dehors.

Chut, je vous en prie. . . On ouvre une fenêtre. LOUISE, écoulant.

C'est celle de ma tante.

MALZEN, écoutant.

Elle s'inquiète.. . elle s'informe de ce bruit.. . On lui répond que c'était une fausse alerte. . .Très* bien. . . Elle recommande la plus grande surveillance. La fenêtre se referme ...

56 LOUISE

LOUISE

Je respire.

MALZEN , fermant la fenêtre *.

Tout est tranquille maintenant {Se tournant vers

Louise.} Ah! madame ! que d'excuses je vous dois!

Combien je me repens de la frayeur que je vous ai causée !

LOUISE, troublée.

En effet. .. cette manière d'arriver. . . est si extraordinaire. . . Mais maintenant, monsieur, qu'allez-vous devenir?. . . J'espère que vous allez reparlir sur-le-champ.

MALZEN.

Et par où , madame ?

LOUISE

Mais. . . par le même chemin.

MALZEN.

Impossible ... les gardes-chasse sont là.

Air : Pour le chercher je cours en Allemagne. r

Songez qu'on me poursuit encore :

Je ne pourrai , malgré l'obscurité ,

Leur échapper; aussi j'implore Les droits sacrés de l'hospitalité.

LOUISE

Comment, monsieur...

MALZEN , V imitant.

Faut-il donc qu'on réclame De tels bienfaits ! je croyais, entre nous , Qu'un malheureux, fût-ce un époux, madame, Devait les attendre de vous.

LOUISE , vivement.

Je ne dis pas non , monsieur .. . mais vous ne pouvez

pas rester là il faut vous éloigner à l'instant je

l'exige.

MALZEN , allant à la porte à droite.

Peut-être q.ue cette porte . . .

* Malzen , Louise.

LOUISE, l'arrêtant.

C'est la chambre de ma tante.

MALZEN.

Ah ! diable ! . . . (Montrant la porte à gauche.) Celle-ci ?.. .

LOUISE

Oui : elle donne sur l'escalier; et. . . [Elle se dispose à l'ouvrir, et s9 arrête en écoutant?) J'entends marcher.

FRITZ , en dehors et à voix basse.

Madame la baronne.

LOUISE , bas.

C'est Fritz.

FRITZ , de même.

Ne vous effrayez pas de ce bruit. . . ce n'est rien

Mais pour qu'personne ne puisse entrer. . . dans la maison . . . madame votre tante m'a dit de veiller dans ce collidor. . . Ainsi, dormez tranquille. . . j'suis là. . .

LOUISE

O mon Dieu ! . . . et quel moyen?

MALZEN.

Il n'y en a qu'un. . . et au risque de ma vie . . . (Courant à la fenêtre à droite.) Cette fenêtre. . .

LOUISE , V arrêtant.

O ciel ! non, monsieur. . . je vous en prie . . . ( Se reprenant.) Il ne manquerait plus que cela . . . grand Dieu ! . . . quelqu'un que l'on verrait s'échapper de chez moi. (Elle descend sur le devant du théâtre , à droite.)

MALZEN , allant auprès d'elle et souriant *. Il n'y aurait que le mari qui pourrait s'en fâcher. . . et nous sommes sûrs de lui.

LOUISE

Monsieur. . .

MALZEN.

Mais vous le voulez, madame, je vous obéis Je

reste.

* Louise , Malzcn.

58 LOUISE

LOUISE , à part.

Allons. . . c'est moi maintenant qui l'empêche de s'en aller. ( Elle va s'asseoir auprès de la toilette. )

MALZEN , regardant autour de lui.

Me voici donc dans voire chambre! . . . dans cette chambre qui devait être la nôtre et dont je m'étais exilé

moi-même. . . J'y suis près de vous. . . mais par grâce , comme un banni . , . un fugitif. . . à qui l'on accorde quelques instans d'hospitalité. . . et demain. . .

LOUISE , regardant la pendule.

Ah ! demain est loin encore . . .

MALZEN , faisant quelques pas , et s* approchant de Louise.

Moi, je ne me plaindrai pas. . . le tems ne s'écoulera qne trop rapidement.

LOUISE , effrayée.

Monsieur, monsieur. . . je vous en supplie.

MALZEN , retournant à sa place.

C'est juste — pardon , madame . . . Cest bien le moins , puisque vous m'accordez un asile , que je ne sois pas incommode. . . Soyez tranquille , je ne vous gênerai pas. . . je me tiendrai. . . là. . . sur une chaise. . . Vous permettez, madame ?

LOUISE

Mais il le faut bien , monsieur.

MALZEN.

Que vous êtes bonne! (Il s'asseoit. Moment de silence.) Je vous en prie, madame , que je ne vous empêche pas de reposer. Je sens bien que dans notre situation c'est difficile ... on dit que les plaideurs ne dorment pas . . . mais nous pouvons , du moins ,. parler de notre procès ; car maintenant c'est vous qui voulez plaider , c'est vous qui m'y forcez. . . et je vous préviens , madame , que je me défendrai avec acharnement , que je vous ferai toutes les chicanes possibles . . . Vous ne pouvez pas m'en vouloir.

LOUISE, le regardant.

En vérité, monsieur, vous m'étonnez beaucoup... II me semble que nous avons tout-à-fait changé de rôle. . . et ce matin encore...

ÎM ALZEN , se levant , et allant auprès de Louise.

Ne me parlez pas de ce matin , d'hier , de ces deux années . . . J'étais un insensé. . . un fou. . .

LOUISE

Et maintenant vous vous croyez plus sage?

MALZEN , se levant

Non; mais plus juste. . . car j'ai appris à vous apprécier... Il est des préjugés que je ne prétends pas défendre , mais que je devais respecter; car c'étaient ceux de ma famille.

Air fiff l'Angélus.

Mon père , dans cette union , Voyait une honte certaine , Une tache pour notre nom...

LOUISE

J'entends , et vous avez sans peine Contre nous partagé sa haine.

Oui , mon père e'tait tout pour moi...

Et dans mon ame prévenue, J'ai fait comme lui ; mais je croi Qu'il eût bientôt fait comme moi, Si jamais il vous avait vue.

Mais ne vous connaissant point . . . décidé à vous repousser. . . la perte de ce procès l'a conduit au tombeau.

LOUISE

Ciel ! . • . ( Elle se lève. )

MALZEN.

Jugez alors des sentimens qui m'animaient pendant ce mariage ; jugez si ma haine était légitime. En vous accablant de mes odieux procédés, il me semblait que je vengeais mon père. Un mot de vous a changé toutes mes résolutions , m'a fait connaître l'étendue de mes torts. ï . et je n'ai plus qu'un seul désir, celui de les réparer , d'obtenir mon pardon , et de vous rendre au bonheur.

<>o LOUISE,

LO U I SE , a vec émotion .

Au bonheur ! . . . Et qui vous dit , monsieur , qu'il soit encore possible?

MALZEN, étonné.

Comment !

LOUISE

Qui vous dit que cet hymen que vous voulez m'imposes ne soit pas un supplice éternel pour moi î

MALZEN.

Qu'entends- je !

Savcz-vous , lorsqu'un sort fatal ma fait vous rencontrer , si ma famille n'avait pas déjà disposé de mpi ?. . . si moi-même je n'avais pas fait un choix dans lequel j'eusse placé les espérances de toute ma vie ? quel droit aviez-vous de changer ma destinée?. . . Et pour tant de maux, tant d'offenses . . . quelle réparation 7 . . . que m' offrez- vous ?. . . la main d'un homme que je ne connais pas . . .qui m'a vouée au mépris, et. . . que peut-être je devrais haïr.

MALZEN.

O ciel ! . . . vous en aimeriez un autre ! . . . il serait vrai l

LOUISE, froidement.

De quel droit voulez- vous connaître mes sentimens?

MALZEN.

Ce n'est pas un mari qui vous interroge... Dès ce moment je ne le suis plus.. . mais parlez , de grâce. . .

LOUISE , avec calme.

Je n'ai , monsieur , nulle réponse à vous faire. MALZEN.

Ah ! votre silence en est une .. . ( Froidement.) Ecoutez , Louise, je vous ai outragée, et pendant trois ans je vous ai rendue bien malheureuse.. . mais ce jour seul vient de vous venger... Oui, soyez satisfaite ^ et jouissez à votre tour de votre triomphe et de mon tourment. . . {Avec force.) Je vous aime !

ArchWesdela™edeB™*s ArchiefvandeSladBiLissa .

Que dites-vous ?

MALZEN.

De toutes les forces de mon ame . . . Depuis que je vous ai vue apparaître à mes yeux comme un ange de bonté , depuis surtout que j'ai embrassé mon fils , je ne puis vous dire quelle révolution s'est opérée en mon cœur. . . Je ne puis vivre sans vous, et c'est dans ce moment que je vous perds à jamais. . . que vous m'abandonnez. . . que vou& en aimez un autre.

LOUISE

Qui vous l'a dit ?

MALZEN.

Vous-même . . . votre silence.

LOUISE

Pourquoi l'interpréter ainsi ?

MALZEN, avec joie.

O ciel ! . . . vous n'aimez personne . . . vous le jurez . . .

LOUISE

Je n'ai pas dit cela'non plus.

MALZEN.

Et qui donc serait digne de tant de bonheur?. . . Ah ! s'il est dû à celui qui vous aime le mieux , qui plus que moi pourrait y aspirer ? ... Je vous dois mon sang, m avie entière en expiation de mes fautes. Elle se passera à vous adorer , à implorer ma grâce ...... Et peut-être un jour ,

convaincue de mon amour, vous consentirez à me pardonner. . .

LOUISE, troublée.

Air de Téniers.

Non, non, monsieur, gardez-vous de le croire; '

N'essayez pas de m'attendrir :

Quand de vos torts je perdrais la mémoire , Ma tante est là , que rien ne peut fléchir.

Ga LOUISE ,

Elle a promis une haine constante , Elle a juré sur l'honneur et sa foi De ne jamais pardonner, et ma tante Tient ses sermens bien mieux que moi.

MALZEN, vivement.

Dieux!. . . qu entends-je !

LOUISE

Je n'ai rien dit.

MALZEN, avec chaleur.

Au nom de mon amour.. . au nom de mon fils , rendsmoi un bien qui fut le mien . . . Oui , Louise, je réclame mes droits. . . Tu es à moi. . . tu m'appartiens.

LOUISE, lui mettant la main sur la bouche. Tais-toi , tais-toi . . . j^entends du bruit.

MAI-ZEN , tombant a ses genoux.

Ah ! je suis trop heureux !

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