LE LAZARET
plusieurs malheureux qui n ont plus de mains ; les doigfcs sont tombés et il ne leur reste que le moignon.
Tous ces pauvres gens supportent patiemment leur mal ; ils ne souffrent plus disentils, et ils attendent ainsi leur sort. Plusieurs ont eu déjà des parents morts à Tasile, et c est le triste héritage de la maladie paternelle qui les a amenés à finir leurs jours, séparés du reste du monde.
Nous avons ensuite visité les salles où sont traitées les femmes. Elles sont encore plus horribles à voir que les hommes, et il y a là actuellement plusieurs cas qui sont arrivés au maximum d'intensité de la maladie. Une vieille femme à la figure toute décomposée, n ayant plus de mains nous dit avec une certaine fierté qu'il y a trente ans qu'elle supporte le mal. Le cas est, pamit-il, assez, extraordinaire, car habi-
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tuellement lorsque le mal s est déclaré, le patient meurt dans un délai dé dix ans au plus.
La sœur directrice nous conduit ensuite dans la chapelle, à la pharmacie et enfin dans toutes les parties de l'établissement.
Tout en marchant nous lui demandons quelques renseignements sur les particularités de la lèpre.
Son origine au New-Brunswick, nous a-t-elle dit, nest pas encore fixée d'une façon irréfutable, malgré toutes les recherches qui ont été faites. Tout porte à croire qu'il a été apporté par un bateau venant de la Méditerranée à bord duquel un habitant de Tracadie était allé travailler. Il en était revenu malade et c'est, croit-on, le premier cas constaté dans le pays. Depuis il s'est successivement propagé et l'indolence des habitants, le défaut de précaution