‹ Louisiane, Mexique, Canada [microforme]Chapitre 1 sur 53 · P. M. SAUVALLE · texte numérisé non relu

P. M. SAUVALLE

Montréal, 15 Août, 1591.

A PIED DE HOUSTON, Tx.

Houston n’est pas une ville absolument folichonne ; le voyageur qui n'aime pas l'Allemand a peu de chance d’en trouver le

LA ñ , . . . , .

séjour agréable et jamais je n’en conseillerai le choix aux amateurs d’une paisible

villégiature. Tout s'y ressent encore de la

violente poussée vers l'Ouest, qui a prodi-

gieusement enrichi le grand domaine du Texas ; là surtout, règne en maitre ce splendide égoisme que nos cousins américains ont élevé à la hauteur d’une institution nationale ; chacun doit se débrouiller sans compter sur son voisin, Quand on y est fait, cela va bien, mais au premier abord c'est peu encourageant.

Par une chaude matinée de juin 1881, Jerrais dans les longues rues inachevées de Houston, à la recherche d’une adresse que l'on n'avait donnée à San Antonio ; j'avais quitté cette dernière ville la veille, après le fiasco monumental d'un essai de ranche tenté en compagnie d'un ancien camarade de régiment, mort depuis à Panama.

Nos modestes capitaux avaient été engloutis avec une vitesse vertigineuse et

j'avais abandonné le champ de bataille en

emportant pour toute fortune des lettres

maine du ce splenméricains tution nailler sans L'on y est

ier abord

juin 1881, chevées de dresse que 10 ; j'avais le, après le de ranche camarade na.

it été enrineuse et bataille en

les lettres

de recommandation chaleureuses de mes amis de San Antonio, pour un riche commerçant de Houston. On n'avait assuré à mon départ que ce monsieur se ferait un plaisir de m'utiliser pour les relations commerciales qu'il entretenait en France avec les acheteurs de coton, commerce nouveau et tout prospère au Texas.

Ces recommandations étaient ma derniere planche de salut dans le naufrage qui venait de tout engloutir.

Malheureusement, à Houston, je l'ai dit, le chacun pour soi est un principe dont jignorais l'application par trop exclusive.

En dépit de toutes mes lettres, Je fus promptement, mais poliment mis en demeure de faire étalage de mes connaissances cotonnières. Ma foi, dans le trajet j'avais

bien aperçu quelques champs de cette pré-

cieuse plante, j'en connaissais l'emploi pour

la fabrication des mouchoirs et des bonnets du même nom ; là se bornait mon éducation en telle matière. C'était notoirement insuffisant, on me le fit bien voir.

Je dus me retirer avec une promesse banale dont je compris toute la frivolité.

Le cas était grave, très grave ; j'étais à

bout de ressources, toujours confiant dans

les beautés de l'avenir, mais dangereusement embêté des réalités du présent. Il fallait prendre un parti, car Houston était impraticable pour moi, Je ne parlais pas anglais.

C'eût été une imprudence de rester acculé dans une impasse dont la seule issue était une famine épouvantable sinon fatale.

Le petit amour-propre idiot qui nous défend si souvent de reconnaître les folies commises, lorsque nous en avons été détournés par de sages mentors, me retenait

encore et m'empêchait d'avouer ma situa-

bonnets \ éduca-

Jirement

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les folies

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retenait

1a situa-

tion à notre brave consul de France, M.

d'Abzac, qui était pourtant en relations avec ma famille, et je conçus le projet de revenir sans l'aide de personne à la Nouvelle- Orléans. Je voulais me présenter à son bureau fier de mon petit tour de force et digne d'un bon coup d'épaule de sa part.

Le trajet à accomplir était de près de cinq cents milles ; la seule voie de communication était la voie ferrée et le seul mode de locomotion que mes moyens me permissent était d'entreprendre pédestrement ce long pelerinage.

À première vue, la chose à l'air facile :

trois individus sont bien venus pendant l'exposition de Vienne à Paris en brouette ; mais au Texas, c'est autre chose ; cette fameuse ligne du Louisiana & Texas R,. R,, que je devais suivre, comporte, comme bien

d'autres, une foule de stations-—sur le pa-

pier. Mais un poteau indicateur est i‘usqu’à présent le seul indice d’une cité future et de la civilisation subséquente et je courais bien risque, en m'embarquant ainsi de m’exposer à une famine beaucoup plus inéluctable que celle dont j'étais menacé.

C’est du moins ce que j'appris chez certain boucher gascon, (ils le sont tous dans le Sud) que j'avais fini par dénicher à Houston. Ce brave homme me prit en pitié, me réconforta de quelques bons conseils, et finalement m'indiqua deux Français échoués comme moi à Houston et qui brûlaient du désir de revenir en Louisiane.

C'étaient deux ouvriers parisiens, des épaves de la Commune, mais je n'avais pas à faire le difficile et ne pouvais espérer trouver comme compagnons de route la fine fleur du faubourg $St-Germain. Je leur fis

part de mes projets de voyage et l'on tomba

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