‹ Louisiane, Mexique, Canada [microforme]Chapitre 10 sur 53 · EP RER · texte numérisé non relu

EP RER

Re st is

mille mètres de hauteur, le petit village dé Maltrata, situé au milieu d’un vaste cirque, formé par des chaînes de montagnes superposées et enchevêtrées : les Cumbres. Pendant une heure elle frôle les bords des ravins, serpente dans les lacets, descend et remonte en franchissant torrents, précipices et monticules. Cent vues différentes d’un cirque sans rival se présentent aux yeux fascinés. Je renonce à décrire un pareil enchantement.

Quel dommage qu'une ligne aussi belle pour le touriste soit si peu pratique pour le trafic entre la Veracruz et Mexico! Elle a une montée de cinq pour cent et elle est jetée avec une audace incroyable, sur le chemin le plus périlleux. La nouvelle ligne de Veracruz à Mexico doit bientôt s’achever. Elle fonctionne déjà dans la plus

importante partie, avec une montée de deux

Fa di k, Le LS oi 1x

pour cent: elle brûlera la moitié moins de charbon et il lui sera facile de transporter, en grande quantité et à bas prix, voyageurs et marchandises.

A Esperenza, on entre dans les terres froides et, de fait, on grelotte. Il faut mettre les pardessus et déployer les couvertures de voyage. De 100 degrés de chaleur à l'ombre, il ne reste plus que 13 degrés ! et cela après huit heures de route,

À partir de maintenant on ne quitte plus le haut plateau jusqu'à Mexico, en voyaœeant au milieu de prosaïques champs de navets et de pommes de terre. Les arbres eux-mêmes sont changés. Les palmiers et les bananiers sont maintenant des chênes et des sapins. Peu ou pas de verdure. Celle-ci est remplacée par de grandes plaines pierreuses et poussiereuses, avec des montagnes

wlvantesques à l'horizon.

Rs parags EVa

Enfin à huit heures du soir le train entre en gare à Mexico à la gare de Buenavista, belle vue: que le nom soit de bonne augure!

Nous entrons enfin dans la Ville des

Palais.

Une fois à la gare, le mieux que puisse faire un nouveau débarqué est de hêler de suite un cocher car la gare est au moins à deux milles de l'hôtel où descendent en général ies étrangers, je veux dire de l'Hôtel Iturbide.

À votre appel, vous voyez arriver avec une majesté lente, un citoyen couvert d'oripeaux et flanqué d'un valet de pied tout

chamarré de métal précieux, Vous montez

dans son carrosse, Comme les rues sont

pavées avec des cailloux de toutes dimen-

sions, vous exécutez aussitôt une série de

cabrioles d'autant plus douloureuses que les huit ressorts brillent par leur absence. Au bout de cinq minutes de cet exercice involontaire, vous renoncez à jamais au cocher et à ses pompes, en bénissant le ciel qui vous à donné des jambes pour marcher, L'instrument de torture que vous venez de quitter vous a déposé devant la porte immense d'une grande bâtisse rose couverte des moulures les plus invraisemblables.

Vous êtes devant l’ancienne résidence de l'empereur Tturbide qui, par suite des revers de fortune de l’ex-dictateur et après sa fusillade à Padilla, a été modestement convertie en caravansérail à l’usage des voyageurs.

Là, vous trouvez tout le confortable dési-

rable pour vous remettre de vos émotions

de voyage et le lendemain si vous êtes matinal et curieux je vous conseille fort de sortir sur les neuf heures pour faire un tour et nouer un peu connaissance avec la ville,

Une fois dehors la rue attire par mille côtés étranges. Sous la lumière éclatante d'un soleil tropical, vous coudoyez der myriades de promeneurs aux teints basanés, aux accoutrements bizarres. Les hommes et les enfants ont des sombreros si larges qu'ils peuvent se dispenser de parapluie :— les femmes, par contre, n'ont rien sur la

tôte

et leur peau a les reflets modorés et les craquelures d’une vieille toile de maitre.

Entre deux rangées de maïisonnettes à deux étages et à trois plats, vous êtes arrêté par un Indien à moitié nu et très barbu qui veut vous vendre des fleurs. Vous évitez cette Isabelle mâle pour tomber sur une

fillette noïraude, ornée d’une forte tignasse

de cheveux erépus, de lèvres épaisses et de grands yeux intelligents. Cette ingénue vous offre des billets de loterie. Vous lui avouez humblement que vous vous en êtes bourré les poches à Veracruz, mais eile ne lâche pas sa proie et après avoir dépensé quelques sous pour reconquérir votre liberté vous lui cédez le trottoir pour aller vous jeter dans les jambes du cheval d’un beau monsieur en Jaquette de cuir et en culotte collante, tout enguirlandé de bandelettes et cousu de boutons d'argent.

Aux flancs du cheval—une jolie petite bête toute frétillante—pend une longue épée et le cavalier porte un grand revolver dans le dos. Ce beau monsieur tout en argent est un gommeux mexicain—il va faire son tour de Bois avant déjeuner.

Enfin vous arrivez à une grande place au

wilieu de laquelle se trouve un jardin dont

les eucalyptus abritent toute une population grouillante, piaillante et glapissante.

Au centre, sous un xiosque en fer blanc, une musique militaire régale la population d’airs offembachiques plus ou moins variés.

Des flâneurs tournent autour du kioque, et , ; ET Se ia musique militaire lutte avec un orgue de varbarie, lequel fait également tourner des Indiens résignés et des petits enfants réjouis sur des chevaux de bois.

Si vous jetez un coup d'œil autour de vous, l’aspect n'est guère moins bizarre. A gauche, une belle cathédrale grise et rose ; à droite, un palais : en face, un jardin avec des fontaines jaillissantes ; puis un peu partout, des tramways se croisant, des bara-

\ 4 \ , , ques ressemblant à des guignols. où l'on débite des boissons ; des bonnes femmes accroupies sur le pavé, en train de faire cuire

des haricots noirs dans une graisse bruy-

LA

Page 1