‹ Louisiane, Mexique, Canada [microforme]Chapitre 22 sur 53 · GRADE · texte numérisé non relu

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drroyo assez important ; mais, il y a un inconvénient.

La circulation en voiture et surtout en fiacre étant inconnue dans cette région, le pont a été complètement abandonné aux rieueurs de temps et un gué qui se trouve tout près répond suffisamment aux exigences des communications. Malheureusement, l'eau est trop profonde pour que nous puissions faire passer notre fiacre et il nous faut aviser à un autre moyen. Le pont consistait autrefois en longrines, espacées d’un pied à peu près, dont les extrémités reposaient sur chacune des rives : les intervalles avaient été remplis de grosses pierres et une épaisseur de terre battue, ou plutôt de sable battu, car il n'y à pas de terre dans les environs, recouvrait le tout. Les pluies ont délayé cette couche protectrice et le temps

et les orages ont balayé les pierres qui for-

maient le tablier de ce pont primitif.

Maintenant il ne représente plus qu'un aste gril à clairvoie ; les poutres sont assez larges pour permettre de poser le pied : nos chevaux pourraient passer ce œué, mais c'est le fiacre qui est le ic. Comment faire ?

I n'y a qu'un moyen, c'est de refaire l'œuvre détruite par la main céleste, c'est-àdire de recouvrir à nouveau de larges pierres un espace suffisant pour permettre aux roues de la voiture de trouver un appui et de la faire passer ainsi de l’autre côté.

Nous nous mettons à l'œuvre : le cocher, mon compagnon et noi.

Se figure-t-on ce spectacle ; en plein cerro, à onze heures du soir, deux journalistes transportant des roches pour se faire un pont !

C’est à dégoûter d'être témoin !

Pour comble d'infortune, nous voyons

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tout à coup se détacher sur le bleu de lhorizon, une cavalcade qui à gravi la montagne de l’autre côté et descend au galop sur nous.

Nous sommes seuls, en rase campagne,

notre fiacre est le seul abri où nous puissions nous retrancher dans cette 1mmensité

en cas d'attaque, et ce blockhaus moderne

n'est pas absolument à l'épreuve de la balle, Nous nous décidons de suite à renoncer à

la lutte si elle nous est offerte ; nous dissi-

mulons soigneusement nos pistolets pour ne pas exciter la susceptibilité ni les convoitises de braves caballeros qui s'approchent et sans songer au ridicule de notre situation nous attendons de pied ferme auprès de notre sapin dételé,

Nous avons heureusement affaire à de très braves gens : ce sont des «rrieros qui rentrent à Mexico, d'un voyage dans l’inté-

rieur, poussant devant eux un troupeau de

mulets de bât qui gambadent joyeux de rentrer à l'étable. La tête du troupeau

S'eng'ag

ge dans le gué et les conducteurs passent à côté de nous parfaitement imdifferents à notre infortune comme à l'étrangeté de notre position, en nous lançant un buenas noches sonore qui fait écho dans le calme de la nuit.

Nous voilà rassurés. Nous nous remettons à l’œuvre de plus belle et au bout d'une heure nous sommes assez heureux pour pouvoir faire passer sans encombre notre voiture de l'autre côté du ruisseau.

Nous rattelons les chevaux, reprenons nos places et partons au trot à l'ascension de la montagne. Par exemple, le chemin devient de plus en plus impraticable. Les roues s'enfoncent dans la lave jusqu'au moyeu, les pauvres chevaux y entrent Jus-

qu'au ventre et refusent de tirer.

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Cela devient critique. Rester en plan et passer ainsi la nuit au milieu de la montagne est une perspective qui manque de gaîté, d'autant plus que nous sommes de moins en moins rassurés sur la sécurité des lieux. L'imagination aidant, tout point noir sur le fond grisâtre de la montagne nous apparaît comme un ennemi galopant à notre rencontre et sans mot dire, instinctivement, je tire mon pistolet de ma ceinture et, la tête à la portière, le canon braqué par cette meurtrière, J'inspecte l'horizon.

Au bout de quelque temps, fatigué et n'entendant pas remuer mon compagnon, je rentre la tête pour voir s'il est endormi, mais Jene puis retenir ma stupéfaction :

mon compagnon à fait conme moi, et sans rien me dire, il s'est lui aussi mis à la portière de l'autre côté, le pistolet à la main.

La position est trop comique: je l’in-

terpelle, il se retourne et nous nous regardons tous deux pris d’un fou-rire inextinwuible à la vue de notre venette réciproque.

C’est égal, nous devions avoir une bonne tête, chacun à notre portière, le pistolet braqué sur des ennemis imaginaires !

Bientôt la voiture s'arrête et notre cocher nous prévient que les chevaux sont à bout de force, et pourtant nous approchons d'un village, car les aboiements des chiens arrivent jusqu’à notre oreille : il faut tenter un dernier effort.

Nous descendons de voiture, je tire du coffre une bouteille de tequilu,et je frictionne vigoureusement les jambes et les flancs des pauvres animaux, puis je leur fais avaler une partie du contenu. Nous ingurgitons le reste, et avec une bonne volée de coups de

fouets nous repartons enfin.

Un quart d'heure après nous entrions

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