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sort; ramassant vite la coupe d’écorce qui m'avait été présentée, elle la flaira, puis la Jeta au loin en me faisant comprendre avec une foule de signes et un flux irrésistible de paroles que je n’y devais pas toucher.
Au nom de Mistussu que je prononçai, elle me fit un signe de tête approbatif, et recommença à parler avec une volubilité qui me surprit, car je ne lui avais jamais vu faire preuve de tant d'excitation.
Ne doutant pas un instant qu'elle ne m'eût sauvé la vie, je lui pris la main, et l'attirant vers moi, malgré ma faiblesse, je l'embrassai. Depuis lors, il me sembla qu’elle veillait incessamment sur moi. Elle ne permettait à personne de venir me voir et me soignait avec la jalousie d’une femme et le dévouement d’un ami.
Ma jambe se guérissait et je commençais
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à marcher, ou bien, m'asseyant à côté de
que Kioshka, je cherchais à lui faire comprendre 44 la mon mélange de cri et d'anglais. - ls se La vie commune dans les bois commençait 14 de à me paraître une perspective beaucoup 4 moins irréalisable qu'autrefois et pourtant À elle niemn'cinmévher de. sbnoae À he il Je ne pouvais m'empêcher de songer à ces se À re- mariages de blancs et d'Indiennes, dans a , 4!
qui lesquels il m'avait toujours semblé que LE Ë * * à KE vu l’homme descendait bientôt au niveau de la 4 js femme au lieu de l’élever au sien. 4 à u k \ Q Q . 4 ne Il n'y à pas de règle, me disais-je, sans 1, et exception et sans doute il se peut que, dans Q A Q , @ e, Je ces cas-là la femme, n'ait pas eu la chance de | h bla s'élever ? Comment peut-elle se perfectionh Elle ner si on ne la sort pas de son milieu ? Tous À r eb ceux que jai connus ainsi mariés ont con- i dé RES Se us Li le e tinué à vivre avec les Indiens ou se sont ï; js cloîtrés avec leur femme. sil à . de” ee à i Et pourtant j'ai vu des hommes de mon | À
rang et de mon éducation vivre heureux
ainsi; n’ai-je pas rencontré un jour dans une hutte indienne un bébé blanc et rose jouant tranquillement avec ses compagnons.
Il appartenait à un jeune ingénieur d'Ontario marié récemment à une charmante peau-rouge qui ne pouvait s'empêcher de dire avec joie et fierté: ‘“ mon enfant est moitié indien et moitié ingénieur.”
Ces simples réflexions étaient une vraie capitulation de conscience.
Oh, Kioshka, que l’homme est faible, même s’il est avocat de Toronto !
Je ne m'étais encore permis qu’une aéclaration sérieuse à l'adresse de Kioshka, pour lui conseiller timidement de supprimer cette ligne de vermillon qu’elle avait l'habitude, les jours de fête, de tracer dans sa chevelure audessus de la raie, ainsi qu'une plaque de
rouge dont elle parait ses joues dans les FA J
mêmes occasions, Cette démarche dut peut-
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être la froisser un peu, mais enfin elle était certainement mieux sans vermillon, et cessa d'en mettre aussitôt que je lui eus fais comprendre que je l’aimais mieux au naturel.
C'était d’ailleurs tout ce qu'il y avait en elle d’artificiel : jamais elle n'avait, comme les beautés de Toronto, agrémenté le bas de sa taille d’une cage à moireaux ou garni son chignon d’une vieille éponge pour en rehausser le volume. Elle était nature, bien taillée et je la trouvais charmante.
Ses dents étaient splendides, sa voix plaisante, son maiïntien gracieux, son affabilité irrésistible et surtout son actention à mes observations me paraissait absolument louable.
On pouvait, j'en avais l'expérience, tout lui enseigner promptement. Un jour, par exemple, je l'avais coiffée à la façon des
beautés civilisées cette coiffure lui allait à
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merveille. Je le lui dis dans mon meilleur cri et elle parut enchantée.
Oh, les heureux jours trop vite envolés !
Un soir Kioshka n’annonça qu'elle avait vu un orignal auprès du camp.
— Voulez-vous venir le tuer ? me dit-elle.
—Certainement !
J'étais plein de bonne volonté et nous part'mes avec une foule de précautions, doucement, faisant aussi peu de bruit que poss'ble. Nous étions en plein bois lorsqu'elle me montra l’orignal auquel j'envoyai une balle: nous courûmes ensemble, il était tombé mort.
Comime nous nous tenions côte à côte devant l'animal expirant,elle me prit la main et dit simplement :
—Saké [ttan (je vous aime.)
Que faire ? Je l’embrassai.
Au même moment j'entendis un sifhe-
leur:
côte
nain
ment, une flèche passa juste au-dessus de mon épaule et la frappa en pleine poitrine.
Elle poussa un long cri et tomba.
Eperdu, je tirai d’abord plusieurs coups de fusil en désespéré dans le buisson d’où était parti le coup, puis volai à son côté. Arracher la flêche me semblait impossible et inutile. Elle était plantée dans le cœur et un instant après Kioshka rendait le dernier soupir.
Je courus au camp en accusant violemment Mistussu de cet assassinat, car j'étais sûr que c'était lui qui avait tué Kioshka en tirant sur moi.
Tout le monde était dans la consternation mais le père et les chefs étaient calmes et silencieux ; je les conduisis vers le corps en demandant partout Mistussu et jurant de le tuer!
On rapporta le cadavre au camp: mon
cœur était brisé.