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CHAPITRE VII

Maladies des yeux. — M. Henri Lasserre; rétinite. Kératite diffuse. — Décollement des deux rétines.— Vion-Dury.

A côté des maladies organiques, nous devons placer les maladies des yeux, les paralysies, les affections de l'estomac, depuis l'ulcère simple jusqu'à ces dyspepsies graves et rebelles qui mettent l'existence en péril ; enfin, les guérisons de sourds-muets de naissance si souvent constatées à Lourdes.

La guérison des aveugles et de toutes les variétés des maladies des yeux forme un des chapitres les plus intéressants de l'histoire de Lourdes. Ces lésions diverses par leurs causes et leurs symptômes nous donnent un abrégé de toute la pathologie humaine.

On a voulu, avec l'amaurose hystérique, donner la solution et la clé de ces modifications surprenantes. Le vice de ce raisonnement se trahit de lui-même et toute réfutation est superflue. Sans doute, il y a des cécités nerveuses. Le champ visuel peut se rétrécir ; la notion des couleurs se perdre ou s'altérer chez des hystériques; mais il s'agit bien de cela ! Nous sommes en présence de décollements de la rétine, d'atrophies de la papille, de ces inflammations profondes de la cornée sur laquelle toutes les diathèses, la syphilis, la scrofule viennent marquer leur empreinte.

Il n'y a pas d'organe sur lequel on puisse, avec plus de précision, déterminer la nature et les conséquences des diverses maladies.

La disparition instantanée d'une lésion organique de l'œil est un fait au-dessus des efforts de la science et de la puissance de la nature.

La guérison de M. Lasserre nous a valu l'ouvrage de Notre-Dame de Lourdes.

Nous ne pouvons reproduire ici « ce récit surhumain, tracé en style magique. » (Diday, examen médical.)

Nous allons le résumer en ses parties essentielles.

Henri Lasserre avait une hypérémie, une congestion de la papille. Les deux oculistes les plus distingués de l'époque : les Drs Démarres et Giraud-Teulon, après avoir constaté la lésion de la rétine, avaient mis tout en œuvre pour en arrêter le développement. Le repos absolu des yeux, le séjour à la campagne, l'hydrothérapie, les toniques, tout avait été fait et tout était resté sans effet Peu à peu la vue s'affaiblissait et les yeux avaient fini par refuser leur service. Plusieurs mois s'étaient écoulés dans ce triste état. Le malade avait de sombres pressentiments et, dans son entourage, on ne se dissimulait pas que la vue était perdue.

C'est alors, que sur les conseils d'un ami, d'un protestant, Henri Lasserre se fait apporter de l'eau de Lourdes. Il mouille successivement ses deux yeux et son front; mais à peine a-t-il touché de cette eau

miraculeuse les parties malades, qu'il se Sent guéri tout à coup, sans transition , avec une soudaineté que dans son langage imparfait, dit-il, il ne peut comparer qu'à celle de la foudre. 28 ou 30 ans se sont écoulés depuis sa guérison. Sa vue est parfaite. Ni le travail le plus soutenu et le plus ardu, ni les longues veillées ne l'ont fatigué.

Nous avons publié la guérison du Père Hermann atteint d'un double décollement de la rétine qui fut instantanément guéri à la Grotte. Mais nous avons été témoin d'une guérison plus surprenante encore, plus facile à interpréter pour les personnes étrangères à la médecine.

En 1887, nous avons vu à Lourdes, pendant le pèlerinage national, un enfant de onze ans à peu près complètement aveugle. L'œil gauche ne percevait aucune lueur et l'œil droit distinguait à peine la nuit du jour. Il fallait le conduire par la main, le faire manger»

Il était dans cet état depuis deux ans.

Sa mère, qui nous le conduit, nous dit qu'elle a perdu cinq enfants nés avant terme, ou morts dans la première enfance. Le père est dans un asile d'aliénés. Il ne lui reste que cet enfant, il est aveugle.

Les deux cornées ont perdu leur transparence, elles ont cet aspect piqueté, rugueux, dépoli, qui caractérise la kératite interstitielle ; elles ressemblent à des billes de

marbre. D'après les antécédents, la nature spécifique de la maladie paraissait suffisamment établie.

Au sortir des piscines, cet enfant retrouve subitement la vue. Toutes les personnes qui l'entourent constatent le fait et une foule nombreuse l'accompagne jusqu'au Bureau des médecins.

Non seulement l'enfant peut se conduire seul, mais il distingue les objets les plus fins, le mouvement d'une petite aiguille à seconde. En examinant les yeux à la loupe, nous remarquons que la cornée a retrouvé son poli, sa transparence. Il y a par places quelques taches, quelques légers nuages qui n'ont pas entièrement disparu. Mais la plus grande partie de la cornée est débarrassée. La lumière peut pénétrer jusqu'aux parties profondes.

Si on peut guérir d'une kératite diffuse par un travail de résorption lent, qui dure des mois ou des années, on n'en guérit jamais instantanément.

Nous avons revu cet enfant dans le courant de l'année suivante; il avait été placé à l'asile Saint-Charles, rue de Sèvres; il suivait les cours de l'école, il lisait, il écrivait sans aucune difficulté. Sa vue était absolument normale.

Le 2 août 1890, François Vion-Dury a été guéri d'un double décollement de la rétine qui l'avait rendu absolument aveugle depuis sept ans.

Il raconte sa maladie et sa guérison avec des détails si précis, si circonstanciés, qu'il serait difficile de trouver une observation plus complète et plus concluante, même sous la plume d'un médecin.

Vers le milieu de novembre 1882, je fus désigné pour un service de patrouille dans la ville, depuis six heures du soir et par une pluie battante; en sorte que, bientôt, je fus tout mouillé comme mes compagnons. Au milieu de la nuit, un incendie se déclara au café de l'Hôtel-de- ville. Nous fûmes commandés pour travailler à en arrêter les progrès. A l'étage supérieur se trouvaient quatre personnes qu'il fallait arracher aux flammes. Nous volâmes à leur secours, et nous fûmes assez heureux pour les sauver toutes. En ouvrant une porte, je vis une grande flamme m'arriver en pleine figure. Depuis ce moment, mes yeux se sont tellement affaiblis, qu'au bout de trois mois je n'y voyais plus rien. En vain à l'hôpital de Dijon, on essaya divers traitements. On finit par constater le décollement des deux rétines; et le 24 mai 1883, on me renvoya dans ma famille, avec une gratification de 180 francs.

Tout le monde plaignait mon triste sort. Je dus faire différentes démarches, soit à Bourg, soit à Belley, pour obtenir une pension suffisante, au lieu d'une simple gratification renouvelable.

Le 11 juillet 1884, je recevais la pension de 600 francs avec mon congé définitif. Bientôt on m'engagea à faire quelques démarches pour obtenir une pension plus forte. C'est dans ce but que M. Dor me délivra la déclaration du 16 septembre (1).

(1) Voici cette déclaration : « Je, soussigné, docteur en méde- »» cine, domicilié, 2, Quai de la Charité, à Lyon, déclare que » Vion-Dury François, soldat réformé de Lalleyriat, canton de

Au mois d'août de la même année, j'allai à Lausanne consulter le Dr M. Dufour, oculiste distingué. En son absence, son adjoint, M. Verret, après m'avoir examiné, me déclara qu'il n'y avait rien à faire.

Je sollicitai mon admission à l'hospice de Confort (près Bellegarde, Ain). J'y arrivai le 16 juillet 1890.

Deux ou trois jours après mon entrée, la Sr Louise me dit : Pauvre Monsieur, vous êtes encore bien jeune (30 ans) pour être complètement aveugle. Si vous avez la foi et si vous aimez bien la Sainte Vierge, vous pourrez obtenir par son intercession de voir assez pour vous conduire.

Tous les jours Sr Louise et surtout Sp Marthe me répétaient les mêmes paroles. Cette dernière ajoutait : « Écoutez, on fera prier les enfants, et la prière des enfants est efficace. Je vous donnerai de Veau de Lourdes; vous vous laverez les yeux par trois fois ; et, si vous avez bien confiance, la Sainte Vierge vous guérira. — Je répondais toujours : « Je ne suis pas digne ! »

Je commençai cependant une neuvaine qui devait finir le vendredi 1er août. Ce jour-là, je n'avais constaté aucune amélioration. Le lendemain je dis à la Sœur: Vous m'avez parlé d'eau de Lourdes, vous m'en remettrez bien un peu ? En effet, quelques instants après, Sr Marthe est entrée apportant une petite fiole d'eau de Lourdes. Elle l'a déposée en disant : « François, la voilà sur votre table. — Mais, ma Sœur, comment faudra-t-il prendre cette eau

Nantua (Ain), est affecté de décollement des deux rétines. Bien que la rétine se soit rappliquée dans l'œil gauche, cet œil ne » distingue pas le jour de la nuit. Avec l'œil droit, M. Vion-Dury » compte à peine les doigts à 30 centimètres de l'œil. Il ne peut » donc faire absolument aucun travail, et doit être considéré » comme absolument aveugle des deux yeux, sa maladie étant » absolument incurable.

» Lyon, le 16 septembre 1884.

» Dr Dor. »

de Lourdes ? faut-il un linge ? — Non, vous en toucherez simplement votre doigt, et vous le passerez sur vos yeux. — Et que faudra-t-il dire ? — Notre-Dame de Lourdes, ou 0 Marie conçue sans pèche' ! — Ah ! ma Sœur, si vous saviez, je ne suis pas digne !... Il y a quelque chose qui se passe en moi... je ne sais pas ce que j'ai... Tenez, laissezmoi tranquille ! »

Je me mis au lit, tant j'e'tais fatigué... Je prenais le flacon et je voulais le déposer; mais ma main le retenait toujours sur la table... J'hésitais... C'était un combat indéfinissable: Est-il possible !... lâche que tu es!... le diable ne sera pas toujours maître !... D'un mouvement nerveux, je brisai le bouchon, et enlevai avec effort jla partie qui était restée. « Bienheureux Chanel, je ne suis pas digne, demandez pour moi à la Sainte Vierge d'y voir clair. » Par trois fois, faisant toucher l'index de la main droite à l'eau de Lourdes, je l'ai chaque fois passé rapidement sur les deux yeux. A la troisième, j'ai ressenti une violente douleur, comme si l'on m'avait enfoncé un couteau dans les deux yeux. — Mais la Sœur s'est trompée ; c'est de l'ammoniaque qu'elle m'a donnée. Pour m'en assurer, je portai le flacon à mes lèvres, à peine l'eau les avaient-elles touchées, que la vue m'est revenue tout d'un coup, aussi promptement qu'un coup de fusil. Je distinguais les rideaux, les croisées, etc. « Simon, Simon, je vois ! (c'était mon plus proche voisin.) Allez vite chercher les Sœurs. » Un autre qui n'était pas encore au lit, s'est approché : « Si vous voyez, dites comment je suis habillé. — Vous avez un tricot, une cravate, un chapeau. — Mais, c'est vrai ! il voit ! » puis il court avertir les Sœurs ; elles arrivent à l'instant.

Dans l'intervalle, je m'étais levé. Les Sœurs m'ont trouvé appuyé sur mon lit, tenant la fiole de Veau de Lourdes et disant: « Est-ce possible! est-ce croyable!... Ah! mon Dieu ! mon Dieu ! Enfin !... ô Sainte Vierge Marie, ma bonne Mère, que vous êtes bonne !... Ah! ma pauvre mère, elle

qui m'avait tant recommandé de faire cela, si elle m^ voyait, qu'elle serait contente !... Que j'ai donc eu de bonheur de venir dans cette maison !... Je m'agenouillai, et je dis : Priez, priez, mes Sœurs. » Nous avons fait ensemble une prière.

A la voix, je reconnaissais successivement chacune des personnes présentes. Je dis en particulier à Sr Gabrielle : « Oh ! comme vous êtes habillée ! vous avez un voile blanc comme des religieuses que j'ai vues à Dijon ! — C'est donc vous, ma Sr Marthe; en vous entendant marcher, je vous croyais plus jeune. — Cachez la lampe, disait la Sr Louise, la lumière pourrait lui faire mal aux yeux. — Non, non, laissez-la, rien ne me fait mal. On me présenta un livre dans lequel je lus plusieurs phrases. — Sr Marthe, voici mes lunettes (1), je n'en ai plus besoin, portez-les à la chapelle; allons-y remercier le bon Dieu. »

Le dimanche matin, à cinq heures et demie, j'étais déjà à la chapelle pour assister à la sainte messe et faire ma communion. J'ai demandé un livre pour lire les actes préparatoires. Je me levai pour aller à la Table Sainte, le Frère Directeur des Écoles chrétiennes de Confort, ignorant ce qui s'était passé, m'offrait le bras pour me conduire. Je lui fis signe que je n'en avais pas besoin. A la fin de l'action de grâces, M. le Curé fit réciter le Magnificat.

Depuis cette époque, je vois comme à vingt ans. Le samedi 16 août, j'accompagnai M. le Curé qui se rendait à Bourg. De la gare de Châtillon-de-Michaille, je distinguai parfaitement la croix qui est sur la montagne de Mentières, et je fis remarquer à M. le Curé des faucheurs dans les prés, en haut de Confort, c'est-à-dire à une distance d'au moins trois à quatre kilomètres en ligne directe.

(1) Il portait des lunettes, non pour y voir clair, puisqu'il était complètement aveugle, mais pour protéger l'organe des yeux, qui est très délicat.

En foi de quoi, j'ai signé la présente relation, en présence des témoins soussignés, après qu'il leur en a été fait lecture.

François Vion-Dury

CHAPITËE VIÎI

MALADIES DE L'ESTOMAG, PARALYSIE Et Sft$DÎ-MUfïîÉ

Ulcère de l'estomac; Marie Jarland; Dr d'Nave, Dp Sarrazin. — Mme Fouré, paralytique ; D* Helot, 4e Rouen, -w Spur4.s~muets de naissance.

Nous observons à Lourdes toute la série des maladies de l'estomac, depuis le trouble fonctionnel jusqu'à l'ulcère et à la tumeur cancéreuse. Les malades touchent souvent à la cachexie; ce sont des cadavres ambulants. Pour leur rendre leurs forces perdues, il ne suffit plus d'arrêter les accidents dyspeptiques, causes premières du mal. Il faut qu'une véritable résurrection s'opère en eux.

L'exemple suivant nous montrera quel est le sens et la portée des guérisons observées dans ces conditions.

En 4873, Marie Jarland avait 31 ans. C'était une femme robuste, élevée à la campagne, occupée dans son enfance aux travaux des champs. Elle n'avait jamais été malade; elle était même dans des conditions de santé au-dessus de la moyenne. Domestique chez M. de Lavelle, président du tribunal de Sarlat, elle devait rester 17 ou 18 ans dans cette maison, jusqu'à la mort de son maître.

Au mois de mars de cette année 1873, Marie Jarland boit par erreur un verre d'eau de cuivre étendu dans du bouillon ; c'est~à~dire environ 150 grammes d'acide sulfu-

rique dilué. Elle ressent aussitôt une grande amertume, une chaleur brûlante dans l'estomac ; mais elle ne vomit pas. Le lendemain, elle éprouve une fatigue générale, des douleurs de courbature dans les membres. Au bout d'un mois, les vomissements se déclarent, elle rejette deux ou trois fois par jour ses aliments. Il doit se faire autour des parties plus profondément atteintes un travail de destruction qui pénètre jusqu'aux vaisseaux et entraîne des hémorrhagies abondantes.

Dans le cours des trois premières années, elle a 29 vomissements de sang noir, coagulé, qu'elle rejette par pleines cuvettes. Au bout de trois ans, les hémorrhagies cessent. Il semble que la cicatrisation tend à se faire. Mais l'économie a été trop ébranlée, pour que ce travail aboutisse à une résolution complète. L'estomac ne peut reprendre ses fonctions. La digestion est très difficile. Les vomissements continuent; le lait seul peut être supporté en petite quantité.

Jusqu'à son pèlerinage à Lourdes, en 1887, c'est-à-dire pendant quatorze ans, Marie Jarland va rester dans ces conditions misérables. On sent au niveau de l'estomac et de la grande courbure une tumeur manifeste, douloureuse, soulevée par les artères profondes de la région. Quelques médecins, trompés par ces apparences, prononcent le mot de « squirre » ou de « cancer ». Évidemment, il s'est formé, autour des points ulcérés, une zone inflammatoire qui épaissit les tissus et forme une tuméfaction visible. La douleur est si vive en ce point que la malade ne peut serrer ou rattacher ses vêtements, et que toute pression est insupportable.

Elle a été soignée par trois médecins, par le Dr Nave, par le Dr Sarrazin et par moi. Je l'ai vue pendant bien des années, alors qu'elle avait ces hémorrhagies si abondantes, que rien ne pouvait arrêter. J'avais porté le diagnostic d'ulcçre simple oie l'estomac. Sans trouver les traces d'une

affection organique, je ne savais pas quel serait le terme d'une maladie aussi grave. Le Dr Sarrazin, qui Ta soignée en dernier lieu, alors qu'une tumeur volumineuse remplissait l'épigastre, a dû concevoir des craintes sérieuses. La pensée d'une lésion organique s'est présentée à son esprit.

Pendant les quatre ou cinq derniers mois qui précédèrent son voyage à Lourdes, l'état de notre malade s'était sensiblement aggravé. La tumeur de l'estomac était devenue plus sensible. Marie ne se nourrissait qu'avec un demi-litre de lait. Le jour de son départ, elle ne put rien prendre. Elle fit le voyage à peu près à jeun, aussi, sa faiblesse était telle qu'elle avait des syncopes continuelles.

Le 26 septembre, elle arrive à Lourdes, à 7 heures du matin. Après avoir entendu la Messe à la Grotte, elle prend un bain de piscine, sans aucun résultat; un second le soir. Le matin du 27, troisième bain; elle n'éprouve aucune amélioration. Le soir, à 5 heures, dernier bain; dans la piscine, une secousse violente se fait sentir à l'estomac. En sortant, elle ne trouve plus trace de sa tumeur. Elle s'habille, elle peut resserrer sa robe, sans gêne, sans souffrance.

A peine dans le train, à huit heures du soir, le même jour, elle éprouve une sensation de faim irrésistible, qu'elle n'avait pas ressentie depuis bien des années. Elle mange une aile de poulet. Dans la nuit, elle boit un litre de lait. Le matin, à 5 heures, à la gare de Bordeaux, elle prend une tasse de chocolat.

Cet estomac, malade depuis quatorze ans, dont la muqueuse était ulcérée, les parois enflammées, hypertrophiées, avait retrouvé en un instant l'intégrité de son jeu et la souplesse de son tissu. Depuis le 27 septembre, depuis le bain de piscine pris à 5 heures du soir, il n'y a pas eu le moindre faux pas dans cet organisme.

Instantanée, la guérison est restée complète et sans rechute,

On voit souvent ainsi des malades arriver à Lourdes dans le dernier degré de l'émaciation et du marasme. Ne pouvant supporter depuis des mois ou des années la moindre nourriture, ils reprennent place à la table commune et digèrent aisément les mets les plus lourds, les plus indigestes. Nous les voyons, chose plus surprenante, retrouver leur force sans convalescence. Le Dr de Saint-Maclou recherche toujours la trace de ces souffles vasculaires, de ces anémies profondes, résultat dune dénutrition prolongée. Au sortir des piscines, au moment même des guérisons tous ces signes ont disparu. A part la maigreur qui ne pourrait s'effacer en quelques secondes sans une création instantanée de tissus, une vie nouvelle anime ces physionomies jusque-là mornes, éteintes.

L'hystérie simule souvent l'ulcère de l'estomac, donne des symptômes pareils en durée et en gravité. Mais pour admettre une semblable thèse dans l'observation de Marie Jarland, il faudrait écarter d'abord la cause première: l'acide sulfurique. Cet estomac avait été brûlé profondément ; et chez les hystériques une fracture de jambe, une plaie, une brûlure sont soumises aux lois ordinaires de restauration des tissus. Sans doute, une lésion traumatique peut devenir l'occasion de complications nerveuses qui se greffent sur elle. Mais alors le tempérament des malades doit nous renseigner,

Sur ce point, nous ne pouvons avoir de doutes. Voilà

une robuste fille de la campagne qui, dans tout le cours de son existence n'a pas présenté un seul trouble nerveux, qui n'a dans ses antécédents aucune tare héréditaire. Pour admettre que pendant 14 ans tous les accidents observés appartiennent à l'hystérie viscérale, il faudrait que cette diathèse eût été bien somnolente, bien cachée jusque-là. Marie Jarland est une femme qui a su conduire sa vie avec une sagesse, une régularité parfaite, qui est restée 20 ans chez les mêmes maîtres, faisant partie de la maison. Elle est à l'heure actuelle à mon service. Je peux l'étudier, l'observer chaque jour. Je ne trouve chez elle aucune trace de nervosisme, et je devrais conclure que le verre d'acide sulfurique n'a été que l'étincelle qui a provoqué un tel incendie; je devrais admettre l'hystérie sans aucun indice, sans aucune preuve, pour donner satisfaction à une doctrine, à une théorie préconçues. La chose n'est pas sérieuse.

Quand nous écrivons l'histoire d'un malade dans un hôpital, d'un client que nous rencontrons sur notre route, nous pouvons faire une étude clinique, mais que d'inconnus devant nous ! Antécédents, caractère, tempérament, tout nous est étranger. C'est avec des notes de convention et sur des données générales que nous traçons le récit de la maladie et de la guérison.

Dans l'observation de Marie Jarland, tous les détails sont personnels. C'est une histoire vivante, une photo-

graphie d'une ressemblance absolue. Tous les éléments sont faciles à grouper. Son intelligence, sa vie morale ont pu se développer lentement et sans secousse, dans un milieu où les occupations matérielles occupent la plus grande place. Le système nerveux se fortifie, s'équilibre à l'abri de ces commotions qui usent, dans les villes, les jeunes organisations. Dans son cœur, la piété se développe sans efforts. Elle a une dévotion particulière pour la Vierge de Lourdes. Avant de pouvoir visiter la Grotte, elle a souvent fait le pèlerinage spirituel et recueilli des souscriptions pour l'église du Rosaire.

A Lourdes, sans impatience du résultat mais sans découragement, elle prend quatre bains de piscine. Ce n'est que dans le train, au retour, qu'elle a la certitude de sa guérison.

Il est facile d'écrire l'histoire de ces malades. C'est à nos côtés et sous nos yeux que leur vie s'écoule. Nous pouvons par une longue étude redresser nos jugements et nous mettre à l'abri de toute surprise.

Les Annales offrent un grand nombre d'exemples semblables, même avec des formes plus graves. Des malades portés sans connaissance sur des brancards retrouvent, en quelques secondes, la plénitude de leurs forces et de leur santé.

Le Dr Helot, de Rouen, a publié dans les Annales d'octobre, novembre et décembre 1890, une très remar-

quable étude sur la guérison de Mme Fouré, survenue à Lourdes, le 13 septembre 1888.

« Mme Fouré, nous dit M. Helot, avait été frappée le 16 mai 1886, à l'âge de 55 ans, d'une attaque d'apoplexie qui se rapportait à la forme commune de l'hémorrhagie cérébrale. Dès les premiers jours, le médecin qui la soigna n'eut aucun doute sur ce diagnostic. Le début, la récidive, la marche, la paralysie des membres du côté droit et de la face du côté gauche, qui, après une amélioration progressive, resta stationnaire et définitive, jusqu'à la guérison, la délimitation régulière et fixe de la paralysie de la sensibilité, accompagnant partout celle du mouvement, confirmèrent pleinement son opinion.

» Pas un médecin sérieux n'y aurait contredit, et la pensée même d'une erreur de diagnostic ne serait venue à personne, sans la terminaison brusque et complète qui survint, le 14 septembre 1888, et qui est absolument le contraire de ce qui se passe habituellement.

» En effet, lorsqu'un apoplectique doit guérir, dès les premiers jours, la paralysie diminue graduellement, quelquefois même assez rapidement, surtout dans le membre inférieur ; mais cette amélioration devient de moins en moins sensible, et après un temps très variable, qu'on peut évaluer d'une manière générale à quelques mois, les progrès se font si lents que l'état du malade semble définitif.

» Cependant la guérison peut encore exceptionnellement se compléter; mais plus on s'éloigne du début de la maladie, plus les progrès sont insensibles et moins on a de chances d'obtenir cette terminaison.

» Il faut donc poser en principe que si l'hémorrhagie cérébrale doit guérir, elle ne guérira que lentement et progressivement. C'est l'opinion formelle de tous les méde-

cms, et physiologiquement cette loi s'explique si bien, qu'à défaut même d'observations cliniques, il eût été facile de la formuler à priori et de tracer d'avance le tableau complet de cette guérison.

» En effet, c'est une loi physiologique constante qu'une rupture dans le tissu nerveux a pour conséquence nécessaire une paralysie dans les organes et dans les membres correspondants. »

Après avoir bien précisé la nature de la maladie, le Dr Helot démontre qu'une guérison subite ne pouvait être obtenue par aucun traitement. Il conclut par ces paroles.

« Qu'on relise attentivement et sans parti pris l'observation que nous avons publiée, et l'on restera convaincu qu'il est raisonnablement impossible d'assigner à cette maladie une autre cause que celle que nous avons donnée, impossible également d'en expliquer la guérison subite par une cause naturelle.

» Nous pouvons donc affirmer ce qui suit, sans craindre une contradiction sérieus :

» Mme Fouré, atteinte d'une hémorrhagie cérébrale grave, caractérisée par une hémiplégie persistante et à peu près complète dans le bras droit, incomplète, mais encore très prononcée à la face, du côté gauche, et dans la jambe droite, a été, au bout de deux ans, instantanément et complètement guérie, en revenant d'un pèlerinage à Lourdes ; et ce fait demeure inexplicable, au point de vue des sciences naturelles.

» Ici doit se borner le rôle du médecin. C'est aux théologiens de décider maintenant si cette guérison, qui déroge aux lois de la nature, porte avec elle les autres caractères qui constituent le miracle.

» NôU9 le crojrôns et il nous paraît difficile qu'on puisse peijser autrement. »

Canteleu-lês-Rouen, 21 novembre 1890.

Dr Ch. Helot.

Nous avons cité dans le cours de notre travail un grand nombre d'exemples de sourds-muets de naissance guéris à Lourdes. Ces guérisons, faciles à constater, frappent les foules d'étonnement et semblent donner une preuve plus directe, plus irrécusable d'une intervention surnaturelle.

Je ne comprends pas, en effet, comment on peut expliquer la guérison d'un sourd-muet de naissance, parvenu à l'âge adulte. En admettant que les organes ne soient pas altérés ou détruits, il y a certainement une atrophie, un arrêt de développement qui rend impossible une reprise fonctionnelle, instantanée. Les Annales de Lourdes renferment cependant plusieurs exemples de guérisons semblables. Une des observations les plus importantes est celle d'Aurélie Bruneau, rapportée par le Dr de Lamardelle et que nous avons résumée dans un numéro précédent.

En 1888, le pèlerinage belge amenait à Lourdes, dans les premiers jours de mai, trois sourds-muets de naissance, Désiré et Clémentine Mélain (frère et sœur), et Joséphine Demol.

Deux médecins, les D" Trousset et Vanpée, attestaient que ces trois personnes éLuont atteintes de surdi-

mutité congénitale incurable, ayant résisté jitscjU'à ce jour à tous les traitements. A leur retour en Belgique, ces trois infirmes étaient guéris. Les médecins qui avaient constaté la surdité se réunissaient huit jours après pour constater la guérison, et demandaient à leur confrère, le Dr Archambeaud, de vouloir bien se joindre à eux pour reconnaître l'état dans lequel se trouvaient Désiré et Clémentine Mélain, et Joséphine Demol. A la suite d'un examen très minutieux, les trois médecins déclarent que les trois malades entendent. Ils commencent à articuler les mots qu'on teur a déjà appris ; ils répondent directement aux questions qu'ils comprennent.

Les expériences, faites en vue de ce certificat, l'ont été de telle façon que les sujets ne pouvaient voir la personne qui les examinait, ni suivre par conséquent le mouvement de ses lèvres. Le témoignage des trois médecins ne peut laisser aucun doute dans l'esprit sur un événement qui nous paraît absolument inexplicable au point de vue scientifique.

Ces deux exemples sont suffisants pour nous renseigner sur la nature des guérisons que l'on observe à Lourdes. Dans ces deux cas, il n'est pas question d'accidents névropathiques, mais de lésions profondes, qui correspondent bien à ce groupe de maladies dont la guérison instantanée est absolument inexplicable par les données de la science.

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