‹ LourdesChapitre 5 sur 57 · SI · texte numérisé non relu

SI

En limitant nos études à cette première période,

entièrement remplie par Bernadette, nous pourrons établir que les apparitions ne furent ni une illusion de ses sens, ni le résultat d'un trouble de son esprit. Nous pourrons arriver à la démonstration scientifique du surnaturel en mettant en parallèle, d'un côté, les facultés de cette enfant, si ignorante, si bornée; de l'autre, la vision de cette Vierge idéale, création d'un type inconnu que le génie des plus grands artistes n'avait pas entrevu et a eu de la peine à reproduire.

Le nom de cette Vierge, les paroles qu'elle a prononcées, tout est en disproportion avec l'entendement du sujet.

En nous rappelant ce principe formel, admis par tous les maîtres: « L'hallucination n'est jamais que la réminiscence d'une sensation déjà perçue », il est évident que jamais l'esprit et la mémoire de Bernadette n'avaient pu recevoir l'image ou entendre l'écho de ce qu'elle a vu et entendu à la Grotte.

Sans nous appuyer sur la connexité qui existe entre les apparitions et les guérisons, sans rappeler que si les guérisons portent un cachet divin, l'apparition doit être divine, puisque c'est elle qui en a été le point de départ, et qu'il y a une liaison étroite entre ces deux ordres de faits; nous pouvons déjà montrer que la médecine ne peut donner une explication matérielle et plausible des apparitions.

Mais si, portant nos regards plus loin, nous voulons apprécier dans leur ensemble les événements qui se sont accomplis à Lourdes, alors la question s'agrandit et prend une importance considérable.

Depuis le 25 février 1858, jour où, sous la main de Bernadette, l'eau avait commencé à sourdre d'abord, à jaillir ensuite du fond de la Grotte, plus de trente ans se sont écoulés, et, depuis lors, les guérisons les plus extraordinaires n'ont cessé de se produire autour de cette source, au contact de cette eau bénie.

« Ces guérisons étonnent également par leur nombre déjà incalculable ; par leur continuité, qui en fait comme les anneaux ininterrompus d'une longue chaîne s'étendant jusqu'à nous ; par la violation, le bouleversement complet de toutes les méthodes thérapeutiques; par cette espèce de dédain avec lequel elles se jouent de l'ancienneté et de la résistance du mal.

» Il y a là certainement une force supérieure à celles qui ont été départies à la nature, une force étrangère à l'eau dont elle se sert pour les manifestations de sa puissance (1). » Nous ajouterons : Il y a, dans cet ensemble de faits, qui se succèdent ainsi depuis plus de trente ans, un spectacle bien étrange pour notre âge.

Dans un siècle où l'esprit humain est si fier de ses

(i) Rapport du Dr Vergei.

conquêtes ; alors que la médecine apporte, dans l'étude et le contrôle des maladies, des moyens d'une précision mathématique; au lendemain des découvertes de Pasteur, nous voyons en France, dans les pays les plus cultivés et les plus instruits, se produire et se renouveler chaque jour des faits surprenants, absolument en contradiction avec ce que nous avons l'habitude, nous, médecins, d'observer et surtout d'obtenir.

Les savants nous avaient promis d'éclairer d'un jour si vif notre époque, que toute autre lueur en serait effacée ; ils nous disaient que les superstitions suggérées par la foi devaient disparaître comme des ombres, sous le flambeau de la vérité scientifique.

C'est à ce rendez-vous qui nous est assigné, c'est à ce point culminant, qui devait marquer le dernier triomphe de l'intelligence humaine, que les guérisons de Lourdes sont venues élever un obstacle dont la raison ne peut triompher. Le surnaturel n'est plus seulement dans les ténèbres du passé : il est là, sous nos yeux, dans une lumière qu'on ne saurait méconnaître.

L'œuvre de Lourdes était bien humble dans ses débuts. C'était la voix d'une enfant qui appelait les foules, c'était le contrôle d'un seul médecin qui venait appuyer la voix de cette enfant. Le Dr Vergez est venu bientôt après apporter dans ces questions le poids de son autorité. Enfin, de nombreux médecins , sans entente nréalable, aussi différents de pays que de doe-

trines, ont été les témoins des premiers prodiges et ont raconté les guérisons extraordinaires qu'ils avaient observées chez leurs malades.

Les Annales ont conservé les récits de ces faits merveilleux, enregistré deux ou trois cents certificats.

Sous l'impulsion du docteur de Saint-Maclou, un dernier et important progrès a été réalisé.

On avait la tradition écrite, on a la tradition par la parole et par l'enseignement; on a l'étude, qui saisit chaque fait sur le vif, au milieu du cadre qui l'entoure, des circonstances qui le complètent, des nombreux témoins qui lui donnent force et autorité.

Il y a loin de là à une œuvre de pur enthousiasme, sans moyen de contrôle ou de discussion.

Lourdes, du reste, comme toutes les œuvres de grande portée, a dû à la contradiction, à la négation systématique, ses meilleurs moyens de propagande, les preuves les plus sûres, les mieux établies. De nos jours, lorsqu'on a voulu confondre les miracles avec l'hypnotisme, les plus indifférents ont regardé, étudié de près ces questions qui jusqu'alors leur étaient restées étrangères.

L'hypnotisme, théorie éphémère, un instant à la mode, aura depuis longtemps disparu de nos préoccupations, tandis qu'il nous restera les travaux remarquables de Constantin James, de Méric, de Bonniot, de Franco.

Il nous restera des études plus approfondies des

grandes manifestations de Lourdes. Désormais chacun voudra se faire une opinion personnelle, et les médecins surtout, suivant en cela la parole et l'exemple du docteur Dozous, voudront étudier attentivement ces phénomènes et juger à fond, non pas de parti pris, mais par expérience et de leurs propres yeux, cette grande question du surnaturel.

Ils seront heureux de trouver dans ces études les noms de nombreux confrères qui ont été leurs devanciers, et qui leur ont tracé la voie où ils peuvent sûrement s'engager à leur suite.

L'histoire de Lourdes s'étend depuis le 11 février 1858 jusqu'à nos jours. Elle se divise en quatre périodes principales :

1° La première est remplie par les apparitions et par Bernadette.

2° La seconde comprend toutes les guérisons qui se sont passées sous les yeux des docteurs Dozous et Vergez : Le travail de la commission d'enquête.

3° La troisième commence avec la publication des Annales en 1868 et arrive jusqu'à nos jours.

4° Dans la quatrième, nous avons les dernières études faites au bureau des constatations sous la direction du docteur de Saint-Maclou ; nous avons l'ouverture de la clinique de Lourdes pendant les grands pèlerinages.

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