‹ LourdesChapitre 4 sur 57 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les médecins, premiers témoins des événements de Lourdes.— L'histoire de Lourdes repose sur une base scientifique. — Bernadette. — Les médecins étudient son état mental. — Leurs appréciations contradictoires. — Encore le surnaturel dans notre siècle. — Division du sujet.

Quand on étudie, avec soin et dans ses détails, l'histoire de Lourdes, depuis 1858 jusqu'à nos jours; quand on cherche sur quelles bases scientifiques reposent les guérisons dont les Annales nous ont conservé le récit, on est frappé de voir avec quelle méthode rigoureuse chaque fait est exposé, discuté, élucidé.

Depuis les premières apparitions, le contrôle médical n'a jamais fait défaut à cette œuvre, qui devait être l'événement religieux le plus considérable de notre siècle.

Venus à une époque où la science proclame son infaillibilité, époque d'indifférence et de doute, ces événements semblent faits à notre mesure et mis à notre portée. Ils semblent demander moins à la foi qu'à la raison ; ils empruntent à nos moyens actuels de contrôle toute leur rigueur, toute leur précision.

Les médecins, dès les premiers jours, ont suivi Bernadette dans tous les détails de sa vie. Sa famille,

son enfance, son éducation, tout a été analysé, percé à jour; il n'y a pas une heure dans son existence qui ait pu échapper à la critique ou à l'examen. Nous savons qu'elle était d'une santé délicate, qu'elle n'a reçu aucune instruction. Dans son passé, on ne relève aucune note saillante, elle paraît à tous égards au-dessous de la moyenne des enfants de son âge.

Au moment des apparitions, elle sort sans transition, sans préparation, de cette obscurité, pour devenir l'objet de l'attention générale.

Je ne connais pas de figure qui ait été plus fouillée, plus étudiée que celle de cette enfant. Diday, de Lyon, la déclare hallucinée. Voisin, de la Salpêtrière, affirme qu'elle est enfermée dans une maison d'aliénés. D'un autre côté, Dozous se complaît à nous décrire tous les dons de son cœur, toutes les qualités de son esprit. Il écarte toutes les hypothèses qui peuvent mettre en doute l'équilibre parfait de ses facultés. Le médecin de Nevers, qui la voit chaque jour, nous a laissé sur elle une page désormais historique, page d'une importance capitale.

Toutes ces affirmations contradictoires projettent sur cette physionomie des lueurs assez vives pour ne laisser aucun trait dans l'ombre, pour nous permettre de tracer aujourd'hui son portrait d'une main sûre, jamais le corps médical n'a été mêlé plus directement et avec plus de suite à des événements de cette nature.

Page 1