Louvois et les Protestants
Fortunes diverses de la Réforme. — Les réformés sous Tédit de Nantes. — Témoignages rendus à leur fidélité. — Mot de Mazarin, — Comment on les traite h partir de 1660. — Leur ennemi. — Vœux constants du clergé. — Procès- verbaux de ses assemblées de 1660 à 1685. — Opinion de Rulhières. — Langage patelin du clergé. — Madame de Main tenon, sa jeunesse, sa tactique. — Ce qu'en disent Saint-Simon, 1 abbé de Choisy et les dames de Saint-Cyr. — Son zèle convertisseur est à la mode. — M. de Yillette, Madame de Caylus. — Louvois exécute ce que le clergé demande, ce que Madame de Maintenon appuie. — Que veut Louvois? — Opinion de Madame de
Caylus et des contemporains, entre autres, Daguesseau.
Tactique de Louvois. — Il divise les religionnaires en plusieurs catégories. — Le dragon « diable à quatre. » — Accueil fait aux députés protestants. — Deux billets de Louvois. — MM. de Yenours et de Lestortières à Fontainebleau. — Opinion publique sur les protestants. — Trois mémoires du temps.
La Réforme française, si Ton place son berceau à Meaux, sous Lefèvre d'Etaples, a près de trois cent cinquante ans d'existence : trois siècles de triomphes et de revers, d'abaissement et de grandeur. Elle met le seizième siècle à conquérir sa place au soleil et une constitution dans l'Etat; par l'édit de Nantes, Henri IV assure son existence légale-, c'est un triomphe. Au dixseptième siècle, elle voit ses ennemis conspirer
ouvertement sa ruine, l'édit de Nantes tomber en lamheaux et Louis XIV défaire l'œuvre de Henri IV ; douloureux revers. Au dix-huitième, dispersée, meurtrie, errante au Désert, n'ayant d'autre abri que « la couverture du ciel, » suivant la touchante image de ses complaintes, elle attend le retour de la justice; elle en salue l'aube en 1787, la grande aurore et le beau jour sous l'Assemblée constituante. Alors enfin, elle obtient ses lettres de naturalisation et n'est plus une étrangère en France. Ainsi, tour à tour élevée et abattue, mais ayant toujours au cœur la flamme de l'espérance, elle va de la mauvaise à la bonne fortune, comme un vaisseau qui tantôt plonge aux abîmes et tantôt flotte sur les ondes. L'édit de Nantes accordait aux réformés des temples, des pasteurs, le libre exercice du culte, des chambres mi-parties pour connaître de leurs affaires, des places fortes et une organisation vigoureuse, dont le colloque était l'assise et le synode national le couronnement. Cette constitution démocratique fut une arme puissante entre les mains de la noblesse; la noblesse s'en servit trop souvent dans un intérêt d'ambition personnelle, et ce fut pour la Réforme une source de malheurs. Il est si vrai que les grands la considéraient comme un marchepied pour leur fortune, qu'ils l'abandonnent, quand elle cesse, sous Riche-