PRLXCIPES POLITIQUES DES PROTESTANTS
même, et pour tout dire cFun mot devenu banal, le triomphe de la souveraineté du peuple. Les premiers accents d'indépendance nationale sont partis de leurs rangs : cinq ans avant La Boélie, un jurisconsulte protestant, Hotman, a proclamé le droit des peuples, dans la Gaule franke (1573). « Comme le pupille n'a pas été fait pour le tuteur, le navire pour le pilote, l'armée pour le général, ainsi le peuple n'a pas été cherché et trouvé pour le roi, mais le roi pour le peuple; car on peut bien supposer un peuple sans roi, mais un roi sans peuple, c'est quelque chose que la pensée même ne peut concevoir. » L'autorité n'appartient pas aux parlements, mais à « l'assemblée nationale. » Six ans après Hotman, un an après La Boétie, un autre protestant, Hubert Languet, reprend la même idée avec plus de \éhémence (^Vîndiciœ contra tyrannos). Au dix-septième siècle, dans ce grand silence de servilité qui se fait autour de Louis XIV, le ministre Jurieu proclame hardiment la nécessité de recourir aux Etats généraux, 'comme à la seule autorité légitime , et il écrit cette phrase qui scandalise le théocrate Bossiiet : « Le peuple est la seule autorité légitime qui n'ait pas besoin d'avoir raison pour valider ses actes politiques (1). » — « Il faut détruire les consistoires,
(1) Voir les Sûif2->irs de la France esclave.
ce sont des écoles de gouvernement républicain , » répètent sans cesse les intendants de Louis XIV. Et le vieux duc de Rohan, présidant une assemblée de ministres en Languedoc, avant la paix d'Alais, s'était écrié, lui aussi, dans un accès de colère : « Vous n'êtes que des républicains, et j'aimerais mieux présider une assemblée de loups qu'une assemblée de ministres. »
Non contente d'avoir inscrit dans la constitution française le grand principe de la liberté religieuse, l'Assemblée nationale, poussée par un noble sentiment de justice, porta, le 15 décembre 1790, une loi, dont l'article 22 est ainsi conçu : « Toutes personnes qui, nées en pays étrangers, descendent, en quelque degré que ce soit, d'un Français ou d'une Française expatriés pour cause de religion , sont déclarées naturels français et jouiront des droits attachés à cette qualité, si elles reviennent en France, y fixent leur domicile et prêtent le serment civique. » L'Assemblée couronna son œuvre réparatrice en restituant aux familles proscrites les propriétés qui se trouvaient encore en régie.
Quand on vient d'assister à l'œuvre des proconsuls de Louvois, et qu'on a vu se dérouler froidement cette longue série d'ordonnances , comme autant d'attentats à l'humanité et à la conscience, on respire d'entrer enfin dans l'ère
LES MÉDAILLES, SYMBOLES DE l'ÉGLISE. 330
de la justice, et d'oublier, en voyant le bien , le spectacle du crime.
Dans les cent années qui s'écoulent de la révocation à la Révolution, l'image fidèle des Eglises protestantes de France est représentée sur les médailles de plomb qui servaient de signe de ralliement aux persécutés. Sur un côté, on voit la Bible ouverte, avec cette inscription évangélique : « Ne crains point, petit troupeau ; » des flots de lumière éclairent le livre sacré. Sur l'autre, une barque secouée par la tempête va être engloutie par une mer orageuse, — ou encore, un pasteur, assis dans une plaine déserte et les yeux fixés sur la croix , sonne du cor pour rassembler ses brebis égarées. Courage, bon pasteur; hélas! toutes les brebis ne reviendront pas sous ta houlette, car elles ont été dispersées aux rives les plus lointaines; mais celles qui restent goûteront désormais, après tant d'orages, la paix et la sécurité dont elles ont tant l)esoin !