LES PROTESTANTS DE PIGNEROL
on jette les yeux sur la vallée de Pignerol (elle appartint à la France de 1630 à 1696) et les vallées limitrophes. Lonvois invite M. dllerbeville, gouverneur de Pignerol, à rassembler les familles huguenotes de son département pour leur signifier que le roi ne veut plus souffrir qu'une religion dans son royaume, et qu'elles doivent abjurer le calvinisme : « S'ils ne s'y soumettent de bonne grâce, ajoute Louvois, vous avez ordre de loger chez eux un escadron de cavalerie, jusqu'à ce qu'ils s'y soient résolus. » Si le ministre veut se convertir, on lui servira une pension; s'il résiste, on l'expulsera. Les temples doivent être rasés , et leurs matériaux seront donnés à l'église du Villars. Il y a toujours une église embusquée derrière ces spoliations.
Les religionnaires fuient en foule vers les provinces du Piémont, sous la aonduite de guides savoyards etpiémontais. Louvois écrit à La Trousse: « Le roi désire que vous essayiez par tous les moyens de faire attraper quelqu'un des Savo^ ards et Piémontais qui favorisent la désertion de ses sujets de la R. P. R., et que l'on en fasse une si briève justice que les autres apprennent à devenir sages. » #
Le marquis de Boufflers commandait à Grenoble au moment où on opéra le désarmement des nouveaux convertis (1689) sous un prétexte pris
au hasard, mais en réalité parce qu'ils tenaient dés assemblées , et qu'on les croyait dangereux, (c J'ai trouvé qu'à Grenoble , écrit Boufflers, on ne m'avait quasi pas remis d'armes. Cela m'a fait faire une perquisition de ceux qui pourraient en avoir gardé. J'ai d'abord trouvé un marchand, nommé Goutard, qui s'était conservé pour son usage particulier deux vieux canons de pistolet et deux platines toutes neuves, qu'il voulait monter. Je l'ai fait arrêter, et demain je l'enverrai aux galères. »
A la même date, Larray, qui commandait Die, propose de rétablir la citadelle de cette ville pour contenir les religionnaires de ce diocèse : « Les paysans , dit-il , y sont plus entêtés de l'huguenotisme qu'en nul autre endroit. »
En Dauphiné, comme en Languedoc et ailleurs , le système de Louvois aboutit à des conséquences imprévues et que les intendants de provinces signalent dans les rapports dressés vers la fin du siècle : « Le peuple a été plus nombreux qu'il ne l'est aujourd'hui en Dauphiné d'une huitième partie ou environ, et cette diminution procède de la guerre, de la stérilité des ann^s 1693 et 1694, qui produisit beaucoup de mortalité, et de la désertion d'une partie des nouveaux convertis. »
(c II y avait, en 1687, dans l'élection de Gre-