‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 55 sur 127 · ÉTAT PRÉCAIRE D ORANGE · texte numérisé non relu

ÉTAT PRÉCAIRE D ORANGE

venait mourir à ses frontières. Pendant que les dragons semaient l'épouyante en Languedoc, en Provence et dans le Dauphiné, oasis paisible, elle avait ses pasteurs, gardait ses temples, célébrait son culte. Cette tranquillité même lui porta malheur. Les protestants des provinces voisines accoururent en foule lui demander un asile et l'hospitalité; ils emmenèrent leurs enfants dans ses écoles; là, du moins, ils se croyaient en sûreté. Ainsi, sans le vouloir, ils amassaient sur la principauté d'Orange un orage dont les suites furent cruelles. Etait-ce dons à eux, fugitifs et persécutés , de compter sur les scrupules de Louis XIV, en face de ce coin de terre, qui ne lui appartenait pas, mais qui semblait le braver et dire à sa colère : Tu n'iras pas plus loin!

Ce n'était pas, d'ailleurs, pour la première fois que la main de Louis XIV allait s'appesantir sur ce petit royaume de quatre ou cinq lieues d'étendue, qui comptait quatre villes. Orange, Courthezon, Jonquières, Gigondas, trois villages, et environ dix mille habitants. Deux fois déjà la principauté était tombée au pouvoir de Louis XIV ; la première, de 1660 à 1665; la seconde, de 1672 à 1678. Le prince d'Orange possédait ce laml)eau de terre, quand il plaisait au roi de France de s'en dessaisir; son droit restait impuis-

sant contre la force d'un voisin changeant dans ses caprices.

Un premier avertissement est donné aux magistrats d'Orange :

« Sa Majesté, écrit Colbert à Morant, intendant de Provence, veut que vous fassiez savoir aux magistrats d'Orange que s'ils reçoivent dans leur ville aucuns des enfants des sujets du roi de la R. P. R., Sa Majesté leur interdira tout com.merce dans le royaume et défendra d'y laisser entrer ni sortir aucune des denrées ou marchandises qui y croissent ou s'y manufacturent (1). »

En dépit de cette injonction catégorique, les magistrats d'Orange continuent à donner l'hospitalité aux fugitifs du Comtat, de la Provence et du Languedoc. N'étaient-ils pas dans la stricte légalité, n'avaient-ils pas des lois à eux, qui n'étaient pas celles du royaume? leur souverain était-il Louis XIV ou le prince d'Orange ? Sans encourager l'émigration sur leurs terres, sans faire aucune bravade au souverain, sans rien permettre qui pût irriter les intendants des provinces voisines, les magistrats d'Orange tinrent bon; la pitié pour les malheureux qui leur demandaient asile remporta sur la prudence; bientôt il fallut bâtir un nouveau temple et multiplier les services.

(1) Correspondance administrative^ IV, 336.

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