‹ Louvois et les ProtestantsChapitre 69 sur 127 · LES FEMMES PROTESTANTES DE CLAIRAC · texte numérisé non relu

LES FEMMES PROTESTANTES DE CLAIRAC

maison pour empêcher les conversions, Sa Majesté désire que vous les fassiez arrêter; que si, s'absentant de chez eux, ils continuaient cette mauvaise conduite , Tintention de Sa Majesté serait que vous fassiez raser leurs maisons, et il y a bien de Tapparence que vous n'auriez pas fait faire une pareille exécution que chacun se contiendrait. A l'égard des femmes qui tiendront une pareille conduite, il faut les faire enfermer dans leurs maisons et les garder à leurs dépens (4)... »

Dans la généralité de Bordeaux les conversions se firent par grandes masses. Une lettre de Louvois, déjà citée, annonce que des cent cinquante mille religionnaires qu'on y comptait, soixante mille étaient devenus catholiques au commencement du mois de septembre I680 (2).

Le fait le plus saillant qu'on ait à noter dans l'histoire de cette province est ce qui se passa à la démolition du temple de Clairac. Les femmes protestantes de la ville s'étant jetées dans l'édifice au moment où le marteau allait le frapper, leur attitude résolue imposa aux soldats ; la dé-

(1) D. G., 12 octobre 1685.

(2) « 6 septembi'e 1685. Le roi apprit qu'il y avait plus de cinquante mille huguenots convertis dans la généralité de Bordeaux, et nous dit cette nouvelle-là avec un grand plaisir, espérant que beaucoup d'autres gens suivront un si bon exemple. >

(Journal de Dangeau.)

molition fut différée de quelques jours. En apprenant ce trait héroïque , Louvois entre en fureur, et il écrit à Boufflers :

« Il eût été à désirer que M. du Saussay eût fait tirer par les dragons sur les femmes de la R. P. R. qui se sont jetées dans le temple lorsque Ton a commencé la démolition, et Sa Majesté a été surprise de Yoir qu'il y avait encore une si grande quantité de huguenots dans cette ville (1). »

Ce Du Saussay, lieutenant détaché sous les ordres de Boufflers, avait péché par excès de rigueur, comme il péchait en ce moment par indulgence. Un de ses collègues, Larrey, remplissant des fonctions analogues, avait été enveloppé dans le même reproche. Voici la lettre de Louvois à Boufflers :

« J'ai cru devoir vous envoyer la lettre cijointe de M. de Larrey, par laquelle vous verrez que n'étant resté qu'un religionnaire dans une petite ville de Montignac, il me mande qu'il y a établi huit dragons en garnison.

« J'ai encore reçu une autre lettre de M. Du Saussay par laquelle il me mande qu'il a mis des dragons pour vivre à discrétion chez des religionnaires; ce qu'ils ont fait l'un et l'autre est

(1) D. G., 757, novembre 1685,

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