‹ Lucidité et intuitionChapitre 13 sur 60 · OU OBJETS INTERMÉDIAIRES · texte numérisé non relu

OU OBJETS INTERMÉDIAIRES

I. SITUATION DU PHÉNOMÈNE DE PSYCHOMÉTRIE PARMI LES PHÉNOMÈNES DE LUCIDITÉ.

Dans les chapitres que nous venons de quitter, j'avais pour objectif d'exposer par quels moyens psychiques Mme M... traduisait une individualité humaine et ce qu'elle pouvait en révéler, en toutes les conditions compatibles avec l'activité de sa lucidité. A ce point de vue, ce présent chapitre n'ajoutera rien au précédent.

Mais si, au lieu d'examiner la lucidité uniquement dans le psychisme du sujet lucide, on l'observe en certaines de ses conditions, alors, d'autres lois psychologiques naissent, qui sont créées par les circonstances particulières où elle s'exerce. Car, pour que les principes de la psychologie lucide, dégagés précédemment de l'étude des faits, puissent suffire à expUquer toute la lucidité, il faudrait qu'elle ne

soit possible que lorsque l'être humain à traduire est auprès du sujet. Mais quand cet être en est éloigné dans l'espace ou dans le temps, cette condition nouvelle est nécessairement tributaire de lois supplémentaires et spéciales.

Dès qu'elle a pour but un être distant du sujet, la perception lucide doit être considérée en trois circonstances bien distinctes :

lo Cet être fait partie de l'ambiance immédiate de l'expérimentateur. Alors, comme le lecteur le sait, Mme M... en parle de la même manière que s'il était présent et sa lucidité ne se limitant pas aux seuls rapports entre l'être distant et la personne consultante, semble pénétrer son existence comme s'il y avait entre elle et cet être éloigné une communication sans intermédiaire.

C'est chose vraiment étrange que cette extension de la lucidité à notre ambiance et je n'ai jamais rencontré meilleure pâture à méditation philosophique. Il me restera un souvenir durable de la première visite que je fis à Mlle de B... sujet lucide à l'état de veille. Cette merveilleuse intuitive qui ne m'avait jamais vu, chez qui j'arrivais inopinément et avec qui je n'échangeais que quelques banales formules de politesse, suivies d'un mutisme absolu, me parla spontanément de tous les membres de ma famille : parents, beaux-parents, femme, enfants, beaux-frères, belles-sœurs, etc.. fournissant, à mesure, leurs caractéristiques physiques, morales et sociales et mimant leurs attitudes coutumières, en imitant, dans le même temps, le rythme et le timbre de leurs voix. Sa clairvoyance alla même jusqu'à s'étendre sur mes domestiques et je ne fus pas peu surpris de l'entendre alors employer leur accent très chantant du midi.

2° Mme M... perçoit également des êtres des confins de l'ambiance du consultant, des êtres à peine connus de lui ou souvent même inconnus, des êtres parfois du futur et avec lesquels il n'a encore pas eu de contacts. Mais, en ces cas, elle ne peut en donner que de très générales caracté-

risliques touchant leur aspect physique, leur situation sociale, leur valeur intellectuelle, etc.. Ce qu'elle en perçoit, en ces conditions, c'est l'action sur la vie du consultant, la répercussion de cette activité étrangère qui en viendra heurter l'existence et en modifier diversement le cours. Mais, si en dehors de l'énoncé de cette intervention d'influence, on désire mieux faire caractériser cet être, obtenir sur lui des détails plus complets, dépasser la connaissance de son action inductrice, alors la réponse du sujet sera invariablement celle-ci :

« ...Je ne puis rien dire de plus, je n'ai rien de cette personne. »

3° Mais, si l'être dont on veut obtenir la perception lucide est totalement inconnu du consultant et le sera toujours, si jamais les deux existences n'ont eu, n'ont ou n'auront de points de contact, on peut alors livrer au sujet le nom, l'âge, le lieu d'habitation, la profession, etc., de cet être, le sujet lucide n'en percevra rien, absolument rien. Que ceux qui dissertent sur la possibilité du transport de l'esprit du sujet à l'endroit de ses perceptions, s'instruisent à la lumière de ce fait !...

Toutes les indications les plus précises sur un être éloigné, s'il est inconnu de Mme M... et ne fait pas partie de l'ambiance du consultant, ne mettront pas en activité sa lucidité. Dès que Von quitte la zone de gravitation individuelle, dès que Von sort de Venceinte d'une existence particulière, il n'y a plus de lucidité. Ou bien alors il faut recourir à l'emploi d'un intermédiaire. Tout objet matériel, chose singulière, peut jouer ce rôle pourvu qu'il ait été possédé ou au moins touché par la personne qu'on veut faire percevoir.

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