III. LES PROFESSIONNELS NOMADES
Il ne faudrait pas, cependant, englober dans une même réprobation tous les augures nomades.
La plupart sont probablement des imposteurs ou des amuseurs de foules. Mais quelquefois on rencontre parmi eux des sujets possédant réellement un certain degré d'intuition. C'est d'ailleurs grâce à l'un de ces sujets que j'ai été attiré d'abord vers les sciences mantiques, puis vers l'étude de l'intuition.
Ces bohémiennes qui passent et révèlent par l'examen des mains quelque lambeau d'avenir, ne sont pas toujours d'effrontées menteuses. Il en est qui, à l'aide de notions de chiromancie transmises dans leur tribu par tradition, et aussi par le fait d'une intuition assez développée, sont capables de percevoir et d'indiquer quelques fragments du développement ultérieur de notre individualité.
On réunirait aisément beaucoup d'exemples très probants de présages faits par filles de Bohême et réalisés. La chronique de l'histoire en regorge et les romans aussi! par reflet.
Il n'est pas une ville de quelque importance qui ne soit fréquemment visitée par des devins de passage. La plupart des villes ont d'ailleurs leur augure à demeure, vers lequel se presse une clientèle qui n'entreprendrait rien sans lui demander conseil.
Mais, le plus souvent, ces devins ne restent que quelques mois, rarement quelques années. Ils vont bientôt ailleurs à la recherche d'un terrain plus fertile, laissant derrière
eux un peu de confiance et le souvenir de beaucoup de déceptions.
Les augures recherchent surtout les agglomérations d'oisifs ; l'oisiveté donnant le temps de ruminer les soucis et celui de s'enquérir s'ils cesseront bientôt.
Quelle est la ville d'eau de quelque importance qui n'a pas ses devins comme elle a ses médecins ?
Les lieux de jeux sont particulièrement propices à la profession augurale, car, quelle que soit sa nature, l'angoisse du moment présent aspire à se transformer.