‹ Lucidité et intuitionChapitre 25 sur 60 · IL LES PARODISTES DE LA LUCIDITÉ · texte numérisé non relu

IL LES PARODISTES DE LA LUCIDITÉ

C'est, en effet, pour connaître ce que demain réserve et non par amour pour la science, que se rue vers les augures toute une humanité pleine d'espoirs ou de détresses, champ d'exploitation facile pour qui veut le cultiver.

Aussi, la lucidité incontestable de quelques rares sujets et leurs succès mérités a-t-elle déterminé l'efflorescence d'une nuée de contrefacteurs qui sont à l'intuition ce que les cyniques vendeurs de panacées sont à la médecine.

Juger la lucidité d'après ces faussaires, équivaudrait à apprécier la médecine d'après ses charlatans.

Combien il doit y avoir de ces faux devins pour qui la douleur humaine est convertissable en numéraire ?

Quelles lamentables odyssées que celles vécues par de pauvres êtres confiants et qui vont d'imposteurs rapaces en devins ignorants et avides, remorquant, à travers des cupidités, leurs tortures morales toujours aussi vives, malgré la fallacieuse action d'artifices occultes grassement salariés !

Paris, surtout, regorge de déclassés, décidés à tout et qui, tapis comme de cruelles araignées dans la toile de leurs prétendues sciences, attendent, à l'affût, l'être angoissé et le pressurent jusqu'à ce qu'il s'aperçoive de la duperie à

laquelle il s'est exposé. Souvent, les chroniques des tribunaux nous révèlent les dénouements de ces petits drames entre la douleur confiante et le cynisme rapace.

Pour tirer du mysticisme d'autrui l'argent qu'ils n'ont pas le courage de tirer du travail, les parodistes de la lucidité s'affublent souvent d'un titre ronflant : professeurs de sciences occultes, pour le moins. Ils étalent une réclame tapageuse et, après s'être exercés à l'emploi de quelques vagues formules, ils attendent une clientèle qui vient toujours, mais ne revient pas.

Ces misérables vivent d'ailleurs misérablement de leur imposture, les sciences augurales n'étant pas aussi favorables à leurs parasites que la médecine à ses charlatans.

Comme la naïveté humaine, malgré sa profondeur, a une limite et qu'ils l'atteignent du premier coup, les faux augures ne peuvent subsister longtemps en demeure fixe. Aussi sont-ils souvent nomades, allant de bourgs en bourgs, de villes en villes, prélever sur la curiosité de quoi entretenir leur pénible existence.

On les reconnaît aisément à leurs œuvres qui sont grotesques et à leur apparence qui est le plus souvent minable.

Il est cependant d'autres pseudo-devins qui n'ont pas comme but d'exploiter la crédulité, mais simplement d'amuser les foules. La lucidité n'est pour ceux-là qu'un moyen supplémentaire dont ils agrémentent leur programme, parce qu'ils savent qu'elle a beaucoup d'attrait. Cette pseudo-lucidité s'ajoute le plus souvent à de bonnes connaissances de prestidigitation et les séances alternent en exercices psychiques et tours de passe-passe.

Ce sont des amuseurs auxquels il faut pardonner leur supercherie, parce que leur but n'est pas mauvais. Mais ce n'est pas auprès d'eux qu'il faudrait aller apprécier la lucidité.

Parfois, cependant, on rencontre dans quelqu'une de ces entreprises de prestidigitation des sujets somnambules

semblant présenter le phénomène de la transmission de pensée consciente. Mais cet alliage de phénomènes psychiques et de prestidigitation ne dit rien qui vaille. L'une doit faire craindre pour les autres !

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