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CHAPITRE II SUJETS LUCIDES ET SCIENCE OFFICIELLE

Pourquoi la Lucidité est toujours au seuil de la Science

i° LES SUJETS INTUITIFS DE VALEUR SONT RARES, LA PLUPART SONT MÉDIOCRES.

Ces sujets lucides excellents, que je voudrais faire estimer à leur valeur, sont rares. Ils ne sont que quelques-uns en regard de la multitude de ceux qui font profession d'une intuition assez rudimentaire. Et cette rareté des excellents sujets parmi la foule des médiocres et des imposteurs est un des motifs pour lesquels ce qu'il est convenu d'appeler « la science officielle », s'est tenue à l'écart de l'étude expérimentale de l'intuition.

Car, à peu près tous les sujets à bruyante réclame ont réellement besoin de mettre en évidence, avec énergie, leur lucidité qui s'imposerait péniblement par elle-même. Ce sont des sujets d'intuition boiteuse et inégale. Ce qu'ils perçoivent d'une existence humaine manque le plus souvent de précision satisfaisante et leur clairvoyance est exposée à de si notables fluctuations que, si elle se manifeste nettement à de certains moments, il est des jours où on ne l'aperçoit plus.

En général, leurs révélations, qu'elles aient trait à n'importe quel mode du temps, sont un mélange de vérités, surtout d'à-peu-près et d'erreurs.

Et pour cette catégorie de sujets qui comprend la très grande majorité des sensitifs lucides, la qualité psychophysiologique de celui qui les consulte revêt une grosse importance. Certaines personnes obtiennent avec eux d'assez bons résultats, d'autres n'en peuvent absolument rien tirer. J'ai connu ainsi de totales déceptions auprès de sujets dont on m'avait loué la clairvoyance et qui la magnifiaient euxmêmes en des annonces du genre de celles que j'ai reproduites plus haut.

Entre autres souvenirs, j'ai conservé celui d'un certain médium diagnostiqueur, guérisseur, clairvoyant et capable, disait-il, de double vue. Je fus introduit dans une chambre où tout était blanc et sur le tapis où étaient dessinés les signes planétaires de la Kabbale, le sujet, tout de blanc vêtu, me pria de m'asseoir sur un siège placé au-dessus d'un emblème zodiacal. Un long câble (de laine, je crois), allait de ma main à celle du sujet. Et, pendant cette mise en scène scrupuleuse, je songeais que si la lucidité de la dame répondait à la solennité des préparatifs, j'allais assister à quelque chose de pas ordinaire.

« — ...Pour quel motif venez-vous me consulter, me fut-il demandé d'un air grave ? »

« — ...Pour aucun motif précis, lui répondis-je. Je viens tout simplement faire appel à votre clairvoyance et vous demander de me dire tout ce que vous voudrez. Parlezmoi, par exemple, de mon état de santé... »

Le front de la dame se plissa. Une préoccupation manifeste angoissait son visage et je voyais venir le moment de l'inspiration.

« — ...C'est drôle, dit-elle après un moment, j'ai l'impression de volonté, d'une forte volonté, d'une grande énergie... êtes-vous très énergique ? Ou bien, y a-t-il quelqu'un de très énergique dans votre entourage ?... »

« — Sans doute, en réfléchissant, je trouverais ce que vous dites, mais veuillez bien me parler de ma vie physique... »

Et la face du sujet se contracta comme sous l'action d'une pensée puissante. Des minutes silencieuses s'écoulèrent.

« — ...Vous magnétisez, dit-elle tout à coup, vous êtes de l'école des magnétiseurs, je sens que je ne pourrai rien vous dire ?...

« — ...Tranquilisez-vous, je ne suis d'aucune école... Faut-il m'asseoir sur un autre signe du Zodiaque ? »

« — ...Alors, si vous n'êtes pas magnétiseur, vous le serez plus tard. Je sens en vous une grande force magnétique. C'est pour cela que je ne puis rien vous dire... »

Le câble de laine me tomba des mains... Il y avait sur la cheminée blanche un tronc pour les pauvres, j'y fis tomber un présent et, fort civilement, je quittais la blanche augure en pensant que l'homme de science qui aurait l'infortune de commencer ses investigations psychologiques par un pareil sujet ne manquerait pas de borner là ses impartiales recherches, désirerant employer son temps à des travaux plus sérieux.

Et cependant je savais que ce sujet avait une assez bonne intuition, puisqu'il avait été éprouvé par une commission d'enquête sur la psychométrie, avec bons résultats. C'était un de ces sujets dont la lucidité oscille entre une clairvoyance manifeste et le néant.

Comme cette catégorie de sujets constitue, je le répète, la masse des intuitifs professionnels dont on peut disposer communément, le psychologue, curieux de connaître leur mentalité, s'il n'a pas eu l'occasion de rencontrer des sujets excellents, se détourne d'un genre de recherches fertile en déceptions et dans laquelle l'expérimentation se dérobe.

2^ SCIENCES MANTIQUES BIZARRES ET FETICHISME.

Il faut, de plus, considérer que la plupart des sujets lucides professionnels cachent leur intuition derrière l'étalage de sciences mantiques les plus invraisemblables et de nombre illimité, pseudo-sciences qui semblent un moyen de provoquer la curiosité par leur air d'occultisme et s'adressent à cet amour du merveilleux qui conduisait nos ancêtres vers les réduits fumeux des antiques sorcières au langage imagé. Et la surenchère entre augures fait que chacun veut se singulariser par une science plus bizarre et plus imprévue. Aussi, arrivent-ils à imaginer comme moyens de divination des truchements d'une incroyable fantaisie. C'est le coup de grosse caisse à l'entrée de la maison. Il attire les badauds et fait fuir les esprits positifs.

Et souvent, en sortant, il y a les petits bénéfices supplémentaires pour l'augure ; ce sont les talismans.

Sur la table de certains devins on peut voir des brochettes de petites figures en pierres taillées ou en divers métaux, représentant quelque animal sacré d'Orient ou l'un des signes de la Kabbale. Il y en a de toutes qualités, de tous prix. Avec eux, le mauvais sort est conjuré, les soucis n'oseront plus vous assaillir, vous deviendrez un homme fort entre tous les hommes et vos contemporains n'auront qu'à s'incliner devant vous... à moins, cependant, qu'ils ne fassent également emplette d'une amulette !

Le talisman, c'est le complément de la médaille religieuse. Celle-ci prépare une éternité confortable, celui-là se charge particulièrement de la vie d'ici-bas.

Mais à bon talisman, talisman meilleur. Chaque augure qui en tient commerce prétend posséder celui dont la vertu préexcelle. Qui veut triompher de l'adversité et dominer irrésistiblement le reste des hommes, doit posséder et porter le meilleur d'entre tous les talismans. L'éléphant, l'ibis, le crocodile... rivalisent de valeur !

Pourquoi ne m'a-t-on jamais proposé d'acquérir un de ces fétiches du succès ? Avais-je l'air trop peu soucieux de ma destinée ? Est-ce une proposition réservée à quelques personnes privilégiées ?... Toujours est-il, qu'une fois seulement, un augure tenta de me glisser un talisman.

« — ...Etes-vous partisan des talismans, m'insinua-t-il, j'en ai un que je crois excellent... »

« — De grâce, madame, plus un mot ! Car si vous me donnez quelque confiance en votre talisman, vous allez, du même coup, m'enlever toute croyance dans le? présages que vous venez de faire. »

« — ...Et comment cela ?...

« — Ou vos présages sont faux, ou ils sont vrais. Dans ce dernier cas, il faudra bien qu'ils se réalisent malgré tout, et toutes les amulettes du monde n'y pourront rien ! »

« — Ah !... )>

Une chaleureuse formule d'adieu clôtura l'entretien.

J'ai vu des écrins de talismans jusque sur la table d'un sujet intuitif vraiment doué et sérieux. Et comme je m'en étonnais, cette charmante personne me confia :

« Je conviens que cette ferblanterie est parfaitement ridicule, mais, que voulez-vous, il faut bien se mettre au niveau de sa clientèle. Beaucoup de personnes m'en demandaient avant que j'y aie songé et je dus bientôt faire comme font beaucoup d'autres.

Tout d'abord, j'eus quelque honte de faire commerce de cet appât à la superstition. iMaintenant, je n'hésite plus à satisfaire les personnes qui en désirent et même à les proposer, car vous ne soupçonnez pas le bien moral que j'ai pu opérer avec l'aide de ces modestes et puérils symboles.

Tenez, en voici un exemple, pris parmi beaucoup d'autres.

Il y a quelques années, je recevais très souvent en consultation, une jeune femme atteinte d'une affection abdominale fîrrave et à qui les chirurgiens voulaient imposer une opération indispensable et libératrice.

Cette jeune femme s'y opposait de toutes ses forces, ayant l'idée fixe qu'une opération la tuerait.

En vain, sa famille qui la voyait lentement dépérir, la supplia-t-elle de revenir sur sa prévention malencontreuse et s'efforçait-elle de lui faire entendre que les mois qui s'ajouteraient rendraient l'intervention chirurgicale plus grave et ses résultats plus aléatoires. Aucun argument n'ébranlait sa décision.

Sachant quelle confiance sa femme avait en moi, le mari me vint voir, un jour, et me pria d'user de toute mon influence pour la décider à se laisser opérer. Je lui promis d'autant mieux de faire tous mes efforts dans ce sens, que j'avais intuitivement la certitude du bon résultat de l'opération.

Quelques jours après, la jeune femme vint. Et, comme dans les séances précédentes, je lui parlai de sa maladie, lui exposant que le mal s'étendait, qu'il était tout juste temps de recourir à une intervention chirurgicale dont l'issue, d'ailleurs, serait excellente.

Mes paroles n'eurent pas meilleur effet que précédemment et je désespérais de l'action de ma prétendue influence. Quand mes yeux s'arrêtèrent sur la brochette aux talismans que vous me reprochez et l'idée me vint d'essayer l'effet possible de la superstition sur ce pauvre être buté.

J'entamai habilement l'éloge de la vertu des talismans et je vis aussitôt luire dans son regard un intérêt évident. Je lui appris l'origine du mien et lui citai quelques exemples de malheurs évités par bien des gens qui le portaient. Bref, je lui suggérai la plus grande foi en cette variété d'ange gardien.

Elle me quitta convaincue, radieuse, munie du métal symbolique et décidée à tout...

Quelques jours après, j'allais voir cette jeune femmedans la maison de santé où elle venait d'être opérée et je la trouvais heureuse de sa délivrance. Avec la plus grande effusion, elle me remercia du grand service que je lui avais rendu, m'assurant que, si elle guérissait, c'était bien grâce au talisman que j'avais bien voulu lui donner.

Comme je quittais la clinique, je fis la rencontre de son chirurgien, tenu par le mari au courant de ma suggestion. Il me dit : « Quel service vous avez rendu à cette pauvre femme ! Croyez-vous que sa confiance en votre amulette était telle qu'il m'a fallu lui promettre de la laisser suspendue à son cou pendant l'opération ... »

Le fétiche avait transformé la nature de l'idée fixe. Voilà ce que représentent les talismans pour quelquesuns de ceux qui les vendent.

Certains professionnels de la lucidité croient peut-être réellement à l'efficacité de leurs talismans et il est possible que ce soit avec conviction qu'ils assignent à leurs clients le port de telle pierre précieuse et qu'ils les mettent en garde contre les dates qui leur seraient néfastes.

Il paraît que le rubis serait mon porte-bonheur et le mercredi mon jour favorable. Je n'ai pas usé de la pierre. Et je redoute le mercredi autant que les autres jours de la semaine.

Il faut dire, cependant, que la majorité des vendeurs d'amulettes voient uniquement là un moyen d'augmenter leurs gains. Ils surprennent la crédulité et en tirent profit, s'éloignant ainsi d'une stricte probité.

Il est curieux de considérer que des personnes souvent exagérément sceptiques par ailleurs, attachent une certaine influence favorable à certains objets. S'il était connu.

on serait étonné du nombre et aussi de la qualité des hommes qui, pour ne pas s'être approvisionnés de porte-bonheurs auprès d'un devin, n'en regardent pas moins quelque objet ou quelque animal déterminés dans leur esprit, comme un talisman dont ils redouteraient d'être séparés !

Mais, à bien peser les faits, ne sommes-nous pas tous plus ou moins fétichistes ? Car, ne portons-nous pas en nous une véritable amulette et dont nous ne nous séparons guère : Vespérance ?

Or, les talismans ne sont pas autre chose que les symboles de l'espoir. Leur vue évoque ce sentiment défaillant qu'une suggestion préalable leur a associé. Le talisman, ainsi compris, est bien un porte-bonheur. Il en donne l'espoir, c'est-à-dire tout ce que l'homme peut éprouver de plus heureux !

Le pauvre être humain vivant difficilement sans espérance, est naturellement avide de tout ce qui est susceptible de renforcer ce sentiment !

Il n'en est pas moins vrai que toute cette bimbelotterie de talismans, amulettes et fétiches de toutes natures, de toutes formes et de tous prix, n'est pas faite pour inspirer confiance à des esprits positifs et les attirer !

On imagine aisément la stupéfaction d'un membre de l'Académie des Sciences qui serait reçu par un augure de cette façon :

« ...Monsieur désire-t-il le grand jeu ?... j'ai des tarots hindous merveilleux et que je suis seule à posséder... Préférez-vous la voyance dans le cristal, dans la flamme ou dans les épingles ?... A moins que vous ne désiriez la lecture des lignes de la main ou l'établissement de votre horoscope ?... »

Et, au départ :

« ...En raison des ennuis de votre existence actuelle,

je ne saurais trop vous conseiller ce talisman... Il est confectionné par la maison X..., spécialement pour moi et sur les données qui me sont venues de la lecture d'un parchemin égyptien, découvert dans une des pyramides, il y a quelques années... c'était le talisman préféré du Pharaon XII^..., je le vends cinq francs... »

Que l'Humanité ait besoin de se leurrer et de raccrocher à tout son impérieux besoin d'espérer, soit ! C'est un sentiment infiniment respectable et qu'il faut laisser s'épanouir.

Mais, de grâce, que les sujets intuitifs cessent cette comédie de leurs sciences occultes, de leurs secrets de faire aimer, de guérir, de rendre heureux ! Et qu'ils fassent disparaître leurs talismans !...

Je ne sais si cette culture intensive de la sottise leur est beaucoup profitable. L'époque n'est plus des philtres et de l'envoûtement. Et les rites de la magie ne peuvent plus attirer que des niais !

Je supplie les sujets lucides, qui se sentent quelque intuition, de laisser aux charlatans de leur profession ces simagrées ridicules et d'utiliser tout simplement leur lucidité.

Ce faisant, ils mettront en relief leur belle faculté. Ils deviendront des sujets psychiques, exclusivement, et ne seront plus les épouvantails qui font fuir les hommes de science.

...Vendeurs de fétiches, faux adeptes d'inexistantes sciences, vous êtes les responsables de la mésestime dont n'a pu encore se libérer la lucidité !...

3° EXPÉRIMENTATION VICIÉE PAR IGNORANCE DU CHA.MP DE PERCEPTIVITÉ DE LA LUCIDITÉ.

Il est deux autres motifs qui ont maintenu le phénomène d'intuition hors la science et ce sont les savants euxmêmes qui en sont les générateurs.

Le premier de ces motifs, c'est que les savants qui ont désiré étudier, en toute impartialité, la lucidité, ont établi dans ce but des sortes d'expériences qui ne s'adressaient nullement à cette faculté, lui demandant la production de faits qu'elle ne pouvait pas donner et ne lui demandant pas ce dont elle était capable.

Ignorant le champ réel de la perceptivité lucide, ils l'ont créé d'après leurs opinions préalables et fausses et, ne voyant pas en eux la source de leurs erreurs, ils en ont stigmatisé une faculté cependant réelle et auprès de laquelle ils ont passé, sans la comprendre.

Certains, par exemple, ont voulu obtenir des sujets lucides des prophéties d'ordre général, sans succès naturellement, et ils ont nié la possibilité des présages.

D'autres leur ont demandé de révéler la nature d'objets cachés en des boîtes, de lire des phrases sous enveloppes, etc., confondant la lucidité avec une sorte d'hyperesthésie de la vision ou avec la transmission de pensée consciente.

Un membre de l'Académie de Médecine, à qui je parlais un jour de Mme M..., voyante en hypnose, me dit :

«... J'aurais plaisir à voir ce sujet. Je suis d'ailleurs convaincu de la possibilité des présages, toute ma carrière scientifique m'ayant été prédite 10 ans à l'avance et dans sa direction très imprévue de moi... J'ai un bon moyen de mettre à l'épreuve la valeur prophétique de la voyante. Dans la semaine, l'emploi de mon temps est à peu près réglé et si le sujet prophétisait à cet égard, on pourrait objecter la transmission de pensée... Mais, ce que je fais le dimanche, c'est pour moi l'imprévu, je l'ignore même le samedi soir. Je ferai donc une expérience simple, précise et de contrôle facile en demandant au sujet : que ferai-je ou que m'adviendra-t-il dimanche prochain ? »

Ainsi, ce savant remarquable aurait jugé la valeur prémonitoire de Mme M... (et d'autres à sa place celle des

présages), sur les résultats viciés par la nature de la question. Car, méconnaissant les révolutions astrales et la fragmentation conventionnelle du temps, le sujet aurait, très vraisemblablement, révélé au docte académicien quelques événements prochains et importants de son existence, mais à échéance n'ayant aucun rapport avec une précision qui est un contre-sens psychologique, en lucidité.

Un autre savant, de tout premier ordre et tout acquis à la réalité des faits de métapsychique mentale, me proposa ce moyen de démonstration mathématique de la lucidité :

« ...Vous mettez dans un sac un jeu de 32 cartes, bien mêlées. Votre main engagée dans le sac prend une carte, au hasard et, avant de la sortir pour contrôler, vous demandez au sujet d'indiquer la carte tenue. Selon le calcul des probabilités, il y a 1 chance sur 32 pour que le sujet puisse tomber sur la carte choisie.

En répétant 32 fois cette expérience simple, vous pourrez ainsi comparer les résultats obtenus avec les résultats probables et, mathématiquement, la lucidité du sujet sera démontrée ou infirmée. »

Je n'eus aucune peine à faire admettre à cet homme de haute intelligence qu'une telle expérience pouvait permettre de juger la possibilité d'une hyperesthésie de la vision, mais qu'elle ne s'adressait pas à la sensibilité des sujets lucides, le sens spécial de ces sensitifs pouvant fort bien être impressionné par la forme énergétique de la pensée subconsciente, tout en restant totalement insensible au rayonnement dynamique d'un as de pique !

Il y a quelques années, M. Pouchet, professeur au Muséum, offrait un prix de 7.000 francs au médium qui lirait trois mots placés par lui dans une enveloppe cachetée.

Aucun candidat ne se présenta.

En bonne logique, cette abstention des sujets pouvait

donner (jusqu'à un certain point cependant), le droit à M. Pouchet de penser :

Ou bien qu'il ne devait pas exister de sensitif à vision assez hyperesthésié poiu* être capable de lire des mots écrits à travers une ou plusieurs épaisseurs de papier.

Ou bien qu'il n'existait pas de sujets dont la sensibilité psychique put être impressionnée par le rayonnement dynamique de mots écrits.

Ou bien, s'il connaissait les mots écrits, qu'aucun sujet ne se sentait capable d'être mentalement suggestionné par les trois mots contenus dans la pensée consciente de M. Pouchet, en même temps que sous enveloppe.

Voilà tout ce que M. Pouchet était en droit, rationnellement, de conclure.

Mais, confondant hyperesthésié de la vision, et transmission de la pensée consciente avec l'intuition, il n'hésita pas à déclarer que la lucidité n'était qu'un mythe ! ! !

Qu'on s'étonne donc que des hommes fort instruits et remarquables, par ailleurs, aient nié aussi résolument une faculté cependant réelle !

Ils se sont mis dans la même posture d'observation que l'astronome improvisé qui, voulant voir et étudier l'étoile polaire, braquerait sa lunette vers le pôle sud.

« ...Mais, où est-il l'astre dont vous me parlez ? J'ai beau regarder, je ne le vois pas, et cependant, mes yeux bont bons, mon télescope est un chef-d'œuvre de construction. Me prenez-vous pour un naïf à qui on en fait aisément accroire ? Dix mille francs pour vous si, l'œil à l'objectif vous trouvez, puis me faites voir l'astre que vous me dépeignez... »

« — Veuillez donc, monsieur l'observateur, tourner par ici votre lunette et vous verrez l'étoile que vous cherchez où elle n'est pas ! »

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