‹ Lucidité et intuitionChapitre 40 sur 60 · CHAPITRE PREMIER CONSCIENCE ET SUBGONSCIENCE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER CONSCIENCE ET SUBGONSCIENCE

Je crois devoir redire au lecteur que le but verslequel tend ce premier volume est de lui faire connaître les manifestations de la lucidité telles qu'elles apparaissent dans l'expérimentation et l'observation pure. Mais cela m'oblige, à tous moments, à entrer en des considérations générales de psychologie, pour expliquer et mettre au point certaines apparences dont il convient de débarrasser, à mesure, l'étude de la lucidité. Pour voir clair et s'orienter dans sa complexité, c'est faire au préalable une grosse économie de temps que de détruire la végétation parasite d'hypothèses mal assises, de croyances, d'interprétations fantaisistes, etc.. qui a poussé drue autour de phénomènes de pure psychologie.

Je dois aussi avertir le lecteur que l'obligation où je suis de limiter ce livre aux seules connaissances permises par l'observation, me met en posture, pour éviter toute discussion prématuré»' et qui serait digressive, d'accepter

provisoirement ci de tenir pour exactes les données de la psychologie classique, comme, par exemple, de distinguer dans l'esprit humain un psychisme supérieur et un psychisme inférieur, de faire de la subconscience de l'intellectualité automatique, puisqu'il est enseigné que tout ce qui n'est pas voulu et librement accepté, c'est de l'automatisme psychique. Et c'est pour cela que j'ai momentanément présenté le phénomène de lucidité comme étant l'élaboration automatique d'une suggestion mentale subconsciente, une sorte de réponse intellectuelle réflexe à l'excitation dynamique d'une pensée exogène. Or, je suis, au contraire, persuadé que cette élaboration intellectuelle et subconsciente, bien que non voulue dans sa nature et non libre, n'est de Vautomatisme psychique qu'en apparence et que si la subconscience présente, en certaines conditions, des phénomènes d'automaticité, elle n'est pas synonyme d'automatisme. Car, si cette conception a pu s'édifier en des circonstances d'observation (névroses, états hypnotiques et hypnoïdes, etc..) dans lesquelles l'association des idées et l'activité habituelle de l'esprit pouvaient tout expliquer, il est des faits, parmi lesquels ceux de lucidité, qui ne s'accommodent pas de cette hypothèse et qui démontrent, au contraire, que dans le subconscient est une intelHgence complète, faisant preuve de la plus grande ingéniosité, d'une maîtresse virtuosité dans l'utilisation des images mentales et d'une direction sûre de ses élaborations.

Le professeur Grasset, dans son étude très documentée sur le psychisme inférieur, n'a, d'ailleurs, pu éviter de lui attribuer toutes les qualités du psychisme dit supérieur : volonté propre, spontanéité, sensibilité, constructivilé créatrice, etc., laissant entendre, en somme, que, séparé du psychisme supérieur, il ne manquait à ses élaborations que d'être conscientes, c'est-à-dire voulues, connues et acceptées par le « Moi synthétique ». Et cela semble dé-

passer considérablement son schéma explicatif des associations fonctionnelles de centres psychiques. Entre O et son polygone, il conviendrait d'intercaler une sorte de O^ lui ressemblant comme un frère et pouvant cependant s'en dissocier. Le centre O, siège de l'attention, du contrôle et de la volonté, c'est tellement encore l'inconnu 1

La conscience psychologique où réside le principe qui veut, qui accepte librement, qui contrôle, est une bien petite ouverture sur l'immensité du travail intellectuel qui s'accomplit hors de la portée de sa perception.

Cet énorme magasin d'images de toutes sortes, cette activité étrange qui utilise tous les éléments sensoriels, les élabore incessamment, en fait des idées s'étageant dans l'abstraction, et qui en groupe la signification dans un but déterminé, si bien atteint, parfois, qu'une création géniale jaillit à l'improviste devant la raison étonnée ; peut-on nommer cela de l'automatisme et croire à des coïncidences, à des hasards dans les combinaisons de la rumination mentale, devant des résultats marqués du sceau de la plus haute intelligence ? Est-ce de l'automatisme, l'œuvre intuitive qui, en dehors de toute attention consciente, aboutit à la construction d'audacieuses hypothèses que l'expérimentation confirme dans la suite ?...

Etudier Tesprit humain chez les hystériques, les névrosés, les malades, les hypnotisés, etc., c'est un moyen d'en connaître certains modes de fonctionnement, mais conditionnés par ces états particuliers. Ce n'est pas de cette façon qu'on peut prétendre en avoir pris une connaissance complète.

L'observation psychologique dans les divers états de désagrégation mentale a été, il faut le reconnaître, une source de connaissances du plus haut intérêt, mais ceux qui ont cru qu'elles constituaient la somme de la psychologie de l'esprit, se sont étrangement illusionnés.

Les lumineux travaux de Taine sur l'inteUigence seront^

dans un temps prochain, considérés comme le bilan des seules acquisitions faites à son époque, comme l'histoire de la première conquête de la psychologie expérimentale. Mais le bilan réel de Fintelligence humaine n'est pas prêt d'être fait et nulle époque ne devrait avoir l'excessive prétention d'y parvenir !

La science, n'est-ce pas la refonte perpétuelle d'hypothèses crues définitives, imposée par des faits nouveaux ? Dans la marche à la connaissance, le vrai s'évanouit au moment même où la main croit l'avoir saisi !

Il faut que le lecteur sache aussi que lorsque je parle de pensée supra-rationnelle, j'ai seulement le désir de distinguer de la pensée classiquement connue, cet ensemble de connaissances latentes en chacun de nous et qui doivent y avoir été élaborées par une intelligence plus ample et plus sûre que l'intelligence apparente, et utilisant des données tout autres que celles que nous acquérons successivement par l'exercice de nos sens connus. Cette pensée que reflètent les cerveaux lucides fait partie du subconscient et ne serait même pas soupçonnée sans la sensibilité des intuitifs.

Ce qu'on appelle subconscient, c'est donc, en réalité, l'esprit humain tout entier, moins l'attention consciente, ce qui ne saurait en exclure une direction intelligente, même de la plus haute valeur. La subconscience n'étant qu'un état de la pensée par rapport au « moi synthétique » et rien de plus, un phénomène intellectuel n'est pas nécessairement de qualité inférieure, parce qu'il a été élaboré en dehors de l'attention du « moi ».

Depuis des années, seulement, on commence à connaître un peu du travail subliminal de l'esprit et c'est par la méthode objective, expérimentale, que la psychologie y est parvenue. Mais, suivant les conditions où l'on expérimente, apparaissent des manifestations diverses de l'activité du subconscient.

Quand on l'observe dans certains états de dissociation mentale : états physiologiques (rêve, distraction...), états pathologiques (certaines névroses, délire...), ou extra-physiologiques (hypnose...), il semble bien alors que l'esprit présente deux tronçons et que sa partie non consciente ne puisse accomplir que des actes intellectuels livrés au hasard du fonctionnement des centres psychiques ou à la direction aléatoire de l'habitude.

Ceux qui ont, au contraire, observé l'activité psychique subliminale chez des sujets où sa libération de la tutelle de l'attention consciente augmente la valeur idéogène et créatrice, ceux-là ont été amenés à penser que l'intelligence subconsciente est d'une toute autre envergure que lorsqu'elle s'exerce sous le contrôle et la direction de la conscience, et que le psychisme dit inférieur l'est si peu, que c'est en lui que réside l'intelligence intuitive créatrice, le génie. C'est, en efTet, dans les profondeurs mystérieuses de la subconscience que naissent et s'organisent les créations des artistes, des poètes, des novateurs scientifiques, etc.. La pensée intuitive qui en jaillit a été divinisée sous la forme de la Muse inspiratrice.

L'étude expérimentale de la lucidité est une autre condition d'observation qui rend manifeste l'existence d'une élaboration de la pensée, inconnue du moi synthétique, et toute différente de celle de la raison et surtout des ordinaires constructions de l'automatisme psychique, comme aussi de celles des meilleurs états d'inspiration. Car la pensée que les sujets lucides traduisent dépasse toutes les manifestations connues de la pensée par l'ampleur de ses connaissances, leur sûreté et leur extension dans le temps. Elle semble, de plus, soustraite aux illusions sensorielles et aux faux pas de la logique rationnelle.

Mais, si j'ai appelé « supra-rationnelle » cette forme de la pensée humaine, c'est uniquement pour la distinguer des manifestations jusqu'ici connues. A part sa significa-

tion comparative, je ne tiens pas autrement à ce terme.

« Pensée supra-rationnelle » ne saurait donc être regardée comme synonyme de : pensée extra-cérébrale, extra-physiologique, spirituelle, âme.

Il faut bien se garder de laisser l'imagination déborder les déductions strictement permises par l'examen des faits.

Savons-nous de quoi est capable l'organisation matérielle de notre cerveau ?

Les principes de temps et (Vespace n'existent peut-être que pour notre logique consciente et pour nos sens connus ?

Là est une énigme qu'en l'état actuel de nos connaissances nous ne saurions essayer de résoudre autrement que par l'édification d'hypothèses sans bases sérieuses. Ce qui seulement est certain, puisque les faits de lucidité le démontrent, c'est :

1° Qu'en chacun de nous, du plus ignorant au plus instruit, existe une pensée dont les moyens de connaissance dépassent les possibilités sensorielles.

2° Que cette pensée rayonne des cerveaux sous une forme encore inconnue de l'énergie, puisqu'elle traverse l'espace pour aller impressionner l'exquise sensibilité de certains cerveaux, qui réagissent à cette excitation par un travail intellectuel aboutissant à la reconstitution d'une partie des idées.

Pensée supra-rationnelle et intellectualité subconsciente sont donc pour moi des expressions provisoires et qui ne doivent représenter dans l'esprit du lecteur que des manifestations diverses de l'intelligence subconsciente.

Ces points étant établis, je vais maintenant m'efforcer d'exposer le plus clairement possible toute la partie du phénomène de lucidité qui tombe sous l'observation pure, soit subjective, soit expérimentale.

Le phénomène de lucidité, chez le sujet, commence au

moment où sa sensibilité est impressionnée par le dynamisme de la pensée suggestrice, pour aboutir au résultat de l'élaboration subconsciente qui est : l'image mentale.

Là s'arrête le travail de lucidité proprement dit et commence le rôle des facultés conscientes, qui est de percevoir et d'interpréter.

Toute l'élaboration subconscienle est donc, par définition, inconnue du sujet, qui ne prend conscience que de son résultat : l'image mentale, Tliallucination.

Et c'est seulement à ce moment de l'entrée des connaissances intuitives dans le champ de conscience que l'observation pure peut aborder l'étude du phénomène de lucidité.

Mais, si le processus mental des sujets lucides est invariable dans son ensemble, il n'en est plus de même dans le détail de ses parties.

Suivant les tendances psychiques particulières, varient les procédés de la subconscience. L'utilisation des images mentales, différant selon les sujets, conditionne la multiplicité de leurs apparences.

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