ANALYSE PSYCHOLOGIQUE DE QUELQUES SUJETS LUCIDES CONNUS
Mlle de Berly
Mlle de Berly est une intuitive pure, ne recherchant l'appui d'aucune science mantique. Sa lucidité entre en exercice pourvu que l'être humain à traduire soit auprès d'elle ou qu'elle ait en main un objet, louché par lui.
Elle procède, assise devant son bureau, à la façon d'un docteur qui donnerait consultation. Mais, ici, ce n'est pas le client qui s'analyse et le docteur qui écoute et se documente ; le client ne dit rien, son rôle est d'apprendre, dans le silence, ce qu'il sait déjà et n'a pas exprimé, et aussi ce qu'il ne sait pas.
Au contact direct, Mlle de Berly préfère un intermédiaire psychométrique. Elle fait écrire par la personne consultante quelques lignes sur une feuille de papier et peu lui importe ce qui a été écrit, de même que la forme des caractères. Elle ne regarde pas l'écriture et se borne à presser dans ses mains la feuille de papier.
Suivant une méthode, toujours la même, elle entreprend ensuite l'exposé de la personnalité consultante appliquant successivement sa lucidité sur. la vie psychique, la vie organique, la vie de relation et celle d'évolution. Le désir qu'elle a de procéder suivant cet ordre est l'équivalent des questions que l'expérimentateur est obligé de poser aux sujets en hypnose pour mettre en activité leur intuition.
Au moment où elle pose ses mains sur la feuille écrite pour provoquer l'inspiration, ses paupières se ferment,
puis aussitôt s'agitent et laissent voir les yeux légèrement convulsés, cependant que les membres supérieurs sont doucement secoués de petits soubresauts. Cela dure quelques secondes et la pensée intuitive envahit le champ de conscience avec la succession rapide des images hallucinantes.
Ce moment de transe correspond à l'effort de désagrégation mentale et à la libération du psychisme subconcient. Mlle de Berly, pendant ses consultations, présente un grand nombre de ces petites transes disséminées dans un état de veille permanent. Chaque transe est le départ de perceptions concernant un môme groupe de connaissances intuitives.
C'est donc par intermittences visibles que son psychisme procède et cela rend ses consultations un peu laborieuses et longues.
Dans les instants où son intuition est très active, on observe chez ce sujet un bizarre phénomène de vaso-contriction : sa peau devient remarquablement froide. Il en est d'ailleurs ainsi pour la plupart des sujets lucides en hypnose. Mme M..., après quelques minutes d'activité lucide donne à la main l'impression de corps glacé.
L'imagination de Mlle de Berly use de toutes les variétés d'images sensorielles pour rendre consciente la pensée venue d'intuition.
Mais, ce qui donne un caractère très particulier à ce sujet c'est, comme je l'ai exposé ailleurs, que son psychisme associe souvent, et même presque toujours, aux diverses images sensorielles, des images motrices représentatives de gestes, qui lui font mimer par attitudes ce qu'elle exprime en même temps par la parole. Elle peut jouer scéniquement un fragment de l'existence de quelqu'un et vivre, comme pour elle, ce que les autres sujets se contentent seulement d'énoncer.
Cependant, elle s'oppose, quand elle le veut, à la force
impulsive des images motrices et s'astreint à traduire par la parole ce que lui révèlent ses diverses hallucinations sensorielles.
Par images tactiles elle prend connaissance des troubles
corporels.
Elle perçoit les états de la vie extérieure à l'aide d'images visuelles dont la signification se complète par l'appoint de toutes les autres variétés d'images, suivant les
besoins.
Des images émotives et visuelles aussi, lui font connaître les états intellectuels et affectifs.
Et, concomitamment, des images motrices de gestes expressifs sont toujours prêtes à lui faire exprimer plus intégralement ses rêves lucides.
D'après le tableau de classification, on pourrait déterminer le psychisme de Mlle de Berly dans cette formule :
Sujet intuitif pur. Psychomètre. Lucide dans l'état de veille, mais par transes hypnoïdes. Imagination polysensorielle et particularisée par associations, aux diverses images mentales, d'images motrices représentatives de mimique. Perçoit tous les états d'une individualité. Prédisposition marquée pour la perception des états de la vie organique.
Mme Fraya
Mme Fraya est tenue pour chiromancienne et graphologue, lisant dans les mains les vicissitudes d'une existence humaine et y voyant, à chaque séance nouvelle, des événements nouveaux, alors qu'il ne s'est produit aucune modification dans les hgnes palmaires, et découvrant dans les caractères de l'écriture les choses qui y sont le moins, comme par exemple la perte prochaine d'un parent ou un accident d'automobile...
Il semble, en effet, qu'elle utilise ces deux moyens man-
tiques : l'antique chiromancie et la toute récente graphologie. Il lui est indifférent de recourir à l'aspect des mains ou de l'écriture. Avec certaines personnes, elle se passe volontiers de leurs données et parle d'intuition par le seul fait de voisinage.
Quand elle tient les mains du consultant dans les siennes, elle se met en mêmes conditions de communication interpsychique que Mme M... demandant à être tenue, ou que M. de Fleurière apposant sa main gauche sur celle de l'être pour lequel il veut être lucide.
Quand c'est une feuille de papier couvert d'écriture qu'elle tient, elle procède à la façon de Mlle de Berly. Et comme elle, Mme Fraya affectionne assez ce procédé, puisqu'il lui arrive assez souvent de délaisser le contact manuel pour continuer ses révélations lucides avec l'aide d'un papier écrit, que l'écriture soit truquée ou non, ou même que la feuille de papier soit disposée de telle sorte que l'écriture ne puisse être vue.
Lorsqu'elle procède sans aucun contact, direct ou indirect, la communication inter-psychique se fait alors de cerveau à cerveau et à courte distance, comme cela a lieu pour beaucoup de sujets lucides. Mais pour cela, il faut que la personne subconsciemment suggestrice soit un être « très vivant » actif, rayonnant de force psychique. Avec les êtres mous, las, déprimés, le contact des mains est indispensable.
Mais alors, pourquoi Mme Fraya pratique-t-elle en apparence la chiromancie et la graphologie ?
Mains et papiers écrits sont les moyens ordinaires qui pour elle comme pour d'autres établissent la communication entre deux cerveaux.
Puis, regarder les mains et les lettres d'une écriture, cela crée un état de distraction dont le psychisme subconscient profite pour conquérir son autonomie fonctionnelle et se mettre à la disposition de la pensée intuitive.
Si Mme Fraya croit vraiment puiser quelques indications dans la chiromancie et la graphologie, c'est que la source subconsciente de ses révélations lui donne le change et lui fait prendre pour résultats de la réflexion ce qui lui vient d'intuition pure. A juger directeinent sa science chiromantique, elle m'est apparue comme toute personnelle et n'ayant que des rapports confus avec la chiromancie traditionnelle. Je suis persuadé qu'on édifierait une chiromancie ne correspondant avec aucune doctrine antérieure, en lui. demandant de justifier ses révélations par les signes qu'elle semble interpréter.
Au demeurant, Mme Fraya sait bien qu'elle est avant tout intuitive.
Il est cependant des moments où elle peut se croire en (h'oit d'attribuer ses connaissances divinatoires à sa raison. Le lecteur sait, en effet, que son imagination, suivant qu'il est nécessaire, emploie deux sortes d'images mentales ; des images se référant aux cinq sens classiques et des images motrices verbales d'articulation.
Quand ce sont les premières qui lui viennent, elle se rend aisément compte qu'elles surgissent inopinément devant son attention et lui sont imposées par une autre pensée que la pensée consciente. Mais quand, au contraire, ce sont les secondes, sa conscience n'assiste qu'à la seule expression des jugements qui jaillissent tout organisés. Elle regarde une main ou une écriture et parle, et les images motrices verbales qui représentent mentalement ce qu'elle dit, étant par leur nature hors la portée de la perception, elle ne peut guère apprécier l'origine des connaissances qu'elle exprime. Et c'est précisément dans ces moments, où elle serait en droit de croire qu'elle réfléchit, que ses facultés conscientes n'ont aucun rôle.
Ses remarquables analyses psychologiques émanent ainsi directement dé sa pensée intuitive.
Les troubles organiques sont portés devant son attention consciente par deux sortes d'images indépendantes ou associées : images visuelles lui représentant l'organe malade et images tactiles lui faisant éprouver la maladie par sensations de malaise ou de douleur localisés. Et je répète encore ici que les images visuelles, par lesquelles elle prend connaissance des troubles organiques, sont celles que sa mémoire garde emmagasinées ou que son imagination est capable de créer, mais qu'elles sont dépourvues de toute exactitude anatomo-pathologique.
C'est par images visuelles et autres images sensorielles complémentaires qu'elle perçoit les faits de la vie extérieure. Elle les voit comme dans un tableau légèrement voilé. Parfois des phrases prononcées à ses oreilles viennent préciser par les mots ce que les visions pourraient avoir d'équivoque.
La souplesse et les ressources de son imagination, tout en faisant de Mme Fraya un sujet psychologue de tout premier ordre, ouvrent donc également à sa lucidité l'entière personnalité humaine.
Pour elle, l'intuition est une faculté s'exerçant a.ussi aisément que l'intelligence normale. L'élaboration des images, leur interprétation et leur traduction, tout cela se fait avec la rapidité de la plus active pensée. Avec la même facilité qu'on raconterait un événement auquel on vient d'assister, Mme Fraya raconte une individualité inconnue d'elle, sans plus d'efforts que s'il s'agissait de la plus banale conversation.
On peut l'interrompre dans le cours de l'exposé des connaissances intuitives, l'intuition cesse alors de fonctionner et la raison entre en scène, puis, aussitôt après, l'activité intuitive reprend. Dans une même séance se succèdent des moments de lucidité et des moments de réflexion, sans qu'il soit extérieurement possible de les distinguer, le sujet paraissant toujours causer normalement.
Mme Fraya représente un être de cerveau très évolué, dans lequel la fonction de lucidité s'est organisée au même titre que celle de l'intelligence consciente. Cela lui permet de contraindre son intuition à une somme de travail que beaucoup de personnes n'oseraient pas demander à leur raison.
Sa formule psychique peut être ainsi établie : Sujet lucide à l'état de veille. Chiromancienne et graphologue en apparence, intuitive pure en réalité. Lucide par contacts directs et aussi en condition psychométrique. Imagination polysensorielle, mais préexcellence en perceptions d'états de la vie psychique en raison de l'emploi d'images motrices d'articulation.
M. de Fleurière
Celui qui, tout d'abord, voudrait entreprendre de déchiffrer une mentalité aussi complexe que celle de M. de Fleurière s'exposerait à perdre beaucoup de temps pour de bien petites acquisitions psychologiques. Car, si on ne les aborde pas avec des connaisances spéciales très assises, de telles mentalités se montrent sous des aspects si divers et si étranges, qu'alors qu'on croit avoir saisi quelque chose d'elles, l'instant d'après dément ce qu'on pensait savoir.
C'est pour cela que j'avais tenu à présenter en premier lieu une analyse de la lucidité dans la condition d'hypnose profonde, les fonctions psychiques se prêtant mieux alors à l'observation et à l'expérimentation. Tout autre procédé d'exposition aurait peu satisfait l'esprit du lecteur, mal préparé à démêler les éléments psychologiques de l'intuition fondus dans chaque psychisme lucide.
Les notions, établies maintenant, des procédés de l'imagination dans l'élaboration des connaissances intuitives, vont me permettre d'exposer ici, en peu de pages et
clairement, la psychologie très spéciale de la lucidité de M. de Fleurière.
Conditions de dissocia.tion mentale et de mise en COMMUNICATION INTER-PSYCHIQUE. — De même que Mme Fraya, M. de Fleurière est lucide dans l'état de veille et rien ne manifeste extérieurement l'état de désagrégation mentale nécessaire à la libération obligatoire du psychisme subconscient. Lui-même n'éprouve, pendant l'exercice de son intuition, que cette sorte d'ivresse psychique ordinairement ressentie dans un travail intellectuel très absorbant et si bien connue des artistes et des poètes aux moments où la Muse les inspire. La dissociation mentale ne lui demande donc pas d'artifice spécial ni d'effort psychique réel ou apparent. Tout naturellement, dès qu'existent les conditions psychologiques de lucidité, ses centres intellectuels subconscients entrent en fonction et la pensée intuitive se présente dans le champ de conscience sous la forme d'hallucinations.
Pour M. de Fleurière, la condition de lucidité, c'est le contact immédiat. Il faut qu'il touche l'être dont il doit traduireles états. Et, soit par habitude, soit parce que réellement un de ses hémisphères cérébraux est plus sensible que l'autre, c'est toujours la main gauche qu'il tient posée sur une des mains du consultant, pendant toute la durée de la séance.
Le sens récepteur des formes dynamiques de la pensée. — A peine la continuité de la voie nerveuse estelle établie entre les deux cerveaux, que M. de Fleurière a la sensation d'avoir la main gauche envahie par une force analogue à un courant électrique léger, différant d'intensité suivant la personne touchée et demeurant perceptible pendant toute la durée du contact. Ce courant commence par donner une sorte de fourmillement dans les doigts,
puis il devient très sensible dans toute la main et une partie de l'avant-bras.
Très vite, d'ailleurs, l'œil de l'observateur remarque, dans la main du sujet, des tressaillements, des contractures et même un gonflement du poignet qui persistent parfois assez longtemps après la fin de la séance et l'obligent à tremper sa main dans l'eau froide, à la masser pour les faire disparaître et rendre aux filets nerveux le calme nécessaire pour qu'ils puissent conduire le dynamisme psychique d'autres personnes.
Par ces sensations de courant électroïde, de contractures et de soubresauts musculaires, M. de Fleurière prend conscience de l'existence, en lui, de ce sens différencié que possèdent inconsciemment tous les sujets lucides, et du passage à travers ses nerfs de l'énergie venue d'une autre individualité, ce dont n'ont pas conscience la plupart des autres sujets (1).
Distinction des émanations dynamiques individuelles. — Si précises et si caractérisées sont ces sensations qu'elles lui permettent, très aisément, de distinguer les forces rayonnantes individuelles. Il n'est pas deux personnes dont le toucher provoque en lui les mêmes impressions. M. de Fleurière reconnaîtrait des gens déjà touchés par lui, rien que par un nouveau contact de sa main gauche sur une des leurs. Et c'est même un procédé dont il est coutumier, de démêler, dans un même individu, son fluide rayonnant propre et celui d'autres personnes de même ambiance et qui déjà seraient venues le consulter.
« ...Tiens ! dira-t-il, je sens se dégager de vous un fluide autre que le vôtre et que je reconnais..., c'est celui d'une personne qui est venue chez moi, il y a un mois environ...
(1) M. de Fleurière est également sensible aux aimants, dans l'état de veille.
personne de telle apparence physique, de telle situation sociale et qui vous est d'ailleurs liée par un tel lien de parenté..., etc.. ))
Et si M. de Fleurière la connaît nominalement, il dira son nom.
Gela lui est aussi facile qu'à tous de distinguer les odeurs, les sons, les couleurs, et le chaud du froid.
Il ne faut pas songer à expliquer ces phénomènes par l'ordinaire transmission de pensée, car les conditions où ils se produisent sont souvent telles que la personne touchée ignore complètement que quelqu'un de son entourage l'ait précédé, à court ou long intervalle de temps, chez le sujet.
La démonstration, par expériences, de la reconnaissance des fluides individuels est si facile à obtenir avec ce sujet que je ne veux pas insister ici sur les faits et me bornerai à la signaler aux psychologues et physiologistes que cette question pourrait intéresser.
Mais par quelle catégorie de sensations, M. de Fleurière prend-il conscience des dynamismes individuels ?
Il ne se présente pas dans son champ de conscience des images mentales autres que celles des sens communs à tous. Ce sont des images tactiles et visuelle de couleurs qui naissent dans son cerveau, dès qu'il est mis en condition de communiquer avec un autre. La diversité des associations d'images correspond à la diversité des individus, les mêmes associations de sensations ne se reproduisant que pour une même personne.
La différenciation de la sensibilité qui constitue un sens supplémentaire pour les sujets lucides, ne possède donc pas d'images susceptibles d'être perçues par la conscience. Ce sens reste totalement subconscient et c'est pour cela que le psychisme de la plupart des sujets fonctionne sans
qu'ils aient connaissance de l'origine de la pensée qu'ils reconstituent.
Chez M. de Fleurière, au contraire, l'excitation du sens récepteur de la pensée suggestrice évoque, par association, des images sensorielles ordinairement employées par son intelligence consciente et, de ce fait, il sent et il sait que les forces qui agissent sur son cerveau viennent du dehors ; il en conserve le souvenir et les différencie.
Voilà donc un fait d'expérimentation facile et qui déjà projette quelque lumière sur la qualité psychométrique des objets et des êtres pour les sujets lucides.
Puisque M. de Fleurière sent, pour une individuaUté donnée, le fluide propre qui en émane et celui d'autres individualités en rapports avec elle, n'est-on pas en droit d'en déduire que nous imprégnons les êtres, comme les choses, d'une force que nous rayonnons inconsciemment et que cette force a des qualités physiques très particularisées, puisqu'elle produit des sensations la faisant reconnaître ?
D'autre part, cette force imprégnante a, pour la sensibilité du sujet, les mêmes caractères que lorsqu'elle émane directement d'une individualité, puisqiCelle est reconnue. Elle se conserve dans les êtres et les choses, amoindrie seulement.
Ces déductions viennent confirmer d'autres déductions que je dégageais des faits de psychométrie, dans la première partie de cet ouvrage.
Les sujets psychomètres qui sont lucides pour les multiples personnes ayant touché un objet, le sont parce que le contact de cet objet donne à leur sens spécial, dont les impressions sont subconscientes, les caractéristiques physiques des forces dont il est imprégné. Avec ce repère, leur sensibilité éUt communication, à travers l'espace, avec le cerveau lointain toujours en activité rayonnante (1). Ils
(1) Puisque tout objet que nos mains touchent, et à n'importe quel moment, est imprégné de notre rayonnement fluidique.
subissent, à distance, sa pensée suggestrice, comme ils la subiraient si le contact des mains ou le simple voisinage rendaient plus vraisemblable le passage et l'électivité du dynamisme psychique.
Ce n'est là, évidemment, qu'une hypothèse à laquelle il manque la démonstration physique, mais cette hypothèse explique si bien l'ensemble des faits de psychométrie que je suis enchn à la considérer comme la plus rapprochée de la vérité.
Dissociation analytique des fluides individuels. — Les formes de l'énergie que nous appelons fluides (électricité, lumière, etc.), sont des états dynamiques complexes et que nous synthétisons, malgré qu'ils soient susceptibles d'impressionner nos sens de manières très diverses.
A n'envisager, par exemple, que la lumière, notre œil peut être impressionné par un grand nombre de ses formes. Les centres optiques du cerveau enregistrent une multitude d'excitations lumineuses variées, soit en raison de la force de l'excitation (lumière confuse à lumière aveuglante), soit en raison de sa qualité vibratoire (rouge sombre au violet). Le sens de la vue distingue et différencie un grand nombre d'états dynamiques de la lumière.
Egalement, pour les autres sens, il n'est pas seulement une impression possible, mais des impressions innombrables et par lesquelles se différencient les nuances dynamiques d'une même forme de l'énergie.
Or, de même que nos sens analysent les subdivisions dynamiques d'un fluide, les distingue et les reconnaît, de même M. de Fleurière, dans la force fluidique rayonnée par chacun, distingue les éléments dynamiques principaux dont elle se compose. Et suivant qu'il traduit intuitivement les états de vie organique, intellectuelle, affective, et de vie extérieure, sous l'excitation de la pensée suggestrice exogène, les sensations tactiles et de couleurs qu'il
éprouve concomitamnicnt, variont. La force psychique se manifeste dans sa conscience sous des apparences diverses.
Cela vaut à ce sujet un étrange procédé, en vue d'établir la meilleure communication inter-psychique, suivant la nature de la composante à traduire.
Chacun des doigts de sa main gauche lui a paru, par pratique, avoir une aptitude spéciale à servir de voie de communication pour l'exercice de la lucidité sur chacune de nos composantes.
S'il touche du pouce seulement la main du consultant, l'intuition de notre vie organique lui serait facilitée.
S'il touche de l'index, c'est alors la vie intellectuelle qu'il percevrait aisément.
Par le médius lui parviendrait, de préférence, notre vie de relation.
Par l'annulaire : toute la vie familiale, l'ambiance toute proche, les liens du sang : l'application extérieure de l'affectivité.
Enfin, par le petit doigt : toute notre affectivité en elle-même : passions, sentiments, émotivité,... le caractère, en somme.
Que faut-il penser de cette spécialisation des voies centripètes de la pensée suggestrice ?
Il semble, physiologiquement, invraisemblable que les formes dynamiques de la pensée, pour se rendre de cerveau à cerveau, aient une préférence pour tels ou tels filets nerveux, lesquels, d'ailleurs, sont de passifs et indifférents conducteurs de l'excitation périphérique, considérés selon leurs territoires de drainages d'impressions. Chacun de nos doigts possède des filets sensitifs qui vont plus loin se réunir dans les troncs nerveux principaux du bras.
M. de Fleurière oppose cependant aux données physiologiques les résultats de son expérience et pour lui, cette spécialisation est indiscutable.
Voici l'explication que j'en donnerais.
Dès les premiers temps où il s'est adonné à l'exercice de son intuition, M. de Fleurière, en psychologue méthodique, s'est astreint à diviser, pour les analyser, les états de la personnalité humaine. Il la divisa en cinq parties, comme il est signalé plus haut, et pour suivre rigoureut-ement sa classification et ne pas oublier de traiter une des divisions, à mesiue que de l'une il passait à l'autre, il appuyait successivement chacun des dogits, dans leur ordre naturel, pour se donner un repère. Et ainsi se sera créée, dans son esprit, une association vaguement consciente d'abord, puis subconsciente, entre les divisions d'une personnalité à traduire et le doigt faisant contact. Si bien que, par convention puis habitude, tel doigt posé sur la main d'une personne équivalut bientôt àindiquer le champ d'exer- ■cice de la lucidité. C'est l'analogue de la question qu'il faut poser aux sujets lucides en hypnose pour cantonner leur intuition dans l'une de nos composantes.
Il arrive assez souvent à M. de Fleurière que, posant «on pouce sur la main d'une personne, ce ne sont pas des connaissances concernant la vie organique qui se présentent en perception, comme il serait en droit d'attendre, mais des révélations tributaires d'une quelconque des autres composantes et qui semblent prédominer en raison de leur importance actuelle pour le consultant.
D'ailleurs, les autres sujets lucides pour qui la communication inter-mentale s'obtient par contact immédiat, somnambules ou non, ne manifestent jamais de préférences, quant à la voie d'entrée des émanations fluidiques. Pourvu qu'on les touche, en leur tenant la main, le poignet ou n'importe quel doigt, l'intuition se met à fonctionner.
RÉPONSE CÉRÉBRALE A l'eXCITATION PRODUITE PAR
LA FORCE PSYCHIQUE EXOGÈNE. — Lcs seusatious dout je viens de parler et par lesquelles M. de Fleurière prend con-
science des caractères relatifs des forces émanées de ceux qu'il louche, sont contemporaines à l'exercice de sa lucidité, mais n'en font pas partie. Des images tactilo-molrices et visuelles de couleurs lui valent d'apprécier et de distinguer ce que les personnes ordinaires ne sentent pas et, pour cela, jugent inexistant. Mais, d'autres sensitifs, non lucides, par le seul fait d'hyperesthésie du toucher ou de la vue, peuvent également sentir et différencier les forces magnétiques des aimants et aussi celles rayonnées par l'homme.
L'intuition ne commence qu'au moment où les centres intellectuels du sujet réagissent à l'excitation venue de la pensée même de l'être en contact.
M. de Fleurière, comme .Mme M..., a tout d'abord la sensation d'une sorte de luminosité intra-cérébrale, jniis aussitôt des images mentales hallucinantes viennent lui rendre consciente la pensée suggestrice. Et, dans le même temps, se manifestent dans sa main gauche des phénomènes moteurs très curieux à observer et dont la signification est connexe et parallèle à celle des images mentales concomittantes.
C'est par une double réponse que le cerveau de M. de Fleurière réagit à l'excitation de la force psychique exogène :
1" Par une réponse purement intellectuelle et qui consiste dans l'activité de l'imagination reconstituant, par l'artifice de l'imagerie mentale, les connaissances transmises à la sensibilité subconsciente.
2" Par une réponse motrice, contemporaine à la précédente, entraînant la représentation de mouvements spéciaux se réalisant dans la main gauche du sujet, sous l'œil de la personne touchée.
Je vais, successivement, examiner ces deux formes de la réponse cérébrale. La première est commune à tous les sujets lucides. La seconde est particuhère à M. de Fleurière.
1° Réponse mentale analogue à celle de tous les sujets lucides.
Comme Mlle de Berly et Mme Fraya, M. de Fleurière est un intuitif à images mentales polysensorielles ; son imagination emploie, séparément ou associées, les diverses catégories d'images. Et, comme par les autres sujets lucides, chaque catégorie est utilisée pour la traduction des mêmes composantes.
Les états de la vie extérieure lui sont connus par hallucinations visuelles.
Presque toujours son intuition procède de la synthèse à l'analyse. Tout d'abord se présentent dans le champ de conscience des images visuelles d'un symbolisme très abstrait, qui lui donnent, pour chaque subdivision de notre vie, des notions préalables d'ensemble.
C'est ainsi qu'une sorte de faisceau lumineux de teinte foncée sera la portée sur laquelle s'inscrivent nos deuils. Son œil la parcourant, s'arrête à des ruptures signifiant des séparations par la mort ; l'époque approximative est donnée par la place des ruptures sur la longueur de la bande lumineuse. D'autres images moins abstraites viendront ensuite expliquer la nature et les circonstances de ce qui a déjà été connu dans son ensemble.
Mais, même alors qu'elle s'ingénie à préciser dans leurs détails des états d'existence, l'imagination de ce sujet emploie presque toujours le symbohsme allégorique, ce qui ne nuit jamais à la claire prise de consciente de la pensée intuitive.
Parfois, elle organise l'image visuelle d'un mot, d'un nom, d'une phrase écrite. Et le sujet nomme un lieu, une ville, une personne.
S'efforçant de trouver le lieu de séjour antérieur d'un consultant, M. de Fleurière est, par exemple, halluciné par une carte du littoral atlantique de l'Afrique ; il la suit des yeux et son regard s'arrête sur le mot Sénégal, écrit en
lettres prédominantes et qui lui révèlent le lieu cherché.
Aux hallucinations visuelles, s'ajoutent celles d'autres sens. M. de Fleurière entend des phrases qu'il répète, des sons qu'il interprète, des bruits qui complètent le sens de ses visions.
Il vit un songe, tout éveillé. Il rêve la pensée subconsciente de son consultant.
Ce n'est pas brusquement que les images visuelles s'imposent à son attention. Un peu de temps (quelques secondes) est nécessaire pour que prennent relief les formes de ses visions. Tout d'abord, elles sont confuses, embrumées, puis, progressivement, elles se dessinent et se détachent en vigueur, comme on voit, au théâtre, les apparitions fantômales se dégager du plasma lumineux qui les précède.
Les images tactiles jouent également un très grand rôle dans l'imagination de M. de Fleurière ; elles servent à traduire les états des vies psychique et organique, associées ou non à des images visuelles allégoriques.
C'est par hallucinations d'émotions qu'il prend connaissance de nos états affectifs, éprouvant les sentiments et les passions, et s'analysant pour les dépeindre. C'est également par images émotives que lui sont connues nos états intellectuels.
Des sensations de douleur et de malaises localisés ou diffus lui révèlent l'existence et le siège d'affections organiques.
En somme, c'est par une véritable analyse subjective, facihtée par l'objectivité des images mentales, que le sujet prend connaissance de ce qui est dans la pensée subconsciente de son consultant.
Voici, à titre d'exemple, comment l'imagination de ce sujet rend consciente la notion d'un tempérament nerveux.
Elle le fait par deux variétés d'hallucinations contemporaines.
M. de Fleurière éprouve dans sa main, son bras, puis tout son corps, une sorte de trépidation fine et rapide, comme celle que produirait un appareil électrogène à courants interrompus et cette sensation est parfois si forte, suivant le degré du tempérament, qu'elle arrive à devenir insupportable. Et, pendant le même temps, ses yeux croient percevoir une vibration de teinte blanc doré, Ressemblant à cette impression de mouvement vibratoire que donnent, en été, les vapeurs se dégageant de la terre, au-dessus des champs surchauffés par le soleil.
Il doit sembler invraisemblable que des images aussi symboliques et aussi diverses que celles ordinairement employées par les intuitifs, puissent leur permettre de parler d'abondance !
Ce sont les nécessités de l'analyse qui arrêtent notre pensée .d'observateur à l'une ou l'autre des images mentales ; qui immobilisent, pour donner à notre intelhgence le temps de comprendre, ce qui est essentiellement mobile dans l'esprit des sujets. Chez eux, les images mentales, hallucinantes presque toujours, se succèdent avec la même rapidité que les images qui sont, pour nous, les substratums de la pensée consciente. Ils pensent intuitivement, aussi vite que nous pensons par réflexion. Sentiments, idées, désirs, événements, etc.. se traduisent ainsi dans leur enchevêtrement naturel. Les sujets pensent et expriment notre pensée subconsciente, comme nous pensons et exprimons les élaborations de notre raison. Leur état d'inspiration intuitive équivaut à l'état d'inspiration ordinaire, dans lequel les associations d'idées, les choix d'images, les mots destinés à les exprimer, la parole ou le geste graphique, se suivent avec une telle rapidité qu'on s'étonne, à l'analyse, que tant de phénomènes psychiques aient pu se succéder en un temps si infime.
Au moment où j'écris ce bref aperçu sur la lucidité de M. de Fleurière, je reçois de lui une lettre répondant à ma demande de renseignements confirmatifs sur quelques particularités de sa sensibilité spéciale et de l'activité propre de son imagination. Avec l'autorisation de ce psychologue très instruit et judicieux, je présente cette lettre au lecteur, ne doutant pas qu'il y trouvera le même intérêt qu'elle m'a donné. Il verra sanctionnés par une analyse subjective avisée, les résultats de mes investigations psychologiques à travers les divers sujets lucides qui, pour la plupart, ne savent pas s'observer et ne comprennent absolument rien aux procédés de leurs psychismes.
« ...Dormant relativement peu et n'ayant que peu de rêves dont je me souvienne, pendant la nuit c'est plutôt à Véiat de veille ou de somnolence que f aurais certaines prémonitions, sous formes de visions ou pressentiments.
Généralement, elles ne me concernent par directement, mais plutôt certaines personnes mêlées à ma vie par le côté télépathique ou appelées à entrer en contact avec moi par le fait des circonstances.
Par exemple, fai souvent Vintuition qu'il va venir chez moi telle personne, de tel extérieur, de telle situation, amenée par telle préoccupation de cœur, d'esprit ou d'affaire. Et quand la personne se présente chez moi, le jour même, quelquefois le lendemain, je reconnais en elle celle dont j'avais eu ainsi la vision prémonitoire. C'est comme si la radio-activité jluidique de la personne qui songe à venir chez moi était par cela même projetée vers moi et m'apportait d'avance un peu de son image et de ses préoccupations.
Cependant, les images ainsi dessinées sur le miroir psychique, les pressentiments qui me viennent impressionner l'âme, se réfèrent le plus souvent à des personnes déjà connues de moi, qui, par conséquent, ont laissé en ?noi. mêlé au mien, plus ou moins de leur fluide personnel.
Ce fluide {car c'est pour moi V explication la plus rationnelle) ce fluide, resté en moi, continue son action intime, alors que la personne qui me Va apporté ni a quitté depuis longtemps et se trouve souvent très loin.
On pourrait comparer ce fluide à un élément physicopsychique qui aurait un effet rétroactif. Si bien que, par lui, après coup, fai souvent comme un complément de vision concernant la personne d'où me vient ce fluide, et je vois, et je ressens par lui certaines choses que je n'ai pas eu le temps d'analyser ou de traduire dans la hâte d'une première entrevue télépathique.
C^est pourquoi, surtout dans le silence de la nuit, par une réaction latente et persévérante du fluide, j'ai souvent comme une vision complémentaire ou supplémentaire de telle situation existante ou de tel événement en préparation. De là vient que j'ai écrit plusieurs fois à des personnes m'ayant laissé leur adresse : « Ayez la bonté de revenir, j'ai omis de vous donner tel détail ou de vous prévenir de tel événement... »
C'est à la persévérance de cette action fluidique {d'ailleurs intermittente et renaissant dans des conditions enèore inexplorées), que j'attribue la plupart des images ultérieures qui en sont la résultante sur le tréfond de l'âme et du cerveau. Et ce phénomène de rétroaction me paraît un des plus curieux parmi les réactions fluidiques produites parfois sur des natures ultra-sensitives ou de constitution spéciale.
Ce qui m'arrive le plus souvent, dans la nuit, c'est de penser tout à coup et comme irrésistiblement à des personnes que mon souvenir n'a aucune raison d'évoquer ; et alors, soit endormi, soit éveillé, j'ai la certitude intime que la personne va venir chez moi, tel jour, vers telle heure, agitée par tel souci moral ou matériel.
Par précaution, j'ai pris l'habitude d'avoir toujours papier et crayon près de moi, sur ma table de nuit, pour noter les choses plus intéressantes que je craindrais d'oublier. En conséquence, il m'est arrivé souvent dans la journée, ayant ma feuille en
main, d'aller chercher en mon salon le visiteur ainsi désigné d'avance, de lui montrer le passage où sa visite et parfois son objet étaient d'avance annoncés, et fai constaté que les gens étaient généralement très interloqués par ce fait.
Autre chose m'est plus fréquent encore. Souvent il nfarrive, même quand je suis très occupé, même dans le feu d'une consultation, de sentir actuellement que telle personne se met en route pour venir me voir, qu'elle monte mon escalier, qu'elle m'attend dans mon salon, seule ou entourée d'inconnus, comme s'il s'établissait entre nous, à distance, par le fait de sa pensée ou radio-activité agissant sur moi, une sorte de communication télépathico-fluidique. Quand cela se produit, dès que je deviens libre, je quitte mon cabinet de travail et je vais au salon chercher la personne ainsi pressentie avec la certitude qu'elle est là, et presque jamais je n'ai eu de déception.
Beaucoup de personnes sont convaincues, à tort ou à raison, que mon fluide leur est bienfaisant, non seulement à proximité, mais à distance.
Conformément à cette conviction, beaucoup sont venues chez moi^ou m'ont écrit pour me demander de leur envoyer de mon fluide, assurées qu'il viendrait les aider, les soutenir, leur faire du bien, à tel moment donné, à telle heure plus difficile. Souvent j'ai essayé de répondre à ce vœu et j'ai tendu dans ce sens toutes les forces de ma volonté. Est-ce réalité ou auto-suggestion chez les personnes désireuses de mon assistance fluidique ? Je ne sais. Toujours est-il que souvent elles m'ont dit avoir ressenti mon fluide, quelque chose de moi qui venait jusqu'à elles, qui les réconfortait à tel moment précis. Et c'était le moment exact où chez moi, souvent à grande distance, j'avais projeté vers elles, aussi intensivement que possible, toute la puissance de ma pensée et de ma volonté. Ce qui me donnerait à croire qu'un lien fluidique peut exister ou s'établir, souvent de très loin, surtout entre personnes connues.
Un fait plus curieux, c'est que plusieurs fois, je me suis
senti appeler par telle personne déterminée. Parfois, eet appel n'a été qu'une sensation intérieure correspondant à un fait réel, contrôlé ultérieurement. D'autres fois mon oreille a perçu un son extérieur, comme on entend physiquement la çoix d'une personne. Cela me rappelle un fait très spécial remontant à quelques aimées.
J'étais lié d'amitié avec une dame de haute distinction , très en vue et très connue à Paris, Mme S..., douée elle-même d'une sensibilité rare.
Un matin, vers dix heures, je l'entendis m'appeler trois fois de suite, mais si nettement que j'en sursautai et me retournai machinalement. La dame en question était alors dans son appartement, près du Val de Grâce, mais c'était l'heure précise où elle le quittait pour venir me voir et elle m'avait appelé à dessein pour voir si je l'entendrais.
Je l'entendis si bien que, peu après, la sentant approcher de ma résidence, j'ai moi-mêm.e quitté mon bureau pour aller au devant d'elle sur l'escalier.
Pour moi, c'est une preuve nouvelle entre mille autres, qu'ily aentre certains individus des liens {fluidiquessu autres), liens mystérieux par où la radio-activité d'une personne peut agir à distance sur l'être psychique, peut-être même physique, d'une autre personne. J'estime même que deux radio-activités fluidiques peuvent agir réciproquement et simultanément l'une sur l'autre : témoin cet autre fait.
Pour faire une expérience, il avait été convenu avec la même dame, qui partait alors en villégiature dans sa propriété du Jura, que nous nous écririons au jour et à l'heure exacte où l'un de nous se sentirait poussé à le faire, comme déterminé à cela par la pensée ou l'appel de l'autre. Or, un jeudi de septembre, à quatre heures de l'après-midi, je ne sais quoi d'irrésistible me pousse à prendre la plume et à écrire. le fait à Mme S...
Le plus étrange, c'est que, le même jour, à la même minute, une impulsion mystérieuse poussait la dame à se mettre à son
secrétaire et à m écrire le fait. Si bien que le lendemain, chacun de nous était stupéfait de recevoir de l'autre une lettre datée de la même heure exactement, écrite sous la même impulsion, constatant le même phénomène et écrite à peu près dans les mêmes termes.
Donc, la télépathie avait agi à distance, son action avait été réciproque et simultanée. D'après quelles lois et par quelle voie ? Je ne me charge pas de l'expliquer.
Une de vos questions me demande si parfois chez moi, r expression par la parole devance F image mentale, visuelle ou autre ?
Habituellement, non, cependant très souvent. Alors, je ne sais pas toujours, sur le moment, ce qui me pousse à dire telle chose, à faire telle prophétie : je suis étonné, parfois effrayé, de ce que je dis, surtout quand ce sont des choses douloureuses. Mais j'ai le sentiment que mon psychisme, tout mon être intérieur, sont dans un état supra ou du moins paranormal, et en percevant le son de ma propre voix, il est des cas où il semble qu'il y a en moi une autre personne, mystérieuse, cachée dans les profondeurs de mon être, qui se révèle alors et que c'est elle qui parle par mes lèvres, sentant, voyant et disant des choses que ma conscience normale ne saisit pas tout de suite.
Je dis « pas tout de suite », car il est très rare que, ultérieurement, plus ou moins vite, je ne me rende pas compte, en examinant les faits avec ma conscience normale, de ce qui a provoqué les paroles impulsives échappées à la spontanéité d'un subconscient quelconque ou d'une conscience paranormale, différente de l'autre.
Prenons deux exemples entre mille.
Un jour vient me voir un monsieur inconnu, habitant alors rue Demours à Paris. Au cours de mes investigations dans le domaine de son avenir, je suis surpris — autant que lui — de m' entendre lui dire à peu près : « Mon Dieu, quel deuil pour vous bientôt !... La cruelle disparition d'un enfant
tant aimé, si jeune et si charmant... » Je ni arrêtai là, saisi, car, presqu' aussitôt le conscient, chez moi, avait compris la portée de ces paroles traduisant' une perception plus rapided'un subconscient ignoré. J'essayai d'expliquer, d'arranger, d'atténuer ; mais en vain : le coup était porté. Qu'il crût ou non à la vision prophétique, le père s'en alla consterné. J'avais quelque peu oublié le fait lorsque, quinze jours après, une amie de ce monsieur, envoyée par lui, vint me dire que son petit garçon de quatorze ans était mort inopinément dans la nuit en pleine apparence de santé.
Dernièrement, recevant une dame, je m'aperçois que je lui dis impulsivement : « Tiens, vous d'apparence si ccdme, du drame dans votre passé ! Un, deux, trois coups de revolver sur une dame ennemie qui vous sert de cible ! Heureusement, peu de dégâts, seulement un peu de scandale et de prison...»
Craignant de l'avoir blessée par cette évocation, j'aurais voulu n'avoir rien dit ou m'être exprimé autrement. Mais la dame me dit simplement : « Vous êtes renversant, comment avez-vous pu voir cela ? ». Et elle me raconte qu'en effet, ayant découvert une liaison de son mari, elle l'avait épié et qu'un ]our, l'ayant vu sortir d'un rendez-vous avec sa maîtresse, folle de colère et de jalousie, elle avait tiré trois coups de revolver sur cette dernière, la blessant légèrement à la nuque : d'où quelques semaines de prison préventive et bientôt acquittement à l'unanimité.
Dans ces cas exceptionnels où la parole devance l'image consciente ou si l'on veut, la conscience normcde et actuelle, j'estime cependant qu'au fond, rien n'est spontané, ni absolument involontaire. Sous la conscience normale, qui ne saisit pas ou ne saisit que plus tard, il y a certainement un subconscient plus rapide qui a telle vision, telle sensation, saisit tel rapport des choses ou des circonstances, et qui détermine les lèvres à parler avant que le conscient direct ait pu en discerner la raison. Car, il ne peut y avoir d'effet sans cause, et cette cause, à mon .sens, doit être dans cette vivacité d'un subcon-
scient mystérieux, percevant immédiatement certaines choses que la conscience normale ne perçoit qu'ultérieurement en entendant les paroles prononcées.
Cela ni'amène à vous parler des images mentales intuitives et de la façon dont elles se présentent. Parfois, chez moi, elles correspondent à la réalité objective de ce qui est ou doit arriver. Ainsi, la vision d'un berceau où sourit un enfant, d'une personne étendue sur un lit funèbre, d'un vaisseau qui s'enfonce dans les flots, d'un édifice entouré de flammes, voilà autant d'images naturelles dessinant sur l'écran de l'âme les faits tels quels du passé, du présent ou de l'avenir, selon le plan de la vision.
D'autres fois, les images sont figuratives, si j'ose dire, c'est-à-dire qu'elles prennent un caractère symbolique. C'est ainsi que dans le langage courant et le sens traditionnel, l'évocation d'un rameau d'olivier, signifie non une branche d'arbre, mais suggère l'idée de paix ; une colombe, non un oiseau, mais l'idée de la douceur ; un lys, non une fleur, mais l'idée de candeur et de pureté. Ce sont, au fond, de véritables métaphores, et ces artifices sont de ceux auxquels la lucidité doit, il me semble, recourir fréquemment.
Chez moi, du moins, je les retrouve à chaque instant quand je me donne la peine d'analyser les images visuelles, auditives, tactiles, olfactives ou autres qui sont une des formes de la vision directe ou de l'intuition télépathique. Le symbolisme y tient donc une très large place.
Ainsi, au lieu de se présenter à moi sous la forme d'un corps rigide enfermé dans un cercueil {image naturelle)., la vision d'une mort peut s'offrir sous vingt formes différentes. Tantôt, j'ai comme la sensation d'une branche qui craque, se détache et tombe {surtout dans le cas d'une mort rapide et brusque) et alors, il y a à la fois la vision du fait et aussi comme l'audition d'un craquement, le tout se référant non à Vobjet matériel, mais à l'événement signifié.
Tantôt j'ai cette même vision mortuaire sous la forme
d'une ligne noire qui fait déchirure dans un cristal grisâtre ou s'étend dans un ciel assombri. Tantôt fai comme la vision ou sensation d'une lumière qui s' éteint lentement ou d'un météore qui disparaît tout â coup à l'horizon. Ou bien encore, j'ai la même intuition sous la forme d'un trou béant se creusant à côté d'une personne et où disparaît un être qui lui est cher, etc., etc..
On voit, par ces seuls exemples, combien les images peuvent différer tout en se rapportent au inême fait et à la même intuition.
Dans un autre ordre d'idées : quand la vie d'une personne est très bouleversée moralement et matériellement et qu'elle est appelée à connaître la paix d'un meilleur avenir, la situation se traduit souvent chez moi, en lucidité, par une image fort expressive : l'image d'une mer aux flots tumultueux ou d'un lac agité par les vents, oiï, tout doucement, je vois la tempête s'apaiser et la surface des flots devenir un calme miroir où se reflètent l'azur du ciel et l'éclat du soleil. Ou bien j'ai devant moi comme l'image d'un ciel orageux, sillonné d'éclairs, où de lourds nuages courent et s'entrechoquent pour disparaître peu à peu et laisser après eux dans l'atmosphère, le calme du silence et les sérénités de la lumière.
Sous une forme un peu différente, quand un avenir doit évoluer tranquille et doux, je vois souvent cet avenir se dérouler devant la personne comme le panorama d'une prairie verdoyante et paisible, toute ém.aillée de fleurs, qui s'étend au loin, gracieuse et souriante, comme oudulée par un souffle de printemps.
S'agit-il d'un grand avenir matériel et pécuniaire, fruit de combinaisons et d'efforts personnels couronnés d'un très grand succès? Ici la sensation intérieure est celle d'un gonflement, d'une plénitude, d'un relief très accentué, et l'image qui y correspond est celle de vagues qui s'enflent, de mamelons qui s'arrondissent, ou encore d'un coteau fertile comme jalonné d' amoncellements dorés, ressemblant à des monceaux
(Vor ou à des tas de blé mûr. {Le plus curieux dans ces cas, c''est que les gonflements plus spéciaux à ma main gauche, sur le dessus des métacarpes et vers Vavant-bras, peu avant V articulation intérieure du poignet, correspondent toujours à ce genre d'avenir, à cette intuition d'agrandissement matériel). S'il s'agit d'une fortune inopinée, due au hasard, vous tombant comme une tuile : héritage, gros lot, découverte d'un trésor, etc., la sensation est également celle de plénitude, d'extension, de renflement, mais l'image est habituellement différente : celle d'une pluie dorée ou de rayons étincelants qui tombent sur la personne.
Nous pouvons, maintenant, envisager un autre genre de succès : le succès moral, par exemple, avenir d'un certain relief social, notoriété, célébrité, gloire plus ou moins grande. Ici, j'ai plus ordinairement comme une sensation de lumière, et l'image offre comme une sorte d'auréole plus ou moins vive gui raijonne sur la personne et autour d'elle. La couleur, selon les cas, est du blanc, du doré, du rose, ou des combinaisons fort harmonieuses de ces couleurs, telles que blanc-rose, blanc-doré, rose pâle ou rose doré. {Je note en passant, que dans ces cas, je n'ai jamais vu de bleu ni de vert).
Si la gloire ou renommée tient ou doit tenir à des succès littéraires, à des efforts intellectuels, à un travail du cerveau, alors, dans ma vision, j'ai remarqué que l'auréole a tendance à s'accentuer dans le sens du rouge plus ou moins mélangé de violet. D'ailleurs j'ai observé, dans fnes expériences, que la couleur plus ou tnoins rouge est la couleur propre à l'énergie cérébrale, comme si ce rouge était le produit de son ébullition, de même que telle couleur est celle de tel métal en fusion, de telle substance en combustion.
Je ne prétends pas que ce soit. Je veux dire que c'est sous telle couleur que j'ai la vision ou sensation de son activité et de l'espèce de vapeur lumineuse qui s'en dégage, comme sur l'argent ou le cuivre en fusion on voit se dégager des flammes d'un blanc et d'un vert si remarquables.
Dans mes visions ou sensations de couleurs, ce rouge devient très violacé, il se transforme même en violet absolu quand Vactivité cérébrale d'une personne est complètement ou plus exclusivement tendue vers le transcendantal : V occulte, les hautes questions psychiques, la recherche de Vau delà, la solution des grands problèmes et tout ce qu'on eut convenu d'appeler « le domaine du merveilleux ».
S'il m'était permis de vous donner des noms, je vous citerais des personnages très connus chez gui m'a frappé cette couleur ou sensation de couleur, notamment Mme de V., M. Max..., Léon D., Mme Ag., Mme docteur J.-L., et d'autres. En tout cas, je l'ai notée, plus ou moins caractéristique, chez des prêtres, des médecins, chez des savants, des spirites de haute culture et chez quelques mystiques éclairés.
Voyons maintenant le succès dans l'ordre sentimental :
Quand une vie comporte déjà ou réserve à une personne des joies plus douces, des avantages particuliers dans le domaine du cœur et de l'amour, cet état de choses se présente à mon intuition plus spécialement sous l'image d'un nimbe azuré, parfois d'une vaste atmosphère bleue {ou bleu-vert) audessus et autour de la personne prédestinée à ce bonheur.
{Du reste, le bleu clair ou le bleu mélangé de vert, la couleur « pers », m'ont toujours apparu, dans l'exercice de mon humble faculté, comme les couleurs plus spéciales à l'activité du cœur et à son rayonnement extérieur.)
Par contre, si une vie est ou doit être agitée par un amour grand, profond, mais malheureux, coupé de secousses et de drames, alors sur le fond bleu de l'atmosphère se présente souvent à moi l'image de raies grises, sombres, rouge-feu ou rougenoir qui, comme de larges taches, s'y dessinent bizarres et violemment heurtées. Et,dans ce cas, la vision m'a souvent donné une sensation faite à la fois de doux, de grandiose et de douloureux.
Au point de vue physique ou moral, une personne courtelle de grands dangers ? Je pourrais citer quantité de cas où
cette situation a fait naître en moi Vimage de fondrières, d'abimes entrouverts sous les pas de la' personne ou V entourant de toutes parts.
Une personne a-t-elle, dirigées contre elle, des perfidies, des faussetés, des trahisons, des manœui>res louches qui la menacent ? Que de fois aussi j'en ai eu V intuition par Vimage de serpents que je voyais ramper, que j'entendais si^ 1er, pour ainsi dire, insidieux et menaçants, autour de la personne en danger.
Voici maintenant un exemple d'image symbolique tiré d'un domaine mixte, le domaine physico-moral, afférent â une passion, comme la colère.
Il m'est arrivé souvent d'être en contact intuitif avec des personnes colériques, violentes par nature ou actuellement en état de colère. L'image venant révéler cet état fut parfois très frappante ; car par elle, du cerveau et de la poitrine de la personne, je voyais comme jaillir des projections d'effluves ou vapeurs fumantes, noires ou grisâtres, presque toujours teintées d'un jaune spécial, le jaune bilieux, et c'était, principalement autour du crâne et du thorax, comtne des gerbes sombres, concentriques, rappelant un feu d'artifice aux couleurs antipathiques.
A l'opposé, la douceur faite de calme et de bonté se manifeste assez souvent par l'image d^unc sorte de transparence rosée {image visuelle), légèrement tiède {image ou sensation tactile), avec je ne sais quoi d'aimanté, d' attractif , qui attire et retient {sensation physique et morale qu'on ne sait trop à quel ordre rattacher, qui cependant me parait d'ordre fluidique).
A propos de cette chose aimantée dont je viens de parler, j'ai observé que quelques hommes, mais beaucoup plus de femmes, possèdent, surtout dans le domaine passionnel, cette propriété indéfinissable, tenant de l'aimantation, qui, tout à la fois, attire, captive et retient. Aussi, dans la vision intuitive de certaines de ces femmes, tout ensemble charmantes et fa-
taies, fai eu plusieurs fois comme la sensation de voir, tout au fond de leur être, un œil enveloppant et fascinateur, et aussi de percevoir derrière le front et le cœur, comme un centre aimanté, je ne sais quel rayonnement magnétique dégagé de tout leur être, attirant comme invinciblement tout ce qui évolue dans leur sphère, comme un fer aimanté attire certains métaux. Et par cette image ou sensation d'aimant, de force magnétique, j'ai eu Vintuition nette que f avais près de moi de ces vampires du cœur qui brûlent, qui dévorent toutes les affections venant vers elles, sans qu'aucune puisse échapper à leur pouvoir d'attirance.
Je pourrais multiplier à l'infini ces exemples d'images symboliques dans l'intuition directe ou télépathique. Je pense que ceux que je viens de relater suffiront pour vous en faire une idée.
Ces images sont un fait. D'où et comment viennent-elles ? Pourquoi sont-elles ainsi et non autres ? Pourquoi varientelles, pour le même objet, selon les cas, les personnes, les constitutions et les situations ? Pourquoi les images sont-elles visuelles, auditives, olfactives, tactiles ? Pourquoi sont-elles simples ou composées, animées ou sans mouvement, successives ou simultanées ? Jusqu'à présent, c'est le mystère et je souhaite que la science parvienne un jour à en donner l'explication. ))
2° Réponse motrice centrifuge, particulière au psychisme de M. de Fleurière.
Dans le même temps qu'il réagit en reconstituant la pensée suggestrice sous la forme perceptible des images sensorielles ordinairement utilisées par les sujets lucides, le cerveau de M. de Fleurière organise des images motrices représentatives de mouvements qui se réalisent dans sa main gauche en contact avec une personne. Ces manifestations musculaires constituent la dernière phase d'une
orle de réflexe psychique, puisqu'elles sont la réponse îentrifuge à l'excitation centripète rerjue.
Elles varient de nature, d'intensité et de siège suivant eur signification. Car elles ont une signification et c'est )ourquoi j'en parle, et, de ce fait, présentent un intérêt )sycho-physiologique que je vais faire ressortir.
Ces manifestations motrices sont produites par une exci- -ation centrifuge des muscles de la main et aussi des nerfs :aso-moteurs et elles ont ceci de caractéristique que les nouvements qui agitent ou déforment la peau sont limités i de tous petits espaces, variant de quelques millimètres à quelques centimètres.
Ils se présentent à l'œil de l'observateur sous la forme le contractions musculaires ou de déformations statiques l'une région.
Les contractions musculaires sont des contractions :oniques, sortes de tétanisations, localisées à des fibres et l'intéressant jamais un muscle entier ; ou des spames cloliques fibrillaires, véritables secousses rapides et fines faisant tressauter rythmiquement la peau, comme s'il passait jn léger courant électrique interrompu dans quelques fibres l'un muscle.
Les déformations statiques ont l'aspect de gonflements, le surélévations de la peau ou de dépressions, donnant parfois des variations de niveau très notables.
Ces manifestations motrices se répartissent sur la face palmaire de la main surtout, et aussi certains endroits de la face dorsale et le poignet qu'elles ne dépassent jamais. Elles sont indépendantes des sensations de passage du courant fluidique dont il a été question plus haut.
Leur nature et leurs sièges ne sont pas quelconques. Ces manifestations ont une origine et un but intellectuels, elles font partie de l'acte psychique d'intuition.
Dans les premiers temps où il mit à l'épreuve sa luci-
dite (ce qui remonte à sa 18® année), M. de Fleurière fit la remarque que sa main gauche, en des endroits variables, présentait de petits mouvements semblant spontanés et des déformations, pendant que ses sens hallucinés lui révélaient des connaissances intuitives. Et assez vite il se rendit compte que ces phénomènes se présentaient analogues d'apparence, d'intensité et de lieu, pour des notions intuitives analogues. Et, progressivement, par comparaisons, il découvrit le sens de la plupart de ces réactions motrices.
Leurs significations sont seulement synthétiques et le sujet n'en peut obtenir, intuitivement, que des connaissances générales, des notions d'ensemble ; ce qui ne laisse pas d'être psychologiquement curieux.
A supposer, par exemple, que M. de Fleurière ait à parler sur la situation sociale de son consultant, tout d'abord et avant la succession des multiples images visuelles qui fourniront les connaissances circonstanciées, une image allégorique viendra en donner une notion synthétique, jugeant l'importance de la situation. Or, c'est à ce même moment que se formera, dans une certaine place de la main gauche, le gonflement ou la dépression, de relief variable, qui suffiraient seuls à informer le sujet, l'image visuelle synthétique faisant alors double emploi. Pendant tout le temps que M. de Fleurière parlera sur la situation sociale avec l'aide des successives images mentales, la déformation de la surface cutanée persistera.
Ayant la clef de la signification des phénomènes moteurs dont sa main est le siège, M. de Fleurière pourrait donc, sans aucune vision intérieure, sans aucune des sensations qui ordinairement l'informent, prendre une connaissance globale des grandes lignes actuelles d'une existence humaine.
J'ai obtenu de l'obhgeance de M. de Fleurière un court résumé des principales manifestations motrices dans sa main. Le voici :
« ...Depuis longtemps j'avais remarqué des mouvements dans ma main gauche dès quelle entrait en contact avec le fluide de certaines personnes, si bien que le relief général de cette main présentait alors des modifications plus ou moins appréciables.
En analysant ce phénomène j'ai été amené, par des obseri^ations, comparaisons et déductions multiples, à conclure que ses différentes modalités correspondaient à des états particuliers de Vêtre physique ou psychique dont le fluide rayonnait actuellement sur le mien.
Autant qu'il m'est permis de faire allusion à mon humble faculté, j'attire votre attention sur ce point : que les modifications accidentelles dans l'état ou V aspect normal de la main gauche n'ont aucune influence sur la vision psychique, de quelque nom qu'on la désigne. Cette dernière en est totalement indépendante. Mais, ici, le fait intéressant, c'est leur étroite corrélation, établie par des centaines d'expériences.
Parmi les altérations ou mouvements physiologiques dont il s'agit, il y en a de lents et de progressifs, comme certains gonflements ou affaissements plus ou moins sensibles, d'autres se présentent sous la forme de battements plus ou moins rapides. Les uns sont plus superficiels, les autres plus ou moins profonds. Quand à leur localisation, ils peuvent avoir pour sièges, simultanément ou successivement, la région des carpes ou le sommet des métacarpes, la face interne du poignet, la région palmaire et plus spécialement les éminences Thénar et hypothénar.
Parfois, dans l'éminence Thénar, allant de la base du pouce vers l'articulation du poignet, il se creuse un sillon profond {immobile généralement), et j'ai remarqué empiriquement qu'il correspondait à des altérations graves de l'organe du cœur, avec menace d'une fin brusque et violente par endocardite, rupture d'anévrisme, artériosclérose, embolie, etc..
D'autres fois, sur le côté de ce sillonnement, qui devient alors moins prononcé, il s'établit un mouvement longitudinal
dans les cordons fibro-miiscidaires. Ce mouvement, plus ou moins vif, peut être spasmodique ou simplement vibratoire.
Spasmodique, il se réfère à une marche défectueuse dans le fonctionnement du cœur ; vibratoire, c'est-à-dire avec ondulations superficielles), il indique plutôt un état morbide, anormal, dans les tissus nerveux et fibro-musculaires de F enveloppe péricardique.
Quand des contractions vives, saccadées, très creusées, se produisent tout à fait à la base de Féminence Thénar [presque sur V articulation du poignet), la manifestation est connexe avec un épuisement général [surtout côté sang et système nerveux) et presque toujours, c'est l'indication d'une fin prochaine, prématurée ou brusque, comme si la ligne de vie venait se briser à ces contractions heurtées et sinueuses.
Par contre, quand une suite de petites rides superficielles, parallèles, généralement trépidantes, se forment sur V éminence Thénar dans le sens transversal, allant du milieu vers la ligne de la main dite ligne de vie, fai constaté qu'ici c'est Vorgane du foie qui est en jeu.
Dans le cas où ces rides sont comme violemment tiraillées vers V intérieur, complètement ou à peu près immobiles, il y a indice d' altérations sérieuses dans Vorgane lui-même [lésions, tumeurs, calculs). Mais, si elles sont moins creusées, agitées d'un léger frémissement, elles dénotent plutôt un excès dans V activité hépatique, presque toujours excédent de sécrétion et par suite, invasion trop abondante du sang, de V estomac et des intestins par l'élément bilieux.
En affectant V éminence hypothénar, les manifestations physiologiques [provenant évidemment d'une cause différente) apportent aussi des indications différentes. En effet, nous rencontrons ici le domaine du cœur au point de vue moral ou affectif.
L'absence de toute agitation nervoso ou fibroso-musculaire y coïncide avec une vie du cœur relativement calme et sereine.
Dans la formation de certaines contractions légèrement mouvantes à la surface, il se révèle une vie du cœur inégale, coupée d'incidents et de commotions plus ou moins passagères.
C'est plus grave quand, sur le côté de l'hypothénar {aux confins de la paume et de la face dorsale de la main) il se creuse un vallonnement plus profond, comme raviné et sillonné sur les bords avec tressaillements musculaires plus ou moinsconvulsifs, car, alors, c'est la manifestation d'une vie du cœur ou d'une vie de famille violemment secouée par les tempêtes et les drames, déjà marquée de brisements douloureux et prédestinée à des catastrophes morales plus ou moins imminentes.
Ce phénomène s'accompagne assez souvent d'une sorte de fossette plus ou moins accentuée qui se dessine à la base interne du poignet, directement au-dessus de l'articulation, face au petit doigt. Il faut y voir l'annonce d'une mort qui atteindra la personne présente dans son entourage affectif ou familial, généralement la disparition d'un être ayant joué un rôle mouvementé dans la vie de cette personne, et presque toujours une mort rapide, brutale, même tragique.
Si les mouvements et sillonnements nervoso-musculaires se rapprochent sensiblement du petit doigt, j'ai observé qu'ils se réfèrent plutôt au domaine conjugal ou familial, c'est-àdire à la vie du foyer avec ses alternatives de bonheur ou d'angoisse.
S'ils s'en éloignent, ils ont plus de connexion avec l'amour passionnel proprement dit, dans son mélange éventuel de paix ou d'orages, de joies ou de souffrances.
Parmi les tressaillements plus ou moins brusques que j'ai observés et fait observer aux intéressés, le plus curieux, peutêtre, parce que plus rare, c'est l'espèce de soubresaut qui se produit parfois dans le cordon nervoso-musculaire qui, sur le dessus de la main, part de la base de la phalange de l'index et suit sur la droite le métacarpe correspondant. L'expérience, d'accord avec la vision psychique, m'a confirmé
qu'alors je me trouvais en présence d'un cerveau enfiévré par de graves préoccupations, bouleversé par des commotions violentes, exalté par des chagrins ou des travaux excessifs, prédestiné à sombrer dans le détraquement, la folie ou quelque drame douloureux.
D^aiïleurs, et à ce propos, il m'a toujours paru que, me trouvant en contact plus immédiat avec une personne, son fluide cérébral a^ectait plus spécialement l'index, et j'ai souvent noté que la sensation d'un courant plus ou moins fort en ce doigt y correspondait, dans la vision psychique, à une activité cérébrale plus ou moins intense, servie par des facultés plus ou moins nombreuses, plus ou moins développées.
Il m'est arrivé plusieurs fois que cette sorte de courant fluidique, dérivant {d'après ma sensation) d'une vie cérébrale plus riche et plus intensive, a produit dans mon index une rigidité un peu semblable à une contracture. Les indications fournies ici concerneraient donc la valeur intrinsèque d'un sujet au point de vue cérébral.
S'il s'agit de sa valeur relative, c' est-à-dire de son rayonnement ou prestige extérieur, c'est ailleurs que me ramènent mes observations. Assez souvent, en effet, j'ai vu certaines sinuosités généralement peu trépidantes, se former dans l'intérieur de la paume, au-dessus de la phalange de l'annulaire, et alors, il y avait accord avec l'existence actuelle ou imminente d'un relief social plus ou moins considérable, selon le rang occupé, les dignités ou honneurs conquis, l'éclat des qualités ou le retentissement des actions.
Tout autrement se localisent et se présentent les indications physiologiques qui ont rapport au prestige matériel présent ou futur d'un individu, c'est-à-dire au succès plus ou moins grand de ses affaires, à l'état plus ou moins brillant de sa fortune, au plus ou moins de résultats pécuniaires produits par ses efforts.
J'ai la sensation qu'un courant fluidique, correspondant au succès matériel que la vie réserve à chacun, passe plus spé-
cialement par le médius et la ligne métacarpienne qui le continue vers le bras.
Toujours est-il qu'en bien des cas, il se forme un renflement plus ou moins marqué dans la région carpienne ou sur la face interne du poignet, tantôt à une seule de ces places, tantôt aux deux simultanément.
En certaines circonstances, cette sorte de monticule a pris des proportions inusitées, et alors fai constaté par les faits ultérieurs comme par la vision psychique qu'il y avait devant moi des personnes prédestinées à une chance insolite {parfois insolente) dans le domaine de V argent, des affaires, des entreprises : personnes souvent ineptes, sottement et béatement infatuées de leurs succès, n ayant d'autres mérites que leur veine fantastique et idiote.
Si le renflement, sur la main, provient plutôt de la naissance du médius, il s'harmonise avec des succès pécuniaires enfantes par les seuls caprices du hasard.
S'il provient davantage de la racine de l'annulaire, il révèle un développement matériel produit par des concours extérieurs et des collaborations étrangères.
S'il remonte plutôt des parages de l'index, il indiquerait alors une extension de fortune due principalement à l'intelligence personnelle, à son initiative et à ses combinaisons.
Si un gonflement similaire se dessine plus ou moins sur la face interne du poignet, il m'a toujours paru qu'il coïncidait avec une surélévation de fortune ayant pour origine une personne ou une circonstance du domaine de la famille ou du cœur.
J'ai remarqué parfois d'autres mouvements avec changements d'habitus dans les tissus musculaires, notamment à la base interne des doigts, mais, soit que leur apparition n'ait pas été suffisamment constante ou régulière, soit que le contrôle en ait été trop difficile, je n'ai jamais osé en tirer des conclusions et encore moins des affirmations. C'est pourquoi
je m'en tiens aux indications générales que je viejis de résu-
mer...
Par une coïncidence étrange, les zones des manifestations motrices dans la main de M. de Fleurière correspondent aux territoires chiromantiques de même signification î
C'est dans l'éminence thénar, contournée par la fameuse ligne de vie, que la doctrine cliiromantique situe les symboles des états de la vie organique. C'est sur une ligne allant de la racine du doigt médius au poignet (ligne dite saturnienne) que s'inscriraient les vicissitudes de la vie matérielle. C'est sur une autre ligne allant de la base du, doigt annulaire vers le poignet que seraient aussi gravé en hiéroglyphes le côté brillant, honorifique de la vie. Entre l'éminence hypothénar et la naissance du petit doigt se liraient tout ce qui touche l'appHcation de l'affectivité, unions, descendance, etc..
Et cette coïncidence augmente d'étrangeté si l'on considère qu'elle n'est pas exphcable par l'auto-suggestion, M. de Fleurière ayant empiriquement acquis la signification des manifestations motrices sans rien savoir de la chiromancie, dont il ignore encore aujourd'hui la doctrine !
Une telle correspondance topographique entre la réponse réflexe d'un cerveau lucide et l'antique chiromancie, n'est-elle pas de nature à provoquer, sans cependant le justifier, le raisonnement suivant :
" Puisque la pensée intuitive, hôte momentané du cerveau d'un sujet lucide, est capable d'entraîner par sa représentation mentale, des modifications passagères et visibles en des endroits déterminés de la main, pourquoi la pensée supra-rationnelle, dont l'influence en chaque homme est permanente subconsciemment, ne produirait-elle pas des modifications durables et de signification également synthétique ? »
Par une lente comparaison entre les formes des mains et les signes dont elles sont burinées, d'une part, et les existences individuelles d'autre part, les anciens avaient peutêtre résolu Ténigme des correspondances psychologiques de la main, notre organe le plus iutelloctuel, véritable prolongement du cerveau ?
Sur le fond solide de l'observation, la fantaisie des diseurs de bonne aventure a construit tout un édifice de prétentions illégitimes et de grossières erreurs, voulant faire de la main la carte symbolique où se pourraient lire toutes les multiples péripéties d'une vie.
Mais, quel que soit l'intérêt inhérent à ces considérations, on n'est pas en droit de légitimer physiologiquement la valeur anthropologique de la chirologie, par l'observation des seules réactions motrices de M. de Fleurière, malgré que le parallélisme soit remarquable.
Si les préjugés et croyances scientifiques étaient moins irréductibles, les physiologistes trouveraient certainement, dans cette direction, à employer très utilement les ressources de leurs intelligences avides d'arracher ses secrets à la nature !
On édifierait une galerie de portraits d'intuitifs où des types de tous genres seraient représentés, si l'on voulait examiner successivement un certain nombre de sujets d'incontestable lucidité. Autant on en étudierait, autant on verrait, diversement mêlés, les éléments psychiques que j'ai artificiellement dissociés par nécessité d'étude.
Je dois et je veux me borner à l'esquisse rapide des quelques mentalités d'intuitifs que je viens de faire. L'étape à parcourir pour arriver au but que je me suis fixé est beaucoup trop longue, pour qu'il me soit permis de m'attarder où je désirerais.