SCÈNE XI
LUCIE. ADRIEN, STÉPHENS, puis DANIEL.
ADRIEN, tenant et nouant le portefeuille.
Soyez tranquille, Lucie, j'étais là, moi, j'entendais. (Allant à Stépiiens.i Monsieur, vous n'abusez pas seulement de l'hospitalité .pour effrayer une personite que la faiblesse et le malheur devraient vous rendre sacréi', vous oubliez ce qu'elle esl pour moi ; c'est donc une offense envers moi-méine, et quelque service que vous m’ayez voulu rendre , quelque sympathie que vous m'ayez témioignée. je vous déclare que vous me forcez...
STÉPHENS.
IV'achevez pas, ne me dites pas de sortir de chez votis, nous serions obligés de nous battre, et c'est plus honorablemen I que nous devons nous séparer. Sachez que je ne vous ai fait
SCÈNK XI.
aucun ouUa^, puisque vous n’avez aucun droit sur cette jeune personne, aucun devoir envers elle. (Daniel esi entré et reste au fond .)
Vous vous trompez, Stéphens! Elle est la fille de aïoii pore, elle est ma sœur, piiistiue je l’accepte pour telle!
LUCIE, su jetant à son cou.
Üh! merci, mefci, mon Dieu!
STÉIMIEKS.
Eh bien, vous vous trompez tous les deux. Charlotte m’a tout avoué. Lucie n'esl pas sa fille, Lucie ii'est pas la fille de votre père.
DAX 1 EL, qui est entré et qui écoute.
Eh bien, et de qui donc, s’il vous plaît, est-elle fille?
.«TÉ P II K N s.
.le n'en sais rien.
danIel.
Charlotte a eu pourtant une fille, i^a, j'en suis sùr!
STÉPHE.NS.
Oui, mais l'enfant, au berceau» mourut pendant une absence de M. Desvignes.
LUCIE
*'iU
On l'aurait su !
DANIEL
Cela fui tenu secret.
ADRIEN, cnikirrasac.
Pour conserver les bonnes grâces et les dons de mon père?
DANIEL
Daine ! c'est possible.
ADRIEN, avec auloi'itc.
Daniel, vous savez tout! Au nom de votre amitié pour moL je vous somme de dire la vérité.
DANIEL
Eh bien!... voilà ce que je crois,... ce qui m’a été dit ; Un pauvre diable avait une ülle du même âge... tout auprès de la maison... on fit un échange... à l'insu du père! Et, comme il pleurait son petit enfant,... sa femme, qui était dans le secret, lui dit : » Tais-loi donc, imbécile! notre fille est chez M. Desvignes, elle sera riche, heureuse, nous la verrons tous les jours, je serai tout de même sa nourrice... » Et voilà comme les choses se sont passées.
ADRIEN
Et cet homme a laissé tromper mon père pendant si longtemps?
SCKISF, XI. fil
Dame!... il avait perdu sa femme, il était pauvre, il ne pensait pas que ça vous ferait tant de tort que ça... et puis il est mort, et le tort qu'il vous a fait n’est pas grand, puisqu'il paraît... qu'on ne vous a rien volé.
STÉPHENS
lîien volé!
DANIEL, ù .Adrien.
Dame! ce que vous tenez là... c'est peut-é Ire...
LUCIE
Le portefeuille! je le reconnais!
ADRIEN
.le viens de le retrouver sur ma table, cela tient du prodige, je n’ai vu personne. Et vous, Daniel,... vous saviez donc?...
DANIEL
Non, je n'ai vu personne non plus. J'ai seulement entendu des pas. (A I,nrie.) L’homme aux gros souliers!... (I<-i Lucie passe ilcvani Adrien, qui lui dit qucl<iucs mots A voix liasse t*n lui montrant le portefenille qu'il tient à la main et qu’il met sur la table.)
.STÉPHENS, regardant Daniel et passant devant lui*.
Ah!... iBas.) Je me tairai, Daniel! (Daniel tressaille. — Haut.) Eh