SCÈNE Pi\EMIÈRE
DIDIER, MARTIN**. (Didier, assis U tète entre ses mains semble réfléchir. Mlartin, au fond, donne ses ordres aux domestiques.)
HARTIR.
C'est cela... des fleurs partout... des lumières à profusiou... des tables de jeu dans le ^tit boudoir... (En descendant.) ça sera
• Didier, Martin.
** Martin, Didier, ...
superbe! Alice sera éblouissante!... (a Didier.) As-tu vu sa toilette!... hein, quel goût!... quelle fraîcheur!... j’ai été quatre fois chez la couturière depuis ce malin!... Une robe rose avec des poufs garnis de dentelles, avec des garnitures à la vieille en malines. La coiffure sort de chez Batton!... tous les Jeunes gens vont en perdre la tête!... (il s’arrête, regarde Didier avec coramisératioa et hausse les épaules.) Tiens, vcux-tu que Jc te dise, Didier, tu es stupide !
DIDIER, sortant de sa rêverie.
Ah!... tu trouves... c'est bien pos.sible !
MARTIN
C’est certain ! comment! depuis six mois tout nous réussit : les choses, les événements, semblent se donner la main pour nous ramener sur le chemin de la fortune. Nous n’avions pas un .sou, et aujourd’hui nous voilà en train d’être riches... Déjà tu as changé ta maison du Coudray pour une maison à Paris,.. Ion âne est devenu cheval... Nos amis qui nous faisaient la grimace nous prodiguent leurs plus doux sourires... Alice, qui était tantsoit peu délaissée, a une nouvelle cour d’adorateurs!... et tu es triste!., tu es soucieux! En vérité. Je n’y comprends rien! mais, morbleu! Je te répéterai si souvent que tu es l’homme le plus heureux de la terre, qu’il faudra bien que tu sois gai !
DIDIER
Heureux!... heureux!... eh bien ! non, Martin, je ne suis pas heureux !
MARTIN
Tu es fou !
DIDIER
Tu me parles du temps où j’étais ruiné, sans amis... eh bien ! ce temps, j’en suis venu à le regretter, Martin ! à envier mon stîjourau Coudray... dans cette petite maison perdue au milieu des bois... Ah! cest que là, Martin, ma femme me souriait, m’encourageait... C’est que là, Martin, ma femme!... ma femme m’aimait!
MARTIN
Et elle ne t’aime plus?... et elle ne te sourit plus? Tiens, ne me parle pas de cela, tu me rendrais furieux!... Je te dis, moi, que nul n’est plus aimé que toi!
M’expliqueras-tn, alors, la tristesse, la pâleur de Lucie?... m’expliqueras-tu ces larmes qui parfois tout à coup s’échappent de ses yeux? et quand je veux l’interroger, quand Je la supplie de me dire la cause de sa douleur, m’expliqueras-tu pourquoi elle me repousse?... pourquoi enfin elle me fuit?... Qu’ai-je fait?... rien... et quand elle me voit souffrir, pourquoi ces élans de tendresse réprimés aussitôt? Tiens, Martin, je ne veux plus!... Je ne peux plus vivre comme ca; et J’y suis bien décidé,. J’aurai avec Lucie une explication définitive... J’ai remonté ce matin le