ACTE II, SCÈSl II
MARTIN
Oui... un poulet !
CHAMPAGNE
Ça dépend du bon marché, Monsieur ! il y a poulet et poulet î
MARTIN
Imbécile... je ne te parle pas de volailles. Le mot jioulet signifie... une lettre.
CIUMPAGNR.
Une lettre ?
MARTIN
Oui, remise par un adorateur!...
CHA.MPAGNE. ^
Ah!... bien... bien... un godelureau!
AIARTIN, riant.
Juste!... un godelureau ! (a part.) 11 a de l'esprit, cet imbécile.
CHAMPAGNE
Comme qui dirait M. de Sarzarme!
MARTLN.
De Sarzanne!... de Sarzanne. (pouffant de rire.) Gomment jusqu'à lui, le roué... il s'est laissé prendre... Âh! Alice, c'est votre plus beau ûeuron!... Apres ça elle est si Jolie!... n'est-ce pas qu'elle est jolie ta marraine?
CHAMPAGNE
Ah ! oui, Monsieur. (Martin lui donne une pièce de monnaie.) MoPCi , monsieur.
MARTIN, très-joycui.
Tu dis donc que M. de Sarzanne te donne de l’argent pour rcmcUrc en secret des lettres à ma femme !
CHAMPAGNE
Dam! Monsieur, ça a l’air de vous faire tant de plaisir, que je ne vois pas pounjuoi je vous le cacherais !
MARTIN
Et y a-t-il longtemps que ça dure ?
CHAMPAGNE, riant.
Oui, Monsieur, il y a quelque temps.
MARTIN
Bravo !...
CHAMPAGNE
J’ai dix francs par... poulet.
MARTIN
C’est peu !... mais tu te retires sur la quantité.
CHAMPAGNE
Non, Monsieur!... vous devriez bien prier ma marra ine de lui répondre. • »
Hein !
CHAMPAGNE
r.ar M. (le Sarzaimc ni’cn a promis le double pour chaque l’épouse.
MARTIN
Petit misérable !... ma femme reçoit des lettres mais n’en écrit pas !
CHAMPAGNE
Dam ! Monsieur, ça lui coûterait si peu et on a tant de mal à gagner sa pauvre existence. (Fausse sortie.)
MARTIN
Eh bien ! écoute, vingt francs de moi si tu veux me remettre la première que tu recevras.
CHAMPAGNE
Et Monsieur ne dirait rien !
MARTIN
Absolument rien... ma femme ne le saura pas.
CHAMPAGNE, se rapprochant.
C’est convenu , Monsieur... mais Monsieur ne vendra pas la mèche ! Monsieur est trop bon pour me faire perdre mes petits profits...
MARTIN
Oui, va... va... et sois sans crainte.
CHAMPAGNE
Monsieur peut être sûr. (a part, en sortant.) Dix francs de M. de Sarzanne, pour remettre son poulet... dix francs de ma marraine pour le recevoir , vingt francs de Monsieur... ça fait quarante francs. (Revenant vers M. Martin.) Ah! Monsieur, vous devriez bien faire votre possible pour que madame Didier imite ma marraine... nous tâcherions de nous entendre avec le mari... (a sort
vivement.)
MARTIN, riant.
Décidément, cet imbécile a beaucoup d'imagination ! (ii remonte et s’arrête au fond.) Ah!... voici Alice!... éblüuissaiitc... adorable... elle traverse le petit salon déjà rempli de jeunes gens. On l’entoure... on lui fait des compliments... comme tous ces godelureaux la regardent avec envie, avec admiration! Oh! Alice... comme je t’aime... comme je t’aime... elle vient de ce côté... chacun s’écarte pour lui faire passage, on s'incline avec respect... on la suit... on la dévore des yeux!... (Redescendant u scène, les mains dans ses poches.)
J'ai (lu bon tabac dans ma tabatière . . ^
J’ai du bon tabac, tu n’en auras pas. ;
* Martin, Champag;ne.