SCÈNE VI
LUaE, DIDIER.
DIDIER , au fond.'— 11 redescend vivement vers elle, lui fite les mains de de- ' vant le visage.
Lucie! il faut me dire la vérité*.
LUCIE, reculant.
La vérité!...
DIDIER
Oui... votre elat n’est pas naturel... I/Ucie, vous avez au fond du cœur un grand désespoir que vous essayez en vain de me cacher !... Lucie... je veux tout savoir...
LUCIE
^ Mais je ne sais pas ce que vous voulez dire... vous voyez bien que me voilà prèle à recevoir vos invités...
DIDIER
Oh! pas de détours... la vérité... je veux la vérité!... Tu ne réponds pas? tu détournes la tète? Lucie, voyons... tu veux donc me rendre le plus malheureux des hommes?... Voyons, est-ce moi qui suis cause de la peine? Depuis que nous sommes mariés, n’ai-je pas été bon, aimant?... ne t’ai-je pas entouré de soins... de respects., . d'affection?... Tiens!... lorsque le bon
34 Lucii<: muiSH,
Dion nous a envoyé notre petite fille, il m’a lalln partager ma tendresse entre elle cl toi, n’es(-ce pas? Eh hien!... pourtant... je ne sais comment cela se fait, mais, depuis ce jour, ne l’ai-jc pas aimée deux fois pins qu’anparavant?
IXCIE.
Oui... oui... oh! c’est vrai, Paul, vous ète.s le meilleur des hommes... et vous ne saurez jamais à quel point je vous aime!...
DIblER.
Eli bien ! an nom de cette amitié, je t’implore.,, tiens... à genoux... me voilà à genoux pour te redemander... le bonheur (inc tu m’as fait si grand pemlant les premüTcs années de notre mariage... et que tu me retires tout à coup sans que j’aie rien fait pour être ainsi puni!... Lucie, je t’en conjure...
LUCIE
Vous... vous, Paul! à genoux devant moi!
DIDIER
Aie pitié de moi... au nom de notre enfant... de Pauline.
LUCIE
Ma fille... ah! ne me parlez pas de ma fille.
DIDIER
Si... si... c’est en son nom que je t’invoque!...
Ainsi tu veux que je te dise tout?...
DIDIER
Oui, tout!... Parle, ma Lucie, confie-moi tes inquiétudes... et si quelciu’un est cause (le l’état où je te vois, oh ! malheur à lui !... je le tuerai!...
LUCIE, tressaillant.
I.e tuer!... mais il n’y a personne à frapper, Paul ; c’est moi qui me laisse aller comme une insensée... à un malaise nerveux auquel vous semblcz prêter un caractère effrayant!... Tenez! vous finirez par me rendre véritablement malade!... je suis là bien tranquille... je m’habille pour assisU^r à votre fête, et vous venez troubler ma joie... mon plaisir... Je ne sais ce (|ue vous avez tous à m’obséder... chacun ici... semble m’examiner... contréiler mes moindres actions... et en vérité... si je suis si terriblement agacée... souffrante... c’est votre faute à tous! cette maison me semble peuplée d’inquisiteurs!
DIDIER, froid et impassible.
Vous avez raison, Lucie... pardonnez à mon amitié trop vigilante... je ne vous interrogerai plus!