DIDIER , MARTIN
MARTIN, au fond.
Eh bien ! tu ne viens donc pas, Didier? c’est pourtant bien curieux, va! Alice est littéralement assiégée!
PIDIER.
Ah! il s’agit bien de bal, de fête! maudite soit ta fureur de faire parader ta femme!... je ne serais pas obligé de sourire à des indifférents quand j’ai la mort dans l’àmc !
MARTIN
En tout cas ma fureur de faire parader ma femme vaut mieux que ta rage de claquemurer la tienne !
DIDIER
Oui... oui... ça t’avancera joliment ! un de ces jours, Alice, au milieu de tous ces échantillons... trouvera un homme qui lui plaira... et ce sera la faute... entends-tu... oui, la faute... tu n’auras rien a dire.
MARTIN
Eh bien!... j’aime mieux ça... que de rendre Alice malheureuse, que de lavoir soutfrir... prendre sa maison en horreur!
. et ceux qui l’entourent avec !
DIDIER, furieux.
Martin... tu mens!
Je mens!... ah! Didier, vous venez de me faire de la peine!
DIDIER
Allons! toi aussi... te voilà contre moi... voyons... ta main, et pardonne moi!...
MARTIN
Oui... je te pardonne!... car il faut que tu sois bien malheureux pour insulter jusqu’à ton vieil ami !... mais quand je devrais augmenter encore ton chagrin, je te le répéterai sans cesse, c’est toi... toi seul qui causes les ennuis de ta femme.
DIDIER
Non, te dis-ie!... car tout à l’heure, là, à celte place, elle allait tout me dire... et elle s’est tue!... comme effrayée de ce qu’elle avait à m’apprendre!... mais je le saurai... oh! je le saurai !...
* MarUn, Didier.
MARTIN
El à quoi cela ravanccra-t-il?
DIDIER
A tuer celui qui est venu jeter le malheur dans ma maison.
MARTIN J riant
Tuer! tuer quelqu’un!... allons donc, j’admets, et cela n’est pas, mais j’admets que la femme ait un amoureux!... est-ce qu’on tue aujourd’hui?... est-ce que je tue les amoureux de ma l'einme, moi! allons donc!... je leur souris, je leur tends la main, je les appelle mes petits amis... je les invite à dîner, je les engraisse !... et quand nous sommes en tèle-ii-tèlc avec Alice... nous en rions à gorge déployée... c’est mon passe-temps, ma joi(', mon bonheur !... Pour les vaincre, pour l’emporter sur eux, je redouble de soins, de tendresse, en un mot... pour déjouer leurs (inesses, je deviens machiavélique, j’envoie des espions... je soudoie mes domestiques... j’intercepte leurs lettres ! et tiens! la preuve, la voici... n;garde! (tiurc de sa poche une lettre.)
DIDIER
Eh bien ! qu’est-ce que c’est que cela?
MARTIN
C’est une lettre... adressée...
DIDIER
Adressée?...
MARTIN
A ma femme par le plus passionné de ses adorateurs!... Je te le donne on cent mille... cette lettre est de M. de Sarzanne!...
DIDIER
Sarzanne !
MARTIN, riant.
Justement!... lui aussi! le mauvais sujet.... il s’est laissé pincer...
DIDIER
Comment cette lettre est-elle entre tes mains?
Par Champagne, mon laquais... que j’ai corrompu à prix d’or !..
DIDIER
Martin, ne lis pas cette lettre!
MARTIN
Ne pas la lire! allons donc!
DIDIER
Martin, je t’en prie...
MARTIN
Mais sais-tn que c’est fort désobligeant pour madame Martin, ce que lu dis-là?... Ah! Didier!
DIDIER
Au diable, tu prends tout de travers!
* Didier, Martin. ,