‹ Lucie Didier piece en trois actesChapitre 40 sur 48 · DIL'IER · texte numérisé non relu

DIL'IER

Approchez, Lucie, et remerciez monsieur de Sarzanne qu venait s’informer de votre santé...

SARZANNE, à part.

Oh!

DIDIER

Croiriez-vous, ma pauvre Lucie, que monsieur de Sarzanne m'offrait dans l’instant de se battre avec moi?...

LUCIE, avec effroi.

Se battre avec VOUS. . lui!...

DIDIER , souriant. ,

Mon Dieu, oui!... Et savez-vous sous quel prétexte?... Sous prétexte qu’il est votre amant!...

LUCIE, ebancelant.

Dieu!...

DIDIER , souriant.

C’est bouffon, n’est-ce pas?... Comme si le sang pouvait laver la boue!...

SARZANNE.

Didier!...

DIDIER

Quoi donc ?

SARZANNE.

Cette raillerie est révoltante ! J’admets que vous vous prétendiez au-dessus des nréjugés sociaux... Soit!... permis à vous... mais non pas de mMnsulter ainsi... Croyez-moi donc, vengezvous comme on.se venge, conduisez-vous comme tout autre se conduirait à votre place...

DIDIER

Mais, mon Dieu!... chacun a sa manière de voir: il y a des maris qui, découvrant que leur femme est une infâme et leur ami un misérable, se battent pour leur femme contre leur ami... Moi, je ne me bats pas pour une infâme!... je ne me bats pas contre un misérable!...

SARZANNE, forieux.

Monsieur!... vous m’en rendrez raison 1

Je vous ai déjà dit que non.

* Lucie, Didier, Sarxaone.

L66IE DIDIEB.

âO

SAltZAiShB.

Alors vous ôtes un lâche !

DiniER.

Votre père savait bien le contraire! “

SABitANNE.

Oh! . ' .

DIDIER, «’animanU

-Ne comprenez-vous dont pas que, quelle que fût l’issue de ce duel, riioiineiir de cette femme resterait sur le terrain? Or, elle porte mon nom, et tant qu’il dépendra de moi, mon nom restera intact. (Bepreuant le ton railleur.) El puis, d’ailleurS, jc VOUS trouve siligulier... on dirait, ma parole, que c’est vous qui me cherchez querelle!... Vous confondez, morf cher, c’est moi qui ai à me venger. Eh bien ! chacun se venge à sa manière. Ma vengeance consiste en ceci : Sarzanne, il faut que vous aimiez bien cette femme pour lui avoir sacrifie votre amij — Lucie, il faut C|ue voüs aimiez bien cet homme pour lui avoir sacrifié votre époux, votre fille.. Eh bien! aimez-vous; aimez-vous béaucoup, jusqu’à ce que l’enivrement de la passion, une fois dissipé, vous vous méprisiez cordialement, vous jugeant enfin à votre valeur; jusqu’à ce que vous, Sarzanne, vous reprochiez à cette femme votre avenir brisé; — jusqu’à ce que vous, Lucie, vous reprochiez à cet homme votre honneur perdu; jusqu’à ce qu'enfln, vos amours, mortes de dégoût, vous apparaissent dans toute leur hideur!... Alors... oh! alors, croyez-moi! je rirai bien. Car je serai mieux vengé que par l’épée Oti le pistolet! Voilà mon jeu... je mets cartes sur table... vous voyez qiié je ne vous prends pas en traître...

SARZASNE.

Oh ! c’en est trop !... (a Didier.) Et si l’un de nous deux seulement était coupable? si votre fctnme n’avait succombé qu’à la violence?...

DIDIER, raillant.

Ahi s'il y avait encore des Lucrèces... oui, Lucie, alors jc vous vengerais! oui, Sarzanne , alors jc vous tuerais !... Mais Lucrèce s^est tuée... et ma femme est vivante.

SARZANNE.

Pourtant, Didier, sachez-le : telle est la vérité... moi seul en effet, je suis coupable, et votre femme a été la victime d’un piège odieux, dont j’ai horreur!... mais qui me vengeait de sept années de mépris et de dédain.

DIDIER, d'un ton menaçant.

Parlez- vous sincèrement?

LUCIE, bondissant.

Non, Monsieur !... Vous ne Voyez donc nas que monsieur de Sarzanne vous fait ce mensonge par générosité... pour m'absoudre!...

SARZANNE,

Non!... je parle ainsi, paree que j’al hortto de rtfon crime!

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