‹ Lucie Didier piece en trois actesChapitre 42 sur 48 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

DIDIER

Comme vous êtes dure, Lucie, avec M. de Sarzanne !... Prend garde, il pourrait ne pas revenir...

LUCIE, avec désespoir,

Oli! tiens, tue-moi, Didier, tue-moi, je t’eu prie; mais ne me traite pas avec ce mépris qui me rend folle,

DIDIER

Vous tuer!..'. Pour tuer, il faut aimer.

LUCIE

Et tu ne m’aimes plus !

DIDIER, avec mépris. ,

Moi?

LUCIE

Non!... non !... pardon... oubliez ce que je viens de vous dire..* vous agissez comme vous le voulez... vous en avez le droit... Je

* Didier, Lucie, Sai z.inne.

** Didier, Lucie.

vous suis odieuf?e, eh hion! laissez-moi m'en aller... laisscz-moi délivrer votre maison de celle qui Ta souillée!... laissez-moi, je vous en prie, me retirer chez ma mère ?...

DIDIF.R.

Malheureusement c'est impossible!... Nous appartenons au monde ; et que répondrais-je à ceux qui me demanderaient la cause de ce départ? On finirait par deviner la vérité, et votre réputation n’est pas à vous, elle est le bien de votre fille. Vous avez pu me voler mon honneur... je vous forcerai à respecter celui de mon enfant... vous resterez ici.

LUCIE

Ah ! vous avez raison, Monsieur!... vous venez de prononcer un mot qui me réveille !... qui m’éclaire. Oui, oui... c’est juste... quelques châtiments que me réserve votre colère, je serai forte pour les supporter, je vous le jure; et mes souffrances de chaque jour, je les oublierai toutes en embrassant ma fille le soir...

DIDIER, tranquillement.

Votre fille?... vous ne la verrez plus...

LUCIE

Que dites-vous là, Didier? ce n’est pas possible!... vous voulez m’effrayer!... (Elle court à la porte de gauche.) Pauline! Pauline!., viens, mon enfant...

DIDIER

N’appelez pas ; Pauline n’est plus ici.

LUCIE

Plus ici? mais où donc? où l’avez-vous conduite?

DIDIER

Dans une maison où les bons exemples lui seront prodigués, et où veillera sur elle la tendresse de son père.

Ne plus voir ma fille !... mais si je ne me suis pas tuée, Didier, c’est qu’il m’a semblé qu’une mère n’avait pas le droit d’attenter à ses jours, c’est ipie ma fille c’est ma vie !... Tu me la rendras, Didier, tu vas me la rendre !

DIDIER

Jamais!

LUCIE*

Oh ! cela, c’est trop, c'est le coup de grâce... vous m’écrasez à terre... Je t’aime, tu le sais bien, je n’ai jamais aimé que toi.

Elle tombe i les genoux.)

DIDIER

Épargnez-moi ces comédies...

LUCIE

Écoute, je ne puis te dire ce mystère infâme... mais je suis forte, va. D’abord, je vais mourir,' et, si je ne mérite plus ton estime, je mérite ta pitié. Tu détournes de moi tes yeux irrités...

ACTK III, SCÈNE X. St

lu ne me crois pas... oh ! c’est horrible!.. Et dire que d’un mot je pourrais changer cette haine en remords !

DIDIER

D’un mot?

D’un seul !

DIDIER, la prenant dans ses bras.

Eh bien ! dis-le donc, ce mot, car tu vois bien que je t’aime encore... c’est honteux!... Je t’aime toujours!... Parle... je te croirai... Tu te tais... Veiix-tu parler?... mais parle donc!

LUCIE

Non... non... c’est impossible... (.\ part.) Moi, morte, s’il se fait tuer, que deviendra Pauline?

DIDIER

Vous me trompiez encore, et je m’y laissais prendre!.. Allons, eu voilà assez...

Page 1