SCÈNE VIII
DIDIER
Comme vous êtes dure, Lucie, avec M. de Sarzanne !... Prend garde, il pourrait ne pas revenir...
LUCIE, avec désespoir,
Oli! tiens, tue-moi, Didier, tue-moi, je t’eu prie; mais ne me traite pas avec ce mépris qui me rend folle,
DIDIER
Vous tuer!..'. Pour tuer, il faut aimer.
LUCIE
Et tu ne m’aimes plus !
DIDIER, avec mépris. ,
Moi?
LUCIE
Non!... non !... pardon... oubliez ce que je viens de vous dire..* vous agissez comme vous le voulez... vous en avez le droit... Je
* Didier, Lucie, Sai z.inne.
** Didier, Lucie.
vous suis odieuf?e, eh hion! laissez-moi m'en aller... laisscz-moi délivrer votre maison de celle qui Ta souillée!... laissez-moi, je vous en prie, me retirer chez ma mère ?...
DIDIF.R.
Malheureusement c'est impossible!... Nous appartenons au monde ; et que répondrais-je à ceux qui me demanderaient la cause de ce départ? On finirait par deviner la vérité, et votre réputation n’est pas à vous, elle est le bien de votre fille. Vous avez pu me voler mon honneur... je vous forcerai à respecter celui de mon enfant... vous resterez ici.
LUCIE
Ah ! vous avez raison, Monsieur!... vous venez de prononcer un mot qui me réveille !... qui m’éclaire. Oui, oui... c’est juste... quelques châtiments que me réserve votre colère, je serai forte pour les supporter, je vous le jure; et mes souffrances de chaque jour, je les oublierai toutes en embrassant ma fille le soir...
DIDIER, tranquillement.
Votre fille?... vous ne la verrez plus...
LUCIE
Que dites-vous là, Didier? ce n’est pas possible!... vous voulez m’effrayer!... (Elle court à la porte de gauche.) Pauline! Pauline!., viens, mon enfant...
DIDIER
N’appelez pas ; Pauline n’est plus ici.
LUCIE
Plus ici? mais où donc? où l’avez-vous conduite?
DIDIER
Dans une maison où les bons exemples lui seront prodigués, et où veillera sur elle la tendresse de son père.
Ne plus voir ma fille !... mais si je ne me suis pas tuée, Didier, c’est qu’il m’a semblé qu’une mère n’avait pas le droit d’attenter à ses jours, c’est ipie ma fille c’est ma vie !... Tu me la rendras, Didier, tu vas me la rendre !
DIDIER
Jamais!
LUCIE*
Oh ! cela, c’est trop, c'est le coup de grâce... vous m’écrasez à terre... Je t’aime, tu le sais bien, je n’ai jamais aimé que toi.
Elle tombe i les genoux.)
DIDIER
Épargnez-moi ces comédies...
LUCIE
Écoute, je ne puis te dire ce mystère infâme... mais je suis forte, va. D’abord, je vais mourir,' et, si je ne mérite plus ton estime, je mérite ta pitié. Tu détournes de moi tes yeux irrités...
ACTK III, SCÈNE X. St
lu ne me crois pas... oh ! c’est horrible!.. Et dire que d’un mot je pourrais changer cette haine en remords !
DIDIER
D’un mot?
D’un seul !
DIDIER, la prenant dans ses bras.
Eh bien ! dis-le donc, ce mot, car tu vois bien que je t’aime encore... c’est honteux!... Je t’aime toujours!... Parle... je te croirai... Tu te tais... Veiix-tu parler?... mais parle donc!
LUCIE
Non... non... c’est impossible... (.\ part.) Moi, morte, s’il se fait tuer, que deviendra Pauline?
DIDIER
Vous me trompiez encore, et je m’y laissais prendre!.. Allons, eu voilà assez...