‹ Lucie Didier piece en trois actesChapitre 7 sur 48 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Les mêmes, moins CHAMPAGNE.

DIDIER, à part **.

Avoir oublié la fête de ma femme, c’est impardonnable!... c’est la première fois... depuis six ans.

LL'CIE, qui, aidée d'Alice, s’est parée des cadeaux.

Mais c’est magnifique!... Regarde donc, Didier, ces coraux, ce cachemire...

* Alice, Lucie, Didier, Champagne, Martin.

** Alice, Lucie, Martin, Didier. . ^

MARTIN *

1! arrive on droiU: ligne de sa ville natale... Oh ! j’ai bien autre rliDse ( Heure ÎJ’ai des iiliimcs admirables, des oiseaux empaillés, un tigre!... je ramène un tigre... empaillé aussi... enfin, une collection complète de produits du pays... rien n’y manque.

DIDIER, voyant Champagne et la servante apporter la table.

Déjeunons d’abord... ensuite lu nous raconteras les voyages.

MARTIN

Volontiers.

CHAMPAGNE, bas k Martin

•Monsieur, je crois que je ne serai pas trop mal ici... Le vin est potable, la maison paraît assez confortable, (a part.) Et la petite bonne aussi.

ALICE

Champagne !

CHAMPAGNE

Plaît-il, marraine ?

ALICR.

Portez tout cela dans la chambre de Madame.

CHAMPAGNE

Oui, marraine, (il prend les paquets et suit U bonne qui Inl montre le chemin.)

LUCIE, à Alice.

Ton domestique est ton filleul?

ALICE

Oui, un pauvre enfant que j’ai retrouvé là-bas, orphelin et dans la misère.

MARTIN

C’est égal... il né devrait pas t’appeler comme ça marraine à chaque instant... ca ne fait pas bien.

Allons, allons!... déjeunons, (ns se mettent i table ***.)

é MARTIN.

Ma foi, volontiers... je crois décidément que Champagae avait raison... je meurs de faim... Mes enfants, vous saurez d’abord que... mais après ça... Voyons, est-ce que tu tiens beaucoup à ce que je te raconte ma traversée?

DIDIER, riant.

Ma foi, non...

MARTIN

Eh bien! tant mieux! car je t’avouerai qu’elle a été d’une monotonie affreuse. Je suis resté pendant trois mois couché sur le ventre, dans ma cabine, en proie à ce qu’on appelle vulgai-

* Alice, Martin, Lucie, Didier.

** Alice, Lucie, Didier, Champagne, Martin.

*’*■ Martin, Lucie, fai^t face au public; Didier, Alice, tournant le dps au public.

ACTl I, SCÈNB r. H

rement le mal de mer... Tu rompronds.,. ça m’a gène pour jouir des points de vue... Je saute la traversée. Arrives à dernagor... (a Lucie.) Mais, dites^moi, est-ce que vous désirez que je vous fasse une description de Cliandernagpr ?

UJCIE.

Ce n’est pas la peine.

Ah!... ça m’oblige... car je vous avouerai qu’à peine avais-je mis le pied dans la ville, crac! je fus serré par la fièvre, Je suis resté pendant quatre mois couché sur le dos. Ça m’a encore gêné pour me faire une idée exacte des monuments... ils sont du reste de la plus grande rareté. On ne m’en a montré qu'un.., le palais du gouverneur... Tu as dû voir ça en le promenant à Saint-Ouen... une cabane à friture... Je saute donc Chandernagor. Une fois sur pieds... Ah ! je vais vous raconter mon séjour.

DIDIER, avec imp«ti«nce.

Oui, oui, voyons!

MARTIN

Une fois sur pieds, je me suis occupé de la grande afTaira... Ah ! mon ami, quel pays pour ceux qui ont soif de faire fortune!... Une balle de coton vaut quarante sous^ et une chemise toute faite trente-huit francs!... Tiens, tu vois bien ce gilct-là?,.. il me coûte quatre-vingts francs: c’est magnifique! Ma femme a dépensé dix-huit cents francs le premier mois de son installation, 11 est vrai qu’elle est allée dix-sept fois au bal.

ALICE

Ah! oui,., parIons>en,.. des bals bien amusaotsl... où une demi-douzaine de négrillons soufflent dans des pipeaux, tapent sur de petits morceaux de bois et frappent sur un vieux chau. drori...

MARTIN

C’est admirable!.,, mais c’est égal, je passe mon séjour,

DIDIER, inquiet. ^

Comment!.,. Eh bien, et les atfaires? en huit mois tu n'as rien trouvé?

MARTIN, riant.

Si... j’ai trouvé qu’en huit mois j’avais mangé le reste des écus arrachés à l’inondation du Fureus... Il n’était que temps de revenir!... je saute la relraveisée, pour les mêmes causes, et arrivé à Brest, je m’écrie ; O Francel... pays de progrès, pay.s aux larges idées],,. J’avais à peine prononcé ces mots patriotiques, lorsqu’il m’en vint une... une idée!.., je tenais ma fortune I

DIDIER

Üu’est-ce donc?

MARTIN

Les balles de coton valent ici trente-huit francs, et les chemises quarante .sous!... comprends-tu?

mniEii.

Pas encore.

MARTIN

Tu ne comprends pas que j’achète ici trois cents chemises (soit six cents francs), qui, expédiées là-bas, me rapportent cinq mille sept cents balles de coton, lestinelles me donnent deux cent seize mille chemises, et toujours comme ça.

inmcR.

Je comprends... je comprends! c’est magnifique !

MARTIN

C’est superbe! Seulement je me demande pourquoi faire j’ai été à Chandernagor ? je n’avais qu’à rester à Brest! Enfin, je ne me plains pas... Passe-moi du poulet.

Qu’as-tu donc, Lucie?

LUCIE, Eouriant.

Moi ? rien !

ALICE

Ne trouves-tu pas l’idée de mon mari trè.s-bonnc?

LUCIE

Si... excellente... Seulement, je crois qu’il faudrait des fonds pour opérer sur une grande éehelle...

MARTIN, à Didier.

De l’argent! sans doute... et j’ai compté sur toi, mon gaillard!... je suis sûr que tu as refait fortune depuis un an...

DIDIER

Ah! mon vieux Martin!... tu as un heureux caractère! dans la prospérité comme dans l’adversité tu es toujours gai, content... Tu es heureux, Martin, tu es bien heureux!...

MARTIN

C’est vrai!... mais grâce à qui? grâce à ma femme!... Quand elle me voit triste, ce qui est rare; mon loulou, me dit-elle... (elle m’appelle son loulou dans l’intimité.) je vous défends d’étre triste! A quoi ça sert-il, la tristesse?... nous sommes jeunes... (elle parle pour elle), nous n’avons pas de famille... pas d’enfants... (Lucie cache sa Mte dons ses mains.) Eh bien !... à la grâce de Dieu!...

ALICE, allant vers Lucie.

Ah ! Martin ! vous êtes un égoïste !

MARTIN, ému, embarrassé.

Lucie!... Paul... est-ce que... de nouveaux malheurs seraient arrivés? est-ce que vous seriez... (Lucie se lève et va s'asseoir avec -Alice sur le canapé à gauche; les deux hommes restent assis près de la table '.

DIDIER

Perdus, Martin, perdus!... tu n’as su que la moitié du désa.stre. Les bâtiments de notre usine avaient dépassé les capitaux

* Lucie, Alice, Martin, Didier.

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