ACTE I, SCÈNE V
versés panions. Les comptes faits, trois mois aprcs ton départ, je devais encore trois cent cinquante mille francs.
Martin, bondissant.
Trois cent cinquante raille francs!... tkin Dieu!... et où les as-tu pris?
DIDIER
C'était la dot de notre fille.
MARTIN, repoussant son assiette.
Ah! c’est affreux!... et j’ai pu manger!... j’ai pu plaisanter!... Didier, pardonne-moi de n’avoir pas d’argent!..
DIDIER
Te pardonner !... ne m’avais-tu pas confié tout ce que tu possédais... et quand je t’ai écrit que tout était perdu, m’as-tu fait un reproche?
MARTIN
Et dire que c’est ce mauvais sujet, ce fou, ce damné de Sarzannc qui nous a conseillé d’établir une usine sur le Fureiis. Ah!... si j’avais des reproches à faire, c’est à lui que je les adresserais... c’est lui qui doit avoir des remords !... A propos, qu’est-il devenu?... Je parie que pour se punir il aura, lui aussi, jeté son dernier écu à sa dernière maîtresse, et à l’heure qu’il est..
DIDIER
Il est millionnaire.
MARTIN
Millionnaire !...
DIDIER
A la tète d’une de nos premières maisons.
MARTIN
Comment ça, mon Dieu !
DIDIER
Son grand-oncle est mort en lui laissant une fortune considérable. Tiens! c’est lui qui vient d’ètre chargé par moi de payer les créancière.
MARTIN, se levant ’.
Mais le malheureux ! ces créancicrs-là sont presque les siens!..,
( On enlève la table. )
DIDIER, se levant.
Tu es injuste, Martin... son intention était bonne en nous donnant ce conseil... il s’est trompé. D’ailleurs, ne parlons plus du passé, cela ne réparerait rien... Et puisque te voilà de retour, eh bien! nous chercherons ensemble les moyens de nous refaire, et nous y parviendrons, grâce à notre volonté... grâce à ces deux petites femmes-là, qui nous éclaireront de leurs conseils, nous soutiendront de leur amitié.
* Lucie, Alice, Didier, Martin.
U LUCIE BIUTCR.
MARTI>
Morbleu ! c’est dit! '
DIDIER
J’ai line idée que je te communiquerai * ** .
MARTIN
Bravo! Ah! çà, est-ce que vous habitez définitivement ici?
DIDIER
Non, dans quinze jours nous retournons à Paris.
MARTIN
Eh bien, tant mieux! nous partirons ensemble... D’ici-là, je m’occuperai de nous trouver un appartement, car nous allons reprendre la vie en commun, n'est-ce pas, comme par le passé?
DIDIER
J’y compte bien !
MARTIN
Ah ! çà, tu ne me dis pas comment tu trouves ma femme ?
DIDIER
Mais charmante... comme toujours.
MARTIN
Tu ne trouves pas que le soleil d’Orient l’ait changée?
AUCE«. •
Üiilier, je 'vous on prie, trouvez-raoi embellie, si vous ne vouli z pas m’attirer des désagréments dans mon ménage.
LUCIE
Comment?
ALICE
Ah! c’est que c’est un drôle de corps que monsieur Martin. Figure-toi, ma chère, que plus on me fait la cour, plus il m’aime. Quand pour mon malheur OU ne fait pas attention à moi, il semble que je n’existe plus pour Monsieur.
MARTIN
Ah ! tu exagères !
ALICE
Du tout !
MARTIN
Eh bien, après, quand ce .serait vrai? Voyons, est-ce qu’il n’est pas bien naturel d’aimer à voir briller sa femme? Quand je la vois entourée d’adorateurs, je me dis ; allez, allez, mes enfants... posi'Z... arrondissez les bras, mettez la bouche en cœur, faites fa roue, soupirez, chantez, pleurez ; ça me va, ça m’amuse, je suis coulent... Cette petite femmc-là pour laquelle vous vous donnez tant de mal, c’est à mol, c’est mon bien, que vous m’enviez, c’est mon trésor.,, vous voudriez me le voler... eh bien, tAchez***!.. Et ça me remue, ça m’excite... Aussi, quand je pense que voilà un an que j’habite Chandernagor ! des gens inca-
* Lucie, Alice, Martin, Didier.
** Lucie, Martin, Alice, Didier.
Lucie, Alice, Martin, Didier.