PAR
M. Emile GULMET
Lucien de Samosate écrivait dans la seconde moitié du Ile siècle de notre ère. Il y avait alors un grand mouvement intellectuel ; la jeunesse courait aux écoles, elle alternait les exercices du corps avec les travaux de l'esprit, l'histoire, la littérature et la philosophie. La philosophie représentait, hélas, toute la science de cette époque, on lui attribuait une valeur sérieuse ; elle était en grande vénération, d'autant plus qu'on n'y comprenait rien du tout.
Tout professeur se mettait une étiquette de iecte philosophique. Chacun expliquait le monde le façon différente mais prouvait facilement pie seul, il avait raison. Ces contradictions, :es concurrences donnaient de l'entrain aux
études et on s'y appliquait avec d'autant plus d'ardeur qu'on avait de côté et d'autre la certitude d'être dans le chemin de la vérité.
Depuis longtemps les conceptions indiennes, mères de toutes les sectes, avaient peu à peu pénétré en Grèce arrivant par plusieurs chemins. En premier lieu, ce fut Pythagore qui rapporta de l'Inde le système bl-ahamanique de la métempsychose et fonda au sud de l'Italie un couvent djaïna. Puis Aristote renseigné par Alexandre connut de l'Asie, les animaux et les plantes qu'il décrivit dans son livre sur l'histoire naturelle, s'empara de la doctrine Nyaya surnommée école logique de Gotama; il lui prit ses moyens de déduction, ses exemples, ses croyances et ses conclusions pratiques. Enfin Pyrrhon traversa les mers pour aller s'inspirer avec son compagnon Anaxarque du pessimisme brahamanique et rapporter les idées de l'école Paouranika qui déclare que tout n'est qu'illu-. sion et propose la science du doute.
Mais les grands courants d'abstraction, de quintessence, comme dirait Rabelais, de dialectique transcendantale, d'utopies ingénieuses vinrent par Alexandrie, la ville où l'on a le plus rêvé, contemplé, cru et discuté.