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— c'est un poète , dit à Lueien son compagnon de voyage ; on prétend que dans votre Europe la race des poètes est une race méprisée : vous voyez que chez nous l'auréole de popularité qui l'entoure le défend du mépris et du besoin.
Lucien s'approcha , et s'assit comme les autres en face du jeune homme.
En ce moment, un murmure flatteur remerciait le poète de ses chantsr harmonieux, et l'invitait à recommencer. Il s'inclina , et quelques instans après , l'idiome persan , si douce> ment accentué , résonna ainsi dans sa bouche en cadences mélodieuses :
u J'aime mon esclavage, car mes chaînes sont tressées de roses : 6 ma bien-aimée, ces chaînes ne sont pas encore assez pesantes : enlace-moi de tes bras, afin que je n'échappe point à ta puissance.
» Cependant je souffre dans tes fers; la soif de tes baisers me dévore, et ton absence est la faim cruelle qui use mes forces. Ne me laisse pas mourir , è ma bien-aimée , dans le désespoir et dans les larmes.
» Ou bien si tu veux mettre un terme à mes
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maux ; si tu trouves que tou esclave n'est pas encore assez humble , assez dévoué , viens, et que tes lèvres, appuyées sur les miennes, ravissent à mon corps le dernier souffle de la vie. »
Il chanta encore, mais cette fois sur un mode plus sévère, et dans la langue énergique de l'Arabie.
i( Ta beauté a resplendi aux premières lueurs de l'aube, comme un drapeau éclatant; aussitôt la rose, l'églantine et la fleur du myrte se sont voilées , honteuses de la fraîcheur de tes joues; les rossignols de nos jardins ont célébré sa venue; mais ton amant, victime de tes rigueurs , a exhalé son dernier soupir sans pouvoir briser la chaîne accablante de son amour.
» Ta fuite dédaigneuse , comme un glaive tranchant, a brisé ma vie , mais ton souvenir immortel circule dans mes veines avec mon sang. Ah ! lorsque tu déchires mon âme, lorsque tu détends tous les ressorts de mon être, ne semble-t-il pas qu'en héritant de la beauté de Joseph tu n'aies voulu me laisser pour tout legs que la douleur de Jacob ? »
l'orieiit. 305
Le poète se tirt.
Lucien admira de toute son àme ces chants naïfs et harmonieux ; les autres auditeurs, plus accoutumés à cette poésie, en louèrent Fauteur en termes graves mais convaincus.
Conetantbu)i)>U«
Le lendemain, lorsque la suave et fraîche aurore apporta des parfums dans l'air, et étendit sur la terre sa blanche clarté, nos deux voyageurs aperçurent à leur horizon la capitale de l'Orient. Cette vue , à cette heure, parut à Lucien avoir comme une teinte mélancolique. Car, il faut en convenir, le |)remier aspect de Constantinople a quelque chose de triste , aussi bien que d'imposant. Les dômes argentés des mosquées semblent peser
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sur la ville comme des couvertures de plomb ; et les maisons peintes en rouge tranchent mélancoliquement sur le vert des arbres. Mais des hauteurs de Scutari , où Lucien arriva bientôt, rien ne lui parut magniûque comme le tableau qui se déroulait devant ses yeux. Alors il embrassait d'un seul regard un panorama incommensurable. C'était le château de lédi KouUeler (les sept tours) situé sur la mer de Marmara ; c'était le dAme de Sainte -Sophie, dont Constantin avait fait une église , dont Mahomet II a fait une mosquée. Plus loin, voici le port si noble, si grandiose , que les monts de la Thrace ceignent de leur couronne lointaine. A quelques pas de là , le cimetière des Turcs domine les casernes de Dolma. — Baktchi ; cette nappe d'eau immense et tranquille, c'est le Bosphore qui va se réunir à la mer de Marmara. £t audessus de tout cela, Lucien ne voyait- il pas surgir, comme de grands fantômes, les montagnes gigantesque de l'Asie mineure.
Constantinople , comme toutes les grandes villes d'Orient, est une ville sérieuse et calme. Rarement le silence des rues est troublé, ra-
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rement dans les maisons on entend le mélange de voix et de cris divers, qui fait Tunique harmonie de nos cités occidentales. Le soir seulement , à Theure où la brise est douce , Ofb la mer de Marmara soupire mélodieuse* ment, on voit glisser le long des murs les dames turques , qui se détachent avec leurs grands voiles blancs sur les maisons rouges , comme des statues de marbre sur un fond de granit*
Lucien s*extasiait sur ces beautés si magiquement agglomérées , et cependant il n'avait point encore remarqué la merveille la plus éblouissante entre ces éblouissantes merveilles : il lui restait un témoin sublime à interroger, une grande voix à entendre.
Il est , en Orient , un monument unique , résumé complet de toutes les joies, de toutes les grandeurs, de toutes les puissances. Là, chaque sultan a imprimé la trace de son nom, chaque siècle a déposé une de ses magnificences. Imaginez ce que le luxe a de plus somptueux, l'appareil militaire de plus terrible, Faroour de plus voluptueux. Tout ce que vous aurez entassé dans vos rêves, ce monu-
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ment le cootieDt et l'enferme. Vous avez respiré les parfums les plus purs de l'Arabie, ne les comparez pas aux parfums de ce séjoar enchanté. Vous avez rêvé quelquefois des jardins immenses, des fleurs veloutées et brillantes, des chutes d'eau transparentes et limpides, des bassins sablés d'or, alimentés par des ruisseaux qui murmurent mélodieusement.
Ecoutez! vos rêves sont des réalités. — Cette demeure splendide étalera de toutes parts à vos yeux des merveilles sans nombre. Ici des guerriers à Tceil forouche, le yathagan -à la main. Là, des troupeaux de jardiniers si nombreux, qu'on en a fiadt une milice. Plus loin, des créatures noires, à l'air si hébété qu'on a peine à les reconnaître pour des hommes. Plus loin encore par-delà ces guerriers farouches, par-delà ces jardiniers enrégimentés, par-delà ces créatures noires , un choeur de femmes voluptueuses et belles, comme les houris du prophète.
Les femmes, en effet, ne devaient^elies pas être les dominatrices de cet impérial séjour, les divinités de ce sanctuaire éblouissant?
Et lorsque Lucien apprit toutes ces mer-
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veilles, et qir'il en demanda le nom , on lui répondit : le sérail.
Cependant, le compagnon de routct de Lucien l'arracha à son extase, et le conduiât, par une allée bordée de tombeaux que de noirs cyprès ombrageaient de leur ombre, au but religieux de leur voyage, à la cérémonie des derviches tourneurs.
Ils arrivèrent bientôt à la porte d'une mosquée; ils y pénétrèrent humblement, et furent se placer dans les galeries du pourtour. Déjà les prières étaient commencées, et les derviches s'apprêtaient à terminer leurs mystères. Ici je dois raconter scrupuleusement comment se complète le prodige.
Voici d'abord que les derviches tournent chacun sur eux-mêmes, répétant d'un ton grave et majestueux quelques versets du Coran, et accompagnés d'une musique simple et naïve. Bientôt les premiers symptômes de l'étourdissement se manifestent en eux: les formes terrestres commencent à disparaître, les lignes de la nature sont plus vagues, plus indécises, la silhouette tremblante des objets de ce monde s'efface dans le rayonnement
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rapide des couleurs. Alors, grâce à cette confusion de contours brisés par le tournoiement, Tesprit se dégage des cbatnes pesantes du dessin matériel, les sens idéalisés se retirent peu à peu dans la seule abstraction de Texistence.
Ainsi donc, plus de formes pour encadrer la pensée, plus d'borizonpour borner son essor. Ce n'est point dans un espace limité par les lois mathématiques que l'esprit s'élancera, ayide de jouissance et de vérité ; car désormais la barrière qui séparait l'étendue de l'immensité ne s'élève plus contre lui. L'espace est un : la nature est annulée ; la matière est une : la distinction des corps n'existe plus.
Et pourtant il reste encore les couleurs ; le mouvement de rotation n'est pas encore assez rapide pour que la confusion des lignes s'étende sur les diverses modifications de la lumière* Cependant, à mesure que la vitesse du tournoiement s'accroit, les reflets du so^ leil sur les parois dorées de la mosquée vont rejoindre les rayons qui se jouaient dans l'enceinte. L'éclat des pierreries qui ornent le
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khandjar ou le turban des fidèles, se perd aussi au milieu des étincelles qui jaillissent de toutes parts. Les mille nuances dont se pare la foule des assistans se rapprochent et se marient, le cafetan rouge du soldat, le turban* vert d'un descendant d*Omar, la robe bleue des derviches, tout se réunit pour former la blancheur la plus éblouissante. La couleur a disparu à son tour, il ne reste plus que la lumière pure, simple et vraiment éthérée.
Qui pourrait , en ces instans, raconter les émotions étranges des derviches, leurs bizarres sensations? Comment saisir au passage chaque vibration de leur àme, au contrecoup des chocs violens que subit leur organisation physique? Dans quel ordre d'idées> chercherons^nous une formule aux sentimens ascétiques qui les transportent en ces sublimes extases ?
Car noire vie occidentale , si monotone , si vide de poésie, nous permet à peine d'envisager de loin les mystères de leurs ravissemens ineffables. Et , quand bien même l'expression ne me manquerait pas, quand bien même les mots que peut proncutcer une langue hu-
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maine ne seraient pas en présence de tdles pensées , comme la mesure devant l'infini , le scepticisme des temps modernes nous ridiculiserait nécessairement la perception d'un pareil spectacle.
La musique pourtant, la musique, cette consolation du ciel à notre misérable nature, pourrait compenser, par Tenivrement qu'elle procure à nos sens , ces ardentes jouissances réservées au seul Oriental. Croyez-vous que ce derviche , par exemple , lorsque son corps vient d'atteindre sa plus grande vitesse dans le mouvement de rotation qu'il lui a imprimé, lorsque son àme est parvenue au dernier degré de sa capacité d'émotions , ne découvre pas un monde tout nouveau, un espace nouveau, des idées nouvelles, comme celui qu'entraîne , dans les champs de l'imagination , le génie fougueux de Beethoven, ou le drame brûlant de Mozart.
Suivons le derviche dans la progression de ses idées; et, s'il est possible, ne l'abandonnons pas à son passage de la vie réelle à la plus haute spiritualité. A peine a*t-il commencé son pieux exercice qu'il se trouve placé tout
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d'abord en présence d'une ^ande pensée : en effet , c'est en récitant les premiers versets du Coran qu'il a accompli, ses premières révolutions circulaires : Au nom de Dieu clément ^ miséricordieux ! s'écrie-t-il , et tandis que son e^rit, tendu vers cette idée comme l'œil vers le but , semble mesurer les espaces qu'il lui faut francbir avant de se trouver face à face avec la Divinité, le corps s'avance toujours sur la route de la béatitude , et se débarrasse peu k peu de ses plus grossières perceptions. Mais cet enivrement des sens de la vie n'a pas encore porté à son comble la surexcitation toute mystique du dervicbe tourneur. Une fois en possession de la lumière , il eber* che encore un autre bien qui , pour lui , n'a pas de nom , parce que la vie commune le lui présente moins souvent qu'à nous-mêmes ; je veux parler du son musical. Déjà le frémissement des fibres de son cerveau semble annoncer l'accord d'un orchestre magnifique, les nerfe se tendent à tous les tons , se diapason*!' nent, se raidissent à tous les timbres, et lés effets les plus riches de notre instrumentation, l'harmonie la plus forte de notre science oc-
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cidentale se trouvent devinés , prévus , réalisés par la fièvre d'un fakir ignorant. Jamais la marche si majestueuse des bassesii*a frappé son oreille, jamais les sublimes caprices du violon n'ont étonné ses sens, et pourtant les traits les plus agiles , les réponses les plus bizarres, lerhythme le plus original, rien n'est oublié. 4ci léchant se dessine avec clarté et précision, encadré et soutenu par une harmonie simple. -Plus loin la teinte générale du tableau devient jsombre , et la pensée mélodique semble se traîner dans les larmes, se revêtir de vètemens de deuil. Alors le travail de l'orchestre commence h se faire sentir, la voix terrible du trombonne , le roulement funèbre des timbales , l'éclat de la trompette , se détachent tour à tour sur le fond harmonique, jusqu'à ce qu'un ensemble triomphal relève la pensée aux plus hautes magnificences du ciel.
C'est alors que le derviche tourneur a tellement identifié son corps et son esprit, qu'étourdi par sa violetite rotation et tombé à terre dé lassitude, il se croit réellement dans le sein de la Divinité. C'est alors aussi que l'enthousiasme des assistans fut à son comble; tous
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proclamèrent la gloire des saints hommes, et se précipitèfeht dans l'estrade où les derviches avaient tourné, afin de baiser le pan de leurs robes sanctifiées.
Les tableaux successifs qui s'étaient pressés devant les yeux de Spalma depuis son arrivée en Orient, avaient influencé bien impérieusement son àme ; il s'était senti comme rafraîchi par des eaux salutaires et divines, et lorsqu'il sortît de la mosquée des derviches tourneurs, son imagination reposée, son cœur saintement exalté eussent donné des preuves irréfragables de sa régénération.
La nuit était tombée, et c'était la veille du Courban-'Bairafn ; tout Gonstantinople s'illuminait.
Il est difficile d'imaginer un spectacle plus poétique et plus resplendissant ; non pas que la lumière par elle-même jette un grand éclat : pour ceux qui connaissent les prestiges du gaz, ce n'est pas là ce qui les étonne. Mais la position ménie de Gonstantinople, la variété pittoresque de ses sites, la structure originale de ses maisons, produisent des effets qu'on ne saurait trouver ailleurs. Figurez -vous tous
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ces édifices qui s^ëlèyent les uns au-dessus des autres, et que des montagnes immenses surplombent de tous c6tës de leurs sommets colossaux. Ici les minarets des mosquées qui s'élancent dans les airs comme des fiècbes pieuses ; là les rotondes des kiosques qui dessinent à travers le feuillage leur frêle architecture et leurs gracieuses coupoles. Et à cbacun de ces minarets, à chacun de ces kiosques, h chaque sommité, à chaque angle, à chaque point, des lampes de feu parsemées et suspendues, comme des diam'ans sur une robe de femme.
Tantôt la lumière serpente en festons magiques , et enclôt la ville d'une ceinture resplendissante ; tantôt c'est un globe lumineux qui s'élance, solitaire et brillant , comme une étoile de plus au ciel.
Voici Sainte^Sopkie avec une couronne de flanune à son sommet, une aigrette étincelante au front ; plus loin, c'est la mosquée du foubourg de Tophana qui se mire avec ses deux minarets dans les flots du Bosphore , et semble promener Tincendie qui la couronne au sein des eaux tranquilles 9 partout des con«
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trastes soudains, des oppositions imprévues. A c^té de cette immense mosquée de VHyp» podrome, qui ressemble à une forteresse, tant ses murs sont imposans et superbes, un petit Messdjid élance vers les profondeurs du firmament son dôme effilé, et son invisible minaret entouré de lampes peintes, qu'on prendrait de loin pour une guirlande de roses. Ici des feux qui se perdent dans les nues , là des feux qui se plongent dans les flots, des feux en flèches^ en festons, en couronnes, en feuillages, des feux partout , et partout avec un aspect différent et varié. Enfin tout cela sous un ciel pur, dans un climat parfumé, par une nuit silencieuse et calme. Dites , n'est-ce pas là un spectacle à jeter notre poète dans l'extase la plus exaltée ?
Une foule gravement joyeuse inondait les rues; chacun semblait prendre une part de la gaieté générale avec ce même élan religieux qui nous fait mêler nos voix dans une prière publique. Des masses se succédaient sans interruption et sans fin , et Lucien partageait dans son cœur l'enthousiasme mystique du noble peuple. Tout-à-coup un cor-
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tëge plus régulier fixa son attention errante.
C'était d*abord des soldats orientaux , aux riches vétemens, aux armes étincelantes ; puis suivaient des étrangers en habit de fête ; enfin , sur un cheval pompeusement enhamaché, se tenait un homme froid et dédaigneux, qui semblait prendre en pitié cette joie tranquille , ces calmes voluptés.
Lucien regarda fixement cet homme, qui semblait une tache obscure sur cette trame brillante , et à sa figure sèche et lisse , à son regard sardonique et faux, à son grossier sourire de scepticisme , il reconnut Oscar de Sa- Vigny.
Ainsi il fallait donc pour compléter la destinée de ces deux hommes qu'ils se retrouvassent encore sur cette terre étrangère :
Lucien Spalma , pèlerin.
Oscar de Savigny, ambassadeur de France.
Cette histoire n'est terminée que dans une de ses deux phases. Vous avez vu tous les projets successifs de Lucien étouffés par d'insurmontables douleurs ; vous avez vu l'acharnement d'Oscar à l'exploitation de son ami. A peine une résolution naissai^elle dans l'esprit du poète que V égoïste venait la contrebarrer et la détruire. Toutes lès souffrances que la société peut causer se sont donc accumulées sur la tète de Spalma , tous les succès faciles et immérités ont poursuivi Savigny. L'un a constamment gémi sous les rigueurs de la fatalité, l'autre a obtenu les plus scandaleuses faveurs de la fortune.
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Maintenant vous demanderez peut-être la punition de l'égoïste, la récompense du poète. Vous voudrez savoir comment, au milieu d'un peuple sympathique à la poésie, Lucien se releva peu à peu, et monta degré par degré jusqu'au portique du temple de l'immortalité; puis quel fut l'abime où Oscar roula de faute en faute, de mépris en mépris; comment enfin ces deux existences s'achevèrent, celle-ci dans l'opprobre, celle-là dans la gloire.
Ce dénouement, d'une patente moralité, sera contenu dans une intrigue nouvelle, et le lecteur le pourra connattre plus tard, s'il s'est intéressé à l'idée et aux caractères que nous avons développés dans cette première partie.
FIN