SCÈNE VII
M me DE CERNAY, AMÉLIE,' introduites au fond par un domestique.
le domestique.
M. Ovide vient de sortir; il a bien recommandé, madame, si vous veniez en son absence, de vous prier d’attendre ici son retour.
M me DE CERNAY.
C’est bien , nous attendrons. (Le domestique sort.) Voyons donc, que je te regarde... tu es pâle, changée...
AMÉLIE
Nullement, je t’assure...
M me DE CERNAY.
Ah çà ! écoute-moi bien ; je ne veux pas que tu sois malade; je me "rappelle trop bien cette lièvre... ce délire obstiné...
AMÉLIE
Je me les rappelle aussi, car tes soins...
M ,n e DE CERNAY.
Ne te rendaient pas du tout la raison. Nous autres étourdies,
nous la perdons souvent, mais cela] revient tout de suitemais parions de ce qui m’amène de Paris... en trois jours. Quand ta missive m’a annoncé ton prochain départ, je n’ai pris que le temps de me précautionner d’une lettre de crédit sur cette maison de Marseille, où est mon cousin ; j'ai demandé des chevaux, et me voici... 11 était temps!... Au moment d’entrer ici, je te rencontre sur le port, prête à t’embarquer... je t’emmène avec moi, non pas pour t’adresser des paroles banales d’adieu, mais pour te dire : Amélie, si tu as besoin de moi, je suis prête !
AMÉLIE
Excellente amie !...
M me DE CERNAY.
Ah ! moi, je t’aime d’abord... En pension tu étais ma favorite, ma chérie ; nous nous sommes perdues de vue quelques années, puis nous nous sommes retrouvées, toi mariée, moi veuve.,. Ah çà ! est-ce que tu vas réellement retrouver ton maria Barcelonne ?
Am :
Dans l'Inde enfin, jusqu’au bout de la terre,
Tu suivrais donc cet époux redouté?
AMÉLIE
C’est mon devoir...
M m< ‘ DE CERNAY.
Crois-moi plutôt, ma chère,
C’est dangereux, tant de fidélité.
Il ne faut pas, pour que le charme dure,
A son époux prodiguer tant de soin !
Caries maris sont comme la peinture,
Qu'on aime mieux, quand on la voit de loin.
M me DE CERNAY
D’ailleurs, sois vraie, tu n’aimes pas le tien ?
AMÉLIE
Mon Dieu, tu n’ignores pas que mon père, vieux général de l’Empire, a été compromis dans les troubles qui ont suivi le retour des Bourbons.
M ,ne DE CERNAY.
Oui... je savais cela.
AMÉLIE
Frappé d’une dénonciation secrète, il avait à craindre pour sa liberté, sa vie...
M me DE CERNAY.
Je savais encore très-bien cela.
AMÉLIE
Il fut sauvé par le crédit du duc de Brévannes, qui est actuellement à Toulon , sur le point de s’embarquer pour une mission en Orient...
Mme DE CERNAY.
Je ne savais plus cela.