ACTE I, SCENE VII
Le duc s’était intéressé à mon père, sur les instances de son neveu, le jeune de Rambert, qui me recherchait alors.
M m « DE CERNAY.
Je ne sais plus rien, mais je devine... C'est toi qui as dû récompenser le neveu de la protection prêtée par l’oncle... Et tu n aimais pas le neveu ?
AMÉLIE
J’ai commencé, j’achèverai... Au moment où je sortis de pension, un jeune homme...
Mme de CERNAY.
Franchement, j’attendais le jeune homme.
AMÉLIE
Il était venu faire son droit à Paris; mes parents touchés, de ses bonnes qualités l’accueillirent avec bienveillance. Je m’habituai à le voir, à l’entendre louer, à trouver qu’on avait raison de le louer.
Mme DE CERNAY.
De là à l’amour , il n’y avait qu’un pas, pour peu qu’il t’aimât.
AMÉLIE
Il m’aimait.
«me DE CERNAY.
Cela s’appelle répondre.
AMÉLIE
Ses études achevées, il retourna près de son père, me promettant de travailler, pour venir ensuite m’offrir sa fortune, sa main... Mais quelque temps après son départ, je dus épouser M. de Rambert, qui, un peu plus tard, héritait de l’illustre nom de Brévannes.
Mme DE CERNAY.
Mais, je doute qu’avec le nom de cette honorable famille il en ait pris les vertus.
AMÉLIE
Tu le juges sévèrement !...
M me DE CERNAY.
Un mari qui depuis six mois t’a confinée dans une bastide des environs de Marseille, qui tout à coup, sans motif connu, prend la résolution de s’expatrier, sans doute parce qu’il s’est ruiné, et toi avec lui...
AMÉLIE
Tu te trompes; il y a huit jours à peine, il m’a chargé de réaliser ici pour cent" mille francs de billets dont je lui ai fait passer la valeur.
Mme de CERNAY.
Je le veux bien... mais tu ne partiras pas... Je ne te laisse de trêve que pour aller dans les bureaux présenter ma lettre de crédit, puisque mon cousin Ovide est décidément perdu... Je reviens te tourmenter, car je t’en veux.
Et de quoi ?
M me DE CERNAT.
Du secret que tu m’as fait... Avec une amie intime, on doit dire tout de suite son dernier mot.
AMÉLIE
Mais... un dernier mot...
M»e DE CERNAT.
Oui... entre femmes, ce n’est pas toujours facile... Attendsmoi ; je ne serai qu’un instant.
Air de la Péri.