‹ Lucienne dramevaudeville en deux actesChapitre 24 sur 57 · ACTE I, SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XIV

CAMPREDON

Du papier Andiol, est-ce que vous en avez beaucoup?

LÉON

Toutes mes affaires sont avec cette maison... mais pourquoi cette question ?

CAMPREDON

I.éon, si je vous ai offensé, je vous demande pardon... votre main...

LÉON

Que signifie?...

CAMPREDON

Cela signifie que je m’en veux d’avoir eu raison, quand les gens sont malheureux...

LÉON

Malheureux... moi... comment...

CAMPREDON

Est-ce que vous n’avez pas reçu d’avis?... Andiol vient de disparaître subitement... on l’a annoncé tout à l’heure à la Bourse...

Andiol... que dites-vous?... Après ce que je viens de faire... c’est ma ruine... (Il pâlit et chancelle.)

CAMPREDON

Léon! allons, du courage... ceci est sérieux... il s’agit de votre honneur, du nom de votre père... Ne parlons plus d’un caprice ruineux et condamnable.

LÉON

Mais, monsieur, je vous répète...

CAMPREDON

Quelle que soit la cause de vos embarras, il faut vous en tirer... (U sonne.)

LÉON

Que faites-vous?

campredon, au domestique qui parait.

Dites au caissier d’apporter ses livres. (Le domestique sort.)

LÉON

Que voulez-vous donc?

campredon. *

Parbleu ! je veux les voir...

LÉON

Monsieur! (Avec résignation.) vous ôtes mon créancier... je ne puis vous en empêcher. (Le caissier apporte les livres.) campredon, au caissier.

Ne vous éloignez pas.

le caissier, sortant par la porte de droite.

J’attends là, monsieur...

campredon, qui examine les livres.

Ah mais! qu’est-ce que je vois là!... Cette somme mise en

réserve... ces versements... voilà une centainede mille francs... et vous n’y songiez pas... Ah ! j’avais raison de dire : quand on n’a que les femmes en tête...

LÉON

Encore...

CAMPREDON

Oh ! maintenant je vous pardonne votre entêtement, car vous êtes sauvé... Ces cent mille francs vont vous permettre de faire face aux échéances... pressantes... et nous donnent le temps d’arriver...

LÉON

Détrompez- vous, monsieur, ces cent mille francs... je ne les ai plus...

Vous ne les avez plus?... Qu’en avez-vous fait?...

LÉON

Je ne puis le dire...

CAMPREDON

Prenez garde ! ce serait plus qu’une faute...

LÉON

Ah ! ne croyez pas qu’un usage coupable...

CAMPREDON

Parlez donc?...

< LÉON

Oh! mon Dieu!... pourtant je lui devais le silence... Eh bien! écoutez : il s’agissait d’assoupir une cruelle affaire, de sauver une personne dont le nom était compromis... vous savez... cette terrible association qui a mis le trouble dans Marseille... %

CAMPREDON

Quoi ! il s’agit de cette alfaire... Mais on vient de publier à la Bourse un avis pour rassurer le commerce, et déclarer que ce bruit n’avait aucun fondement, que c’était une erreur...

léon, à part.

Oh ! mon Dieu ! Bartas ne m’a que trop obéi !...

CAMPREDON

Ecoutez, monsieur Candal ; vous vous êtes peut-être dit : voilà un homme qui arrive de l’autre monde... il croira ce qu’on voudra...

LÉON

Monsieur, je vous l’atteste... il s’agissait de sauver...

Le nom du coupable!... Est-ce que vous devez lui sacrifier votre honneur?... Dites-le-moi ce nom, je yous jure ma parole d'honnête homme, et l’on saitfque jamais je n’y ai manqué, je vous jure que vous serez justifié, car tout Marseille le saura dans une heure.

LÉON

Grand Dieu! gardez-vous-en bien!...

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