‹ Lucienne dramevaudeville en deux actesChapitre 4 sur 57 · LÉON, LUCIENNE · texte numérisé non relu

LÉON, LUCIENNE

Lucienne, à part.

Allons! le voilà retombé dans sa rêverie (Haut.) Oh bien !... décidément, de tous les portraits, le plus difficile, c’est celui de son frère.

‘ LÉON

Cependant ma petite Lucienne...

Depuis six semaines que nous avons commencé, tu te permets de changer tellement, que je serais tentée de m’alarmer... Tu cherches à me rassurer sans cesse, mais il n’en faut pas moins que j’amaigrisse les contours, que j’efface le teint, que je creuse les yeux... Vraiment, tu m’ôtes l’envie de te faire ressemblant.

Léon, se levant.

Si tu veux, nous remettrons ce portrait à plus tard...

Coquet!... ce n’cst pas d’être beau que je te demande, c’est d’être moins triste. Rappelle toi donc comme tu étais gai et heureux quand tu es revenu de faire ton droit à Paris... Mais quel changement!... six mois après... Tiens, ce fut quand tu reçus de Paris une grande lettre de mariage, que tu ne voulus

J ias me montrer... Ensuite je t’ai vu si accablé, si languissant ; u n’as vraiment repris goût à la vie que lorsque tu as compris la nécessité de te mettre à la tête de la maison ; notre pauvre père venait de mourir... il ne nous laissait rien qu’un nom pur et honoré... tu t’es mis au travail avec ardeur, avec courage... tu as réussi, tu as gagné beaucoup d’argent... Mais tiens, je crois que ce courage, tu ne l’as eu que pour moi.

i.éon, avec tristesse.

Oui, pour toi... pour toi seule, Lucienne, qui seule au monde m’as aimé !

Et moi je te payais en gaieté.

Air de M. Gardn. (Geneviève.)

Ainsi, tous deux nous traversions la vie,

Ta main unie à celle -de ta sœur.

Jamais discorde ou jamais jalousie De nos liens ne troublaient la douceur.

Paisible amour !„. tendresse sans orage!

Appui si doux, échangé tous les jours,

Et l'on arrive au terme du voyage,

Sans qu’un nuage en ait troublé le cours, (Se jetant dans les bras de son frère.) Non, rien jamais n’en peut troubler le cours.

LÉON

Bonne sœur!...

Aussi, tu allais beaucoup mieux.... mais depuis trois semaines, une rechute... Oh ! cette fois, j’en sais la cause.

LÉON

Comment veux-tu ?...

Je te dis que je la sais... c’est une calèche...

LÉON

Une calèche?

Tu as beau sourire dédaigneusement... Il y a une vingtaine de jours, tu m’avais menée promener hors la ville... nous cherchions une maison de campagne que tu m’as promise et pour laquelle tu as mis des fonds de côté, m’as-tu dit... Nous marchions bien gentiment, bras dessus, bras dessous... Je te racontais une histoire en riant... et tu riais aussi.... quand une calèche a passé près de nous; il y avait au fond une jeune femme pâle, qui s’est rejetée en arrière... Tu as regardé, et j’ai senti ton bras qui frissonnait sous le mien... tu t’es arrêté, et tu as fait deux ou trois mouvements comme un homme qui aurait grande envie de laisser là sa sœur pour courir après la voiture qui a redoublé de rapidité... Tu es resté cependant, mais je n’y ai rien gagné, car tu n’as plus écouté mon histoire.

Léon, s J asseyant près du bureau.

Ne t’inquiète pas, ma petite sœur...

Oui... tâche, mon bon frère, de redevenir tel que dans notre enfance, quand nous passions de si bonnes soirées, nous deux, et puis encore l’élève de mon père, le fils de son ami d’Amérique.

LÉON

Jules Campredon.

Comme il était bon, empressé, franchement gai... après le magasin fermé...

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