CAM PREDON, OVIDE, LEON
OVIDE
C’est affreux... e’est abominable... une première affaire.
LÉON
Que voulez-vous, Ovide ?
Pardon... mais si vous saviez, patron... cette partie de sucre...
LÉON
Eh bien ! c’est convenu, je vous ai abandonné le bénéfice de cette affaire...
OVIDE
Il est joli, le bénéfice !... Je sors de chez M. Bartas.
LÉON
Eh bien !...
OVIDE
Il m’a appris que mon billet était faux... Je perds tout, voilà le bénéfice.
CAMPREDON
Des billets faux... ça va de pair avec les innovations du jour.
OVIDE
EtM. Bartas lui-même!... trompé de la même manière pour une somme énorme... Cent mille francs de billets qui lui ont été apportés par une jeune et jolie femme... l’émissaire de la bande.
LÉON
Une femme !...
OVIDE
Oui ! et le moyen de conserver sa présence d’esprit avec des courtiers de ce genre.
Air :
On est séduit par une femme Et ruiné par elle encor!
On ne tremble que pour son âme,
On est dépouillé de son or I Mieux vaudrait, comme à l'ordinaire, Ne perdre que l’esprit, hélas 1 CAMPREDON.
Surtout pour ceux qui daus l'affaire Ne perdraient que ce qu’ils n'ont pas.
OVIDE
C’est une vaste association, une machination qui enveloppe l’Europe entière, et j’ai le malheur de m’y trouver en Europe, et dans la machination.
LÉON
Et M. Bartas n’a rien découvert?...
Oh que si fait! il a su quel était celui chargé d'exploiter Marseille... c’est le mari de la jolie femme...
CAMPREDON
Il le sait?... Alors pendez-moi ça... pas de pitié... pendezmoi ça... c’est l’ancien système, mais c’est le meilleur !
OVIDE
Pendez... pendez... comme vous y allez... Le coupable est d’une bonne famille, et M. Bartas m’a dit qu’il avait ses raisons pour ne pas encore ébruiter l’affaire.
Léon, à Campredon.
Cette nouvelle nécessite pour moi quelques mesures de précautions ; il faut que je voie M. Bartas... Suivez-moi, Ovide.
ovide, à part.
Du travail ! (Haut.) Vous savez, patron, j’attends ma cousine...
LÉON
Vous permettez, monsieur Campredon ?
CAMPREDON
Monsieur!... Il y tient.
LÉON
Même injustes à mon égard... ceux qui furent les amis de mon père seront toujours les bien venus pour moi... On va vous attendre à la caisse. (Il sort. — Ovide se dispose à le suivre, mais il est arrêté par un domestique qui entre.)