‹ Lucienne dramevaudeville en deux actesChapitre 7 sur 57 · ACTE I, SCÈNE IU · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IU

LÉON

Vous avez là d’excellents projets.

CAMPREDON

Tutoie-moi... Avant de te dire à qui je veux me marier, je te dirai avec qui je veux m’associer, c’est avec toi...

LÉON

Cette proposition m’honore... mais savez- vous...

CAMPREDON

Encore!.. Ah!je vais bien teforcers.. Je sais que {Accentuant.) tu as une bonne maison ; je pense que tu l’administres sagement, que tu es l’honneur même, et c’est pour cela que je te fais ma proposition.

LÉON

Et que je te réponds... j’accepte.

CAMPREDON

Bravo ! nous pourrions avertir...

LE DOJil STIQOE, Cllt fond.

Le cheval de monsieur est prêt.

CAMPREDON

Eh! bien! est-ce qu’on ne peut pas faire partir une voiture sans toi ?

Non! c’est que je devais faire une promenade à cheval.

CAMPREDON

Tu as un cheval pour te promener?... Ah !...

LE DOMESTIQUE

On fait demander à monsieur à quelle heure aura lieu la répétition du quatuor ?...

LÉON

Ce soir. (Le domestique sort.) .

CAMPREDON

Décidément tu es de noce.

LÉON

Non, je fais un peu de musique.

CAMPREDON

Ah!...

• LÉON

Tu n’aimes pas la musique?

CAMPREDON

Je ne sais pas... peut-être que si; mais je n’en ai jamais eu le temps... Mevenons à ma proposition... Je demande à être installé dans la petite niche en bois et en vitrage que ton père occupait à l'entrée du magasin.

LÉON

Mais les magasins sont sur le port et les bureaux sont ici.

CAMPRpDON.

Où donc?

LÉON

Tu les as dû voir en entrant en „as.

io

CAMPREDON

J’ai cru que c’était la préfecture... Tes frais généraux doivent être bien cbers.. Tiens, Léon, nos pères faisaient leurs affaires eux-mêmes ; le jour, ils étaient au magasin, au roulage, sur le port, en gros souliers, en sabots même ; le soir, ils ne faisaient pointde musique, de quatuor, mais leurs écritures; ce qu’ils ont fait, je l’ai fait avec eux, et je suis prêt à le faire encore.

LÉON

Mais l’entente des affaires n’exclut pas le mouvement de l’intelligence, le goût des plaisirs élégants.

Air :

N’enfermez pas dans une étroite sphère Des commerçants le peuple intelligent:’

Ah ! remplissons notre esprit qui s’éclaire D’autres trésors que de calculs d'argent.

CAMPIIEDON.

J’estime peu ces étranges richesses Que, parmi nous, vous mettez en crédit,

De tels marchands videraient mieux leur caisse Qu’ils ne rempliraient leur esprit.

C’est peut-être comme cela qu’on entend maintenant le commerce... Mais comme la règle de trois n’a pas changé, je crois que le négociant devrait rester ce qu’il était; je ne comprends pas ce que la musique a de rapport avec la vanille, ni l’utilité des gants jaunes pour vendre de l’indigo!... En affaires, je suis homme d’affaires... Pour moi le luxe est toujours un motif de dissipation, et la dissipation conduit toujours tôt ou tard. . .

LÉON

Oh! pas un mot de plus!... cette supposition seule est une offense, et si vous me la répétiez...

CAMPREDON

Tu me proposerais un duel, peut-être... autre importation nouvelle dans le commerce... Un duel!... Et le 15 encore, un jour d’échéance!...

LÉON

Non... mais je crois que la proposition que vous veniez me faire.

CAMPREDON

Doit être abandonnée... Tu as peut-être raison...

Léon, passant près du bureau.

Il reste de l’ancienne liquidation un compte entre nous... vingt-cinq mille francs que je vous dois. . Si voqs voulez, nous allons en vérifier le chiffre à l’instant même.

Soit.

LÉON

Vos fonds sont à votre disposition.

• ' CAMPREDON

Après la bourse où je veux aller... A quatre heures, je reviendrai.

Page 1