LUCILE À M. MERCIER
Qu'aurez- vous pensé, monsieur, de mon long silence ? Peut-être aurez-vous désespéré de moi? Mais non , vous n'avez jamais cru que Dieu pût m'abandonner. L'amertume que voug causaient mes lenteurs a seule pu vous suggérer une* telle pensée ; mais j'ai senti que cette amertume était toute de charité , et votre charité m'a vaincue. La lettre que j'ai reçue de vous il y a un mois ma plus touchée encore que les autres, et vos dernières lignes ont hrisé mon cœur.
A peine les eus-je achevées , je pris votre Nouveau-Testament quo le même courrier m'avait apporté ; il me semblait envoyé de Dieu. Je l'ouvris à la première page, je me mis à genoux et je fis à Dieu cette prière : « Seigneur, ce livre est votre Parole. S'il est vrai que vous ayez commandé à vos enfants de Je lire , daignez m'éclairer par votre Esprit I
Mais si Ton me donne de mauvais conseils , retirez-moi de mon erreur , et ne permettez jamais que je m'éloigne de vous ! » Puis je commençai sur-le-champ ma lecture ; mais je me promis de ne plus écrire ni à vous , monsieur, ni à l'Abbé, et de vivre un mois tout entier sans autre guide que Dieu luimême. Si le résultat eût été contraire à ce que vous m'aviez annoncé , si la lecture de la Bible eût troublé et scandalisé mon âme, vous n'auriez plus jamais entendu parler de moi ; mais qu'il en est arrivé différemment ! Je trouvais tant d'intérêt , tant de charme à cette lecture, que j'y passais quelquefois une partie de mes nuits. En moins de quinze jours , j'avais lu le Nouveau-Testament d'un bout à l'autre ; je le recommençai tout aussitôt, et je viens de le finir une seconde fois.
Quel livre , monsieur 1 II me fait éprouver tout ce que vous m'avez écrit : il m'effraie et il me rassure , il me trouble et il me réjouit tour-à-tour. Enfin, depuis quelques jours je commence à le comprendre. Ce que vous avez trouvé dans la Bible , je l'y trouve aussi ; et c'est une preuve nouvelle de cette unité de sentiment que le Saint-Esprit forme entra
ceux qui la lisent avec foi. Ma courte expérience me persuade mieux encore que vos lettres , et vous ne serez pas jaloux si je vous parle comme les Samaritains à cette femme qui leur avait annoncé Jésus-Christ : ce Ce n'est plus sur ce que vous nous en avez dit que nous croyons en lui, car nous l'avons entendu nous-mêmes , et nous savons que c'est lui qui est véritablement le Christ, le Sauveur du monde. »
J'ai appris à me voir telle que je suis, une pauvre pécheresse qui ne s'était jamais connue et qui pensait être sans reproche, tout en foulant aux pieds la sainte loi de Dieu ; mais j'ai appris en même temps à voir en Jésus- Christ un Sauveur plein de miséricorde, mourant pour faire ma paix avec Dieu. J'ose à peine parler de mon espérance , tant elle est nouvelle ; mais toute nouvelle qu'elle est , je sens qu'elle est ferme, et j'admire la promptitude avec laquelle elle s'est développée ; sans doute l'œuvre de Dieu se préparait depuis quelque temps dans mon cœur. Vous ne sauriez croire , monsieur, combien j'ai été frappée de cet endroit de votre lettre où vous vous étonnez que j'aie pu m'occuper si vive-
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ment de mon salut sans que la Bible y soit pour rien , c'est que vous ignorez que les impressions sérieuses qui m'ont décidée à écrire à l'Abbé me sont venues de quelques morceaux de la Bible que je lisais dans mon Manuel,
Suis-je catholique ou protestante ? je serais assez embarrassée de le dire. Je sens que je suis devenue chrétienne , cela me suffit ; Dieu fera le reste, je m'attends à lui seul. Je connais toute ma faiblesse , et c'est avec respect, avec soumission que je recevrais les conseils d'un pasteur pieux ; mais je ne veux mettre aucun homme entre Dieu et moi, je le dis avec vous, et je le dis aujourd'hui en comprenant toute la force de votre pensée.
Pouvez-vous bien vous figurer , monsieur, avec quelle émotion et quelle gratitude je me souviens de vous, à qui Dieu m'a lui-même adressée ; de vous, qui m'avez supportée avec tant de patience et instruite avec tant de charité; de vous enfin, qui m'avez fait faire le premier pas dans un chemin au bout duquel j'entrevois la vie éternelle ?
Mais non, il ne faut pas que la reconnais-
sance me rende ingrate ; si vous m'avez fait faire le pas décisif, ce n'était pourtant que le second ; le premier, je le dois à l'abbé Favien. Ce bon abbé, il faut que je vous raconte mon dernier entretien avec lui ; mais encore une fois, tout ce que je vous dis de lui est entre nous. Pour moi, mes nouveaux sentiments seront bientôt connus ; mais je serais au désespoir de compromettre ce respectable prêtre , qui n'est déjà pas trop bien avec son évêque.
Mon intention était de lui écrire pour lui rendre compte de ma correspondance avec vous ; mais je ne voulais le faire qu'après avoir achevé mon mois de retraite. 11 n'a pas attendu ma lettre ; il passait avant-hier à quelque distance du château, et il est venu nous rendre visite.
Dès que nous avons été seuls, il s'est plaint avec douceur qu'il n'avait pas su à quoi je m'étais décidée. Puis, sans me donner le temps de lui répondre : a Lisez-vous la Bible, madame? — Oui, M. l'Abbé/ — Je l'avais bien prévu, allez, vous nous abandonnez. » J'étais, je l'avoue, assez embarrassée de cette brusque apostrophe ; mais la fermeté
me revint peu à peu. « Ce n'est pas vous abandonner sans doute , M. l'Abbé , que de m'attacher à la Parole de Dieu. — Vous lisez donc la Bible ? et dans quelle version , s'il vous plaît ? — Dans celle de Saci. — Passe encore ; et votre Bible au moins est-elle complète ? — Jejiai lu jusqu'ici que le Nouveau- Testament, mais j'ai bien envie de me procurer aussi l'Ancien. — Oui, TAncien-Testament mutilé par messieurs les réformés ! »
Pendant ce court entretien , il avait une certaine irritation que je ne lui avais jamais vue. Il se remit pourtant , et comme s'il se fût reproché ce mouvement : « Ne pensez pas que je veuille troubler votre âme ; mais , mon enfant, ajouta-t-il très-sérieusement, vous êtes-vous réconciliée avec Dieu? — Je l'espère, M. l'Abbé. — Vous vous êtes donc décidée à vous confesser ? — Non pas. — Et comment pouvez-vous savoir que vous êtes reçue en grâce ? — C'est que Dieu me l'a dit. — Dieu vous l'a dit ! et comment cela? — Dans sa Parole. — Expliquez-vous , je vous prie. — Il est écrit dans l'Evangile : Croyez au Seigneur Jésus-Christ, et vous serez sauvé. J'ai cru en lui, M. l'Abbé, oh ! oui r
en lui seul ! comment ne serais-je pas sauvée? ce que Dieu a promis, ne le tiendraitil pas?»
L'abbé m'écoutait avec agitation , mais sans humeur. Un double sentiment semblait ranimer : la crainte que je ne m'égarasse et peutêtre le désir de s'éclairer lui-même, si je l'ose dire sans présomption, « Madame, votre langage m'étonne au dernier point. Racontez-moi ce qui vous est arrivé ; racontez-moi tout. Je vous conjure de ne me rien cacher. » Je lui ai fait alors un récit abrégé de notre correspondance, et des combats qu'elle a produits chez moi ; je lui ai offert de lui communiquer vos lettres, quand il voudrait ; vous ne m'en saurez pas mauvais gré ? Il me serait impossible de rendre l'expression de sa physionomie pendant ce récit ; il paraissait préoccupé de quelque réflexion profonde. Quand j'eus fini , il demeura plusieurs minutes plongé dans une sorte de rêverie, quand tout-à-coup: <( Madame, me dit-il avec un regard qui semblait vouloir percer mon cœur, avezvous la paix? — Oui, M. l'Abbé, j'ai la paix avec Dieu, grâces lui en soient rendues J — S'il en est ainsi , je n'ai rien à vous
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dire ; vous savez prier, priez. » Il se leva aussitôt et sortit.
Ne croyez-vous pas, monsieur, que ce bon abbé se sera dit que la voie dans laquelle je marche aujourd'hui pourrait bien être la bonpe? S'il n'ose m'y encourager, il n'a pas cherché du moins à m'en détourner ; et qui sait? il aurait réussi peut-être, je suis si faible encore ! Mais Dieu m'a épargnée, et cette visite que je redoutais un peu , n'a fait que m'affermir. Aussitôt après, j'ai acheté d'un colporteur une Bible entière , et je me suis mise à lire l'Ancien-Testament. J'y trouve plus de difficultés que dans le Nouveau, mais elles diminueront sans doute à une seconde lecture. Au reste , je suis à l'école du Seigneur ; il me fera connaître, quand il en sera temps, tout ce que j'ai besoin de savoir.
C'est au service de ce Dieu, si rempli de miséricorde, que je veux me consacrer désormais. Rachetée par le sang de Jésus-Christ, tout mon désir est de vivre pour lui et de mourir en lui , heureuse si je pouvais voir mon mari et mes enfants partager ma foi ! J'ai lu là-dessus un passage qui me remplit d'espérance , c'est la réponse de saint Paul
au geôlier de Philippes : « Croyez au Seigneur Jésus-Christ et vous serez sauvé, vous et votre famille. » Joignez-vous à moi, monsieur , pour implorer la grâce du Seigneur sur notre maison.
Le sujet de l'ouvrage que vous venez délire est une fiction, mais une fiction quin'est formée que dé détails réels. Les mots , les faits cités çà et là dans cet écrit sont presque tous véritables. Lucile, M. Mercier, l'Abbé lui-même, ce sont, aux noms et à quelques circonstances près , des personnages historiques et encore vivants. Quoi qu'il en soit du moyen que j'ai employé pour attirer votre attention, le but que je me suis proposé est fort grave : c'est de vous porter à lire la Bible.
Vous vous rappelez peut-être le trait suivant de la vie de saint Augustin. Dieu avait commencé de parler à son cœur par la conversion d'Alipe , son ami et son ancien compagnon de plaisirs ; mais il flottait encore
entre le service de Jésus-Christ et l'esclavage du pécbé, lorsqu'il entendit un jour ou crut entendre une voix qui lui disait : « Toile et lege, prends et lis. » Il obéit, il prit la Bible, il lut et il crut. Eh bien, cher lecteur, je voudrais faire pour vous l'office de cette voix amie ; et mes désirs seraient comblés, si vous preniez congé de' mon petit livre en emportant cet avertissement dans votre cœur : « Prenez et lisez. »
Rien n'est plus facile aujourd'hui ; c'est le siècle de la Bible. En même temps que, traduite en plus de cent cinquante langues, elle se répand d'un bout du monde à l'autre , la Bible pénètre partout dans nos villes et dans nos campagnes, où d'humbles colporteurs la vendent à vil prix. Est-ce donc une loi dans ce pauvre monde que le bien ne s'y puisse jamais faire sans opposition ? Ne semblait-il pas qu'on devait espérer quelque faveur pour une entreprise si pure , si charitable , si évidemment désintéressée ? Mais non ; il s'est rencontré des hommes assez malheureux pour avoir besoin que la Parole de Dieu demeure inconnue , et qui , recourant à des moyens dignes d'eux, n'ont pas craint de jeter au
hasard des imputations mensongères contre les Sociétés religieuses , contre les colporteurs , contre leurs livres mêmes qu'ils ont accusés de falsification. Cette accusation, nous le disons en face à qui veut l'entendre, est une odieuse calomnie, qu'on n'a jamais essayé de prouver sérieusement, et qu'on ne prouvera jamais. Des prêtres respectables en ont eux-mêmos fait justice, témoin cet évêque de Montauban dont les paroles sont citées textuellement dans la Correspondance (4). La seule plainte qu'il ait faite contre les Bibles vendues par les colporteurs porte sur l' Ancien-Testament , où il regrette l'absence de quelques livres que l'Eglise romaine a ajoutés au canon de l'Eglise primitive. Eh bien, faites ce que ce pieux évêque autorisait ses ouailles à faire : prenez le Nouveau- Testament, le Nouveau-Testament de Saci ; que risquez-vous ? Commencez par là ; le Nouveau-Testament lu, vous verrez ce que vous devez faire pour l'Ancien : « Prenez et lisez. »
Avez-vous des doutes sur la divine inspi-
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ration des Ecritures 1 Hélas ! il n'y aurait rien d'étonnant à cela, dans un pays où l'impiété a régné si longtemps sous le nom usurpé de la philosophie, et quand Voltaire et Rousseau ont été peut-être parmi les premiers auteurs que vous avez eus entre les mains. Eh bien ! si vous avez des doutes, ne faut-il pas les éclaircir ? êtes-vous tellement arrêté, tellement éclairé dans votre incrédulité, qu'il soit inutile d'écouter les raisons du christianisme? ou la chose n'en vaut-elle pas la peine ? S'il était vrai, vous dirons-nous avec Fabbé Favien, que la Bible soit la Parole de Dieu, comme l'ont pensé tant d'hommes excellents, tant de beaux génies, les Pascal, les Fénelon, les Bossuet, les Massillon; si cela était vrai , et que vous l'eussiez ignoré jusqu'à ce jour, et qu'il ne fallût qu'un peu d'attention pour vous en convaincre ? que si vous voulez enfin examiner la religion et ses preuves, comment le pourrez- vous mieux faire qu'en la prenant à sa source , et qu'en lisant ce livre qui, de l'aveu de tout le monde, est le fondement de la foi chrétienne : ce Prenez et lisez. »
Mais si vous avez le bonheur de croire, si
la Bible est à vos yeux un livre inspiré , qu'est-ce qui pourrait vous empêcher de le lire pour savoir par vous-même dans quelle voie vous pouvez trouver le salut ? Si vous n'avez pas interrogé le seul livre au monde qui soit venu de Dieu, comment connaîtriezvous la doctrine de Dieu et la volonté de Dieu, avec cette ferme assurance qui est nécessaire pour bien vivre et plus nécessaire pour bien mourir? D'autres le chercheront pour vous, dites-vous peut-être ? Mais pourriez-vous bien vous décharger sur d'autres du soin de votre salut ? Ce serait oublier vos privilèges comme chrétien et votre dignité comme homme ; ce serait aliéner un droit sacré, qui est en même temps un devoir. La foi qui sauve ne s& substitue pas , et l'on ne va pas au ciel par procuration. Et si ceux à qui vous livrez votre âme vous égaraient I s'ils se trompaient eux-mêmes! Quoi! il faudrait rejeter un apôtre, un ange, s'il vous annonçait un nouvel évangile, et vous recevriez un évangile tout fait sur la foi d'un directeur sans consulter la Parole de Dieu? Oh ! mes amis, je ne voudrais pas vous blesser, Dieu le sait, mais vous connaissez l'em-
pire de l'habitude et de la prévention. Prenez garde aux préjugés de l'enfance : Terreur la plus étrange, quand elle est sucée avec le lait, peut devenir pour nous comme une seconde nature. Sachez donc par quel chemin on vous conduit, et ne permettez pas qu'on dispose sans vous de votre condition éternelle : « Prenez et lisez. »
Vous taxerez peut-être celui qui vous écrit d un esprit de prosélytisme ? il veut que vous quittiez l'Eglise romaine pour devenir protestants ? Ce que je veux avant tout , c'est le salut de votre âme. Je tiens moins au nom que vous portez qua 1 état de votre cœur ; « car Dieu regarde au cœur. » Quand nous paraîtrons , vous et moi , devant le tribunal de Jésus-Christ, il ne nous demandera pas si nous avons été catholiques ou protestants; mais il nous demandera si nous avons cru en lui, si nous lavons aimé, si nous lavons servi sur la terre. Pourvu que vous deveniez un fidèle disciple du Seigneur , je suis content. Dût votre changement demeurer toute votre vie un secret entre Dieu et vous, je suis codh tent. Ce n'est pas, gardez- vous de le croire, que le choix de l'Eglise à laquelle vous vous
rattachez soit de peu d'importance. Dire qu'un homme qui a reconnu que l'Eglise où il est né n'est pas la vraie Eglise de Jésus-Christ, doive y demeurer pourtant parce qu'il y est né, c'est soutenir un préjugé funeste, que Findifférentisme seul a pu enfanter , et qui eût retenu lés Juifs dans la Synagogue et les Gentils dans le paganisme. C'est un grand piège que de s'unir en apparence à une Eglise ou à un culte, où la foi du cœur est hlessée. Mais commencez par devenir de bons' chrétiens , et la vérité fera le reste : « Prenez et lisez. » Peuple français I la religion de la Bible est la seule dont tu n'aies point 'essayé. Non, la doctrine de Jésus-Christ toute simple et telle qu'on la trouve dans sa Parole , tu ne l'as point encore connue. Elle n'a parmi nous qu'un petit nombre de disciples, qui souhaiteraient d'être pour toi coftime « ce peu de levain qui fait lever toute la pâte. » Les secrets après lesquels tu te consumes vainement depuis tant d'années, le secret de l'ordre avec la liberté, le secret d'une prospérité solide , le secret de la vertu sociale et celui de la vertu domestique, tu les trouveras tous dans la Bible , parce que tu y trouveras le
premier secret dont ils dépendent, celui du salut. Oh ! si la Bible pouvait servir de guide, et à l'individu, et à la famille, et à la nation tout entière, quel heureux changement!
quelle pureté dans les mœurs I quelle douceur dans les esprits ! quelle paix dans les familles ! quelle sagesse dans l'éducation ! quelle justice chez les gouvernants I quelle soumission chez les gouvernés ! L'Église primitive de Jérusalem, où régnait une charité sans exemple , n'avait pas d'autre règle que la Parole de Dieu. Heureux le jour où cette règle divine deviendrait celle de toute la France ! Une gloire nouvelle lui serait alors réservée entre les nations : une gloire plus belle encore que celle des armes , que celle delà liberté, que celle de l'industrie, la gloire de la piété. Mais , parce que « la piété est utile à toutes choses, ayant les promesses de la vie présente et de celle qui est à venir, » cette gloire selon Dieu ferait triompher dans le monde, plus sûrement que toutes les précautions de la prudence humaine, et h fortune de la France , et sa politique , et son industrie, et son crédit, et ses armes mêmes : « Prenez et lisez. »
Prêtres de l'Eglise romaine , j'ai un mot à vous dire en finissant. Vous ne vous plaindrez pas que je vous aie fait tort dans cet écrit ; le prêtre qui vous y représente est un homme religieux, modéré, parfaitement honorable ; et les raisons que je lui ai mises dans la bouche sont, sinon les meilleures que vous auriiâ|.à donner, je sens ici la difficulté de ma tâche, du moins les meilleures que j'aie su trouver. Quoi qu'il en soit, je vous en conjure au nom de Dieu, par le salut des' âmes qui vous sont confiées, par votre propre salut , n empêchez pas le peuple de lire la Bible. Je sais qu'il est parmi vous des prêtres pieux qui recommandent cette lecture à leurs paroissiens ; mais c'est, il y a lieu de le craindre, le petit nombre, le très-petit nombre. Quoi I la Parole de Dieu est dans le monde, et vous la raviriez aux peuples ! Et vous vous mettriez entre eux et les avertissements du Saint-Esprit I Et vous ne craindriez pas le terrible anathème que le Seigneur a prononcé contre ces docteurs qui ne gardent les clefs de la science que pour en tenir la porte fermée aux hommes ! Plusieurs de vous sont sincères , je veux le croire , il
serait trop affreux de penser le contraire, et, en vérité , la puissance des préjugés est si grande qu'elle peut expliquer jusqu'à cette inexplicable erreur. Mais par quel raisonnement , par quel sophisme pouvez-vous donc vous persuader que vous travaillez au salut des âmes en éloignant d'elles la Parole de Dieu ? Vous qui lisez sans doute cette Parole, vous n'ignorez pas les bénédictions qu'elle promet à ceux qui la lisent, l'éloge qu'en fait saint Paul dans sa seconde épître à Timothée, l'approbation donnée auxJuifs de Bérée, pour avoir fait.... quoi? ce que vous empêchez vos ouailles de faire à leur tour ! Comment osez-vous marcher de front contre des déclarations si formelles? Répondez-moi : quand vous montez dans la chaire de Jésus-Christ pour exhorter vos troupeaux à ne pas acquérir la Parole de Jésus-Christ, ou quand vous pénétrez dans une maison pour lui enlever ce trésor , le cœur ne vous défaut-il pas ? la voix ne vous manque-t-elle pas? votre main ne tremble-t-elle pas? Et quand vous vous endormez le soir, ce souvenir, j'ai empêché quelqu'un de lire les saintes Écritures , ne dit-il rien à votre conscience ? Ah ! si vous
n avez pas pitié de vos troupeaux , ayez pitié de vous-mêmes ! Soyez Gdèles. Si vous ne vous sentez pas assez de courage , assez de piété pour recommander la lecture de la Bible, du moins, du moins ne vous y opposez pas. Laissez faire le Seigneur, et , en attendant que vous puissiez être « ouvriers avec lui, » gardez-vous de faire l'œuvre du grand adversaire !
Au reste, le Seigneur règne, et il saura bien donner glpire à sa Parole. Consentez ou résistez, la vérité aura son cours, à la confusion de ses impuissants ennemis, mais à la gloire et à la joie éternelle de tous ceux qui auront donné les mains à son triomphe !