‹ Lucile; ou, La lecture de la Bible:Chapitre 4 sur 13 · SECONDE LETTRE · texte numérisé non relu

SECONDE LETTRE

L'ABBÉ FÀVIEN k LUC1LE,

La peine de vous répondre ! Ah ! madame , ne parlez- , point ainsi. La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire est la plus agréable que je pusse recevoir. Qu'y a-t-il de plus satisfaisant pour un ministre de Jésus-Christ que de voir une personne qui cherche la vérité avec autant de bonne foi que vous le faites? Et quelle occupation plus conforme tout ensemble à mes goûts et à mon devoir, que de vous aider dans cette

10 introduction!

recherche , selon mes faibles lumières , mais de toute l'ardeur de mon zèle ?

Dieu a commencé de vous éclairer ; il achèvera , n'en doutez point. 11 est vrai que vous prenez un chemin différent de celui que les âmes fidèles ont coutume de suivre. On débute le plus souvent par croire à l'Eglise , et puis , sur la foi de l'Eglise , on croit à la sainte Bible dont l'Eglise nous garantit l'inspiration. Mais vous , au contraire , vous semblez vouloir aller de la Bible à l'Eglise. Cela ne laisserait pas que de me donner quelque sollicitude , si je n'avais la conviction que vous ne tarderez pas à rentrer dans la voie accoutumée , qui est sans contredit la plus simple et la plus sûre. Vous reconnaîtrez bientôt , madame , qu'il n'y a de tranquillité bien établie que pour celui qui s'en remet entièrement à l'Eglise , comme un enfant à une bonne mère , du soin de le conduire à Dieu. La prière, l'expérience , l'étude de votre propre cœur, les difficultés même que vous rencontrez déjà sur votre route vous feront sentir cela bien mieux que ne le pourraient faire mes avertissements , et finiront d'arracher de votre esprit ce reste de protestantisme qui vous a fait renverser l'ordre de la conversion.

Vous voulez que je vous expose les preuves qui démontrent l'origine divine de notre sainte religion. Cela serait bien plus facile , ou plutôt ce soin serait superflu si vous eussiez suivi la marche que je viens de vous expliquer, et appris dès l'abord à vous soumettre en toute chose à la décision de l'Eglise. Alors j'aurais tout dit en quatre mots : La Bible est un livre inspiré de Dieu , car ainsi l'enseigne l'Eglise qui ne

peut nous égarer. Mais au point où vous en êtes , je vois trop que cette réponse ne tous contenterait pas. Je ne me refuserai donc point à vous en faire une plus conforme à votre désir, pour ne pas vous donner lieu de soupçonner une défaite dans mon silence. Dieu me préserve de rien faire qui pût scandaliser votre foi naissante 1

Mais, madame, le sujet, sur lequel vous me consultez est trop considérable pour une lettre. Je m'expliquerai mieux là-dessus dans un entretien où vous pourriez me proposer sur le moment vos difficultés et vos doutes. Je dois faire un voyage à *", la semaine prochaine. Le temps ne me permettra pas de m'arréter en y allant ; mais en revenant , j'aurai l'honneur de descendre au château, et nous pourrons conférer à loisir sur une matière qui vous intéresse tant et à si juste titre.

LUGILË

ou

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