‹ Lucina sine concubitu; ou, La génération solitaireChapitre 6 sur 6 · HORAT · texte numérisé non relu

HORAT

Monsieur,

Cjn lisant la brochure dont il vous a plu de récréer le public, il y a quelques semaines, j'ai formé le dessein de vous faire part des réflexions* que j'ai faites, et sur le fond de votre ouvrage, et sur la façon dont vous l'avez traité.

N'appréhendez de ma part, Monsieur, ni médisance, ni jalousie : ces défauts n'entrent pour rien dans mon caractère ; c'est l'amitié la plus sincère et la plus vraie, qui me détermine

à vous écrire, et j'ose me flatter que vous en reconnaîtrez les traits dans le cours de cette lettre.

Quoique l'application que tous avez faite de vos talents, dans cette occasion, dût m'en donner une idée assez médiocre, je ne peux ra'empêcher de les admirer ; et pour vous prouver à quel point je les respecte, j'avouerai sincèrement et sans flatterie que je vous en crois de suffisans pour devenir un digne membre de cette Société, que vous vous efforcez de tourner en ridicule.

Vous avez, Monsieur, traité un sujet glorieux, mais vous avez échoué dans les conséquences que vous en avez tirées. Vous avez fait briller aux yeux du public une faible étincelle du degré de lumière, jusqu'auquel la raison et l'expérience peuvent être poussées en fait de génération ; mais vous avez laissé, pour ainsi dire, à un autre, le soin de donner une forme & votre projet, de le rendre aussi agréable et récréatif, qu'utile et avantageux aux seules per-

sonnes qui peuvent le mettre à exécution.

Après tous vos soins et tous vos travaux, ce n'est pas nous, mon cher docteur, ce sont les dames, qui doivent mettre votre nouvelle méthode en pratique, et je suis bien aise de vous avertir que, quelque faveur qu'elle prenne parmi les savants, elles l'honoreront toujours d'un souverain mépris. Elles sont convaincues que la génération d'un enfant exécutée suivant l'ancien usage, (usage auquel on s'est conformé jusqu'à ce jour, grâce à la stupidité du genre humain, et à la privation où l'on a été d'un aussi grand homme que vous) est indispensablement accompagnée de deux circonstances qui en font la base. La première, de l'aveu de toutes, est la merveille du monde la plus digne de leur euriosité ; et la seconde, • . .vous me dispenserez de vous la détailler ; mais vous m'entendez assez pour conclure que les dames ne vous choisiront pas pour leur avocat. Auront-elles tort de ne pas applaudir h votre

projet, et doivent-elles avoir bien de l'obligation à un homme qui a trouvé le moyen de leur interdire la présence du dieu qui fait, avec raison, le plus cher objet de leur culte dans cette opération, et de ne leur laisser que les désagréments de l'effet sans les faire participer aux plaisirs de la cause?

Elles ont à peu près, Monsieur, de vos zéphirs voluptueux, destinés à remplir leurs moments de récréation, la même opinion qu'un auteur affamé peut avoir du vent de bise qu'il respire dans le Parc, lorsqu'il se sent tout l'appétit qu'on peut désirer pour faire honneur à un excellent dîner, et que le mauvais succès de sa dernière brochure le met hors d'état de s'en procurer un, même fort frugal. Elles laissent, à ce qu'elles disent, ces ravissements aériens, à des esprits aussi légers que celui qui veut les mettre en faveur, et elles sont déterminées, si, par hasard, votre plan était accueilli des supérieurs, à mourir vierges, et à renoncer à la

propagation de l'espèce humaine, plutôt que de sacrifier le plus réel de tous les plaisirs à vos espérances imaginaires.

C'était avec un chagrin inexprimable que j'entendis tous ces raisonnements, à rassemblée, chez Madame J'avais d'abord conçu

pour votre système (tout imparfait qu'il est) l'amour que vous pouvez avoir ressenti vousmême, lorsque vous en avez eu la première idée. Mais je trouvais un obstacle insurmontable à son exécution. Je ne pouvais m'empècher de conclure, qu'il nous était impossible d'avoir des enfants, si nous n'avions point de mères, et que l'influence de tous vos zéphirs était inutile, si les femmes s'obstinaient opiniâtrement à ne point en respirer le souffle prolifique.

- Rempli de toute la mélancolie d'un homme qui voit échouer son projet, je m'en retournai chez moi, le cœur attendri sur votre sort. Cent fois je réfléchis sur la gloire que vous auriez

méritée, si ce système que vous proposez avait pu être mis en pratique, et cent fois je maudis le sexe féminin, dont le goût invariable pour les plaisirs solides avait fait échouer votre découverte. J'étais dans ma bibliothèque, en proie à ces tristes réflexions, lorsque, poussé d'un mouvement de colère, dont je ne fus point le maître, je me levai précipitamment de mon siège, et, donnant un vaillant coup de poing sur les livres qui se trouvèrent à ma portée, j'en pris une douzaine, que je lançai avec fureur dans le feu : Brûlez, leur dis-je, et subissez le supplice que vous méritez ! Indignes et méprisables productions de l'esprit des hommes, soyez réduites en cendres 1 . . . J'allais continuer mes apostrophes contre fat plu* part des écrits, lorsque j'aperçus que la première victime, qui, au milieu des flammes dévorantes, présentait son titre à mes yeux, était l'ouvrage merveilleux d'un des membres de notre illustre Société, dans lequel ce savant

instruit le public d'un nouveau moyen de faire éelore les œufs.

Tout ce qui portait l'image et le caractère de génération avait acquis le droit d'affecter mon esprit. Je me saisis du premier vase que je trouvai sous ma main, je le répandis sur ce feu destructeur, et ayant précipitamment saisi les débris embrasés de ce traité merveilleux, j'en étendis soigneusement devant moi les feuillets l'un après l'autre, et je fus animé, transporté d'admiration et d'étonnement ea lisant dans cet autour, qu'un certain Diodoro de Sicile « qui avait longtemps voyagé chez le» « Egyptiens, pour apprendre leurs secrets, « avait découvert entr'autres curiosités, qu'ils a possédaient l'art de faire éelore, sans le con- « cours des poules, un si grand nombre de « poulets, qu'ils les mesuraient et les vendaient a au boisseau à très-bon compte. »

J'avais à peine parcouru une partie de ce li^re, qu'une légère étincelle de quelque chose,

que je ne peux pas bien définir, commença à pétiller dans mon âme : mon cœur palpitait de joie, en lisant l'éloge qu'il fait des filles de l'Enfant Jésus, et la description qu'il donne de l'utilité qu'on pourrait retirer des fours des boulangers et des pâtissiers ; mais je sentis redoubler ce transport, lorsqu'il Tint à parler des tonneaux et du fumier. Je donnai carrière à mon imagination ; je songeai que ce fumier, répandu dans nos campagnes, sert à faire croître cette nourriture solide qui nous donne une seconde vie, et, par un effort de raisonnement que bien peu de personnes possèdent, et dont je suis particulièrement redevable au soin que j'ai de me trouver assidûment à toutes les assemblées de la Société royale, je parvins à conclure aussi sûrement que deux et deux font quatre, qu'un tonneau pouvait parfaitement bien faire les fonctions de la matrice, et qu'il était aussi facile de faire naître des hommes que des poulets, par le secours du fumier.

Préparez-vous Monsieur, à me suivre dans mon système, système fondé snr une façon de raisonner trop brillante, pour être contestée par les ignorants, et que vous conviendrez être autant supérieure à la vôtre que, pour me servir des termes d'un fameux auteur, la lumière Test à l'obscurité.

Réjouissez-vous, habitantes de la Grande- Bretagne : oubliez pour toujours les Johnson, les Haymarket, etc. Venez à Cold-Bath-fields : demandez hardiment Richard Roë, et vous verrez un homme dont l'intention est de vous dispenser des inconvénients de la grossesse, et des douleurs de l'enfantement. C'est là que le plaisir revêtu de tous les traits de la réalité (et non pas un amusement frivole, l'ombre d'un bonheur imparfait), sera mis en usage pour satisfaire vos désirs; vous y verrez Tes bosquets plantés de cet arbuste prolifique, dont les dimensions et les propriétés ont été si élégamment décrites dans un mémoire présenté

parlant de l'enfant dont la femme d'un ministre était enceinte), a été pour vous un paradoxe inexplicable ; c'était à moi qu'il était réservé de mettre en pratique une chose que cet auteur avait regardée comme le souhait d'une imagination déréglée. En un mot, Monsieur, j'ai découvert une méthode par laquelle ce petit embryon, qui existe en conséquence du plus sensible de tous les ravissements, peut sortir aussi sainement et aussi aisément de ce cachot ténébreux, que le souffle amoureux de vos zéphyrs peut y pénétrer.

Rempli de la réussite certaine de mon projet, et frappé de l'idée des avantages qui devaient en résulter pour ma patrie, je quittai mon logement de ville, et je me retirai dans un quartier où les loyers sont à beaucoup meilleur compte : je fis aplanir un terrain assez spacieux, que je fis entourer de murailles, et je disposai de côté et d'autre des fours, ou plutôt des matrices artificielles, dont F usage de-

vait être de recevoir cette charge précieuse que les faveurs de l'amour accompagnent, et qui devait par conséquent rendre aux dames cet état d'innocence dont elles jouissaient avant qu'elles se fussent exposées à avoir besoin de mes conseils. Pour m' expliquer en termes plus intelligibles, je disposai dans les allées de mon jardin des couches de fumier, j'y ajustai des barils, des tonneaux, des poinçons, des pipes et des foudres; des récipiens, en un mot, de toutes grandeurs, afin d'en avoir de proportionnés aux différentes tailles de mes chalandes. Je plaçai dans chacune de ces étuves un panier rempli de coton, et j'y suspendis un thermomètre pour m'assurer du degré de chaleur nécessaire à mon opération. Je fis, à l'exemple du savant auteur de ce Traité, plusieurs trous ou registres, au couvercle de ces fours, je les garnis chacun de leurs bouchons, afin d'y pouvoir faire entrer ou sortir l'air extérieur ou intérieur, et y conserver toujours

pur ce moyen un degré de chaleur égal à celui du corps humain. Après une exacte observation (que je fis dans la maison de Madame Douglas, en présence de plusieurs de mes confrères) de la chaleur des parties destinées à la formation du fœtus, en y introduisant la balle de mon thermomètre, je trouvai qu'elle était de trente-cinq degrés et un seizième ; d'où je conclus que ce grand homme, en prescrivant de mettre sous l'aisselle la balle du thermomètre ne connaissait pas la partie la pluschaude du corps humain, et qu'une femme, quelque variation qu'il puisse y avoir dans les tempéraments, est au moins de trois degrés plus chaude qu'une poule.

C'est à vous, mon cher docteur, et à ce célèbre académicien, que j'ai l'obligation d'avoir su préparer, pour les fœtus, des fours convenables, où le degré de chaleur fût égal à celui qui se fait sentir dans le lieu qu'ils ont coutume d'occuper. Je composai de plus une li-

qneur, analeptico-alexipharmaco-cordiaco-nutritive, pour leur servir d'aliment, après qu'ils auraient été déposés dans mes étuves. J'imaginais qu'il ne me restait plus, après ces précautions, aucune appréhension sur la réussite de mon système, quand il me vint dans l'esprit que j'avais encore à aplanir la principale difficulté, qui fait le malheur de toutes les filles qui suivent malheureusement les mouvements de la nature ; je veux dire qu'il me restait à trouver un moyen de faire déloger ces petits embryons de leur séjour ordinaire. Je me rappelai que, dans le temps que j'étudiais à Oxford, la fille de mon tailleur étant venue m'apporter une robe de chambre, il s'était passé entre nous une petite aventure, dont les suites malheureuses prouvèrent indubitablement qu'un de ces petits embryons s'était niché dans un endroit d'où tous les secrets de médecine que je possédais ne purent le faire déloger qu'au bout de neuf mois, que cette ouvrière mit au

inonde une petite fille, que j'ai été obligé de faire élèvera mes frais et dépens. Le souvenir de cette lâcheuse catastrophe m'interrompit au milieu de mon travail : je sentis que mes matrices et mes fours devenaient absolument inutiles, si je ne trouvais pas un moyen de faire sortir ces petits embryons des habitations que la nature leur a assignées*

Lorsque quelque difficulté m'arrête en travaillant, mon habitude est de m'enfermer dans mon cabinet* Je sais qu'il est des savants qui, en pareil cas, se contentent de faire deux ou trois pirouettes, de prendre du tabac ou de siffler un air, mais j'avouerai que cette recette ne m'a jamais été favorable ; j'eus recours 4 mon ancienne façon d'agir, je me retirai dans mon laboratoire, et m'étant assis dans mon fauteuil, je me mis à rêver et à tâcher d'imaginer un moyen de remédier à l'inconvénient qui suspendait l'accomplissement de mon projet ; je fis des efforts de mémoire incroyables»

pour me rappeler si aucun auteur ancien, ou moderne avait écrit quelque chose de relatif à ce sujet; enfin après bien des tourments, mes yeux se fixèrent sur un . vieux in-douze, sur le dos duquel le libraire,, attentif et ménager, avait écrit sur un petit morceau de papier: Traité des pierres précieuses par Boôtius *: Ah! mon cher Boëtius, m'écriai-je avec transport, que je donnerais volontiers une partie de mes richesses, si tu pouvais éclaircir la difficulté qui m'arrête, hélas I... J'étais si fort livré à la mélancolie de mes réflexions, que je ne m'étais pas aperçu qu'au mQment de mon exclamation le livre de ce bon Hollandais avait quitté sa place et était venu s'ouvrir à mes pieds.

H fallait un événement aussi merveilleux

* Nom latinisé d'Anselme de Boot, qui, écrivant. au commencement du dix-septième siècle, n'était pas encore débarrassé des préjugés qui durent encore au sujet de quelques pierres précieuses.

pour suspendre le chagrin qui me dévorait ; et quoique je n'eusse pas le moindre espoir de trouver le moyen de faire accoucher les femmes, dans un livre qui ne traite que des pierres précieuses, mes yeux s'occupèrent à parcourir la page qui s'était présentée à l'ouverture du livre, et se fixèrent sur un chapitre, en tète duquel je lus le mot : aétites *.

Après beaucoup de verbiage et de prolixité, l'auteur passe aux vertus et à l'usage de ce fameux minéral qui n'est autre chose que la pierre d'aigle, généralement connue par toutes les vieilles femmes de la terre. Après une énumération de tôtites ses propriétés, comme de faire disparaître les esprits, guérir le mal de dents, faire trouver les trésors, etc., je parvins à un article dans lequel l'auteur nous apprend, d'après l'expérience qu'il en a

i L'aetite on pierre d'aigle est un tritoxyde de 1er sans vertus.

faite, que si une femme enceinte la porte à son bras, elle n'aura jamais de fausses couches ; que si, au contraire, elle l'attache à sa jambe, ou à telle autre partie du corps inférieure au siège de la conception, le fœtus, de tel âge, dans telle circonstance qu'il puisse être, sortira immédiatement du ventre de sa mère.

Je me serais fait un scrupule d'ajouter moins de foi à la seconde qu'à la première partie de ce récit miraculeux. J'envoyai en conséquence chercher chez tous les joailliers, à quelque prix que ce fut, toutes les pierres d'aigle qu'ils pouvaient avoir; j'en trouvai heureusement une quantité suffisante pour les besoins actuels de mes pratiques, et pour attendre le retour des courriers que j'avais dépêchés dans les pays étrangers, afin de m'en procurer un plus grand nombre.

Ce fut huit jours après la lecture de votre livre, Monsieur, que je me vis absolument établi dans ma nouvelle habitation : mon jar-

din était préparé, mes matrices artificielles étaient disposées, mes pierres étaient en état ; je n'attendais, en un mot, que le moment fa* vorable pour faire ma première épreuve.

Le lendemain je fis publier que toutes les dames qui voudraient jouir du plaisir que cause ordinairement la façon d'un enfant, sans que leur honneur, ou du moins leur réputation (ce qui est synonyme dans ce siècle), encourût le moindre risque, n'avaient qu'à te rendre chez moi, et qu'elles pouvaient être «Ares d'être délivrées du fruit de leurs amusements, au bout de sept jours et trois heures, sans douleur et sans danger, même sans qu'elles s'en aperçussent*

Vous vous imaginez aisément que je ne manquai pas de visites. J'avais fixé le lendemain du jour de ma publication, pour procurer aux dames cette satisfaction, et je n'étais pas encore levé, quoique je sois assez matinal, que ma salle et mon cabinet étaient remplis de

femmes du voisinage, depuis l'âge de quatorze ans jusqu'à soixante.

Malgré le plaisir que me causa cette affluence de dames occasionnée, sans doute, par une ferveur de zèle pour la propagation de l'espèce, jefus obligé, à mon grand regret, d'en renvoyer la plus grande partie, en les avertissant que lorsqu'elles reviendraient, elles eussent la bonté

- d'amener avec elles leurs galants. Je ne réservai pour subir ma première épreuve, qu'une jeune

• fille de l'âge de seize ans. Après quelques difficultés, qui (ainsi que l'ont remarqué les plus grands philosophes, et principalement M. De...) accompagnent indispensable ment les premières expériences, je crus pouvoir me flatter que

- mon sujet était dans l'état que je désirais, pour voir la preuve de mon système.

Je la gardai pendant sept jours et trois heu-

• res ; (ce n'est pas que cet intervalle de temps soit absolument nécessaire; quelques jours ou

• quelques semaines de plus, ne font pas le

moindre changement, et l'expérience réussira toujours, depuis le moment de la conception jusqu'au neuvième mois). A l'expiration de ce terme, je4a menai dans mon jardin, et après avoir préparé un de mes plus petits fours, dans lequel, au moyen du fumier dont je l'entourai, j'introduisis le degré requis de chaleur, de trente-cinq degrés et un seizième, je pris une de mes pierres d'aigle que je lui attachai avec un ruban, au-dessus de la cheville du pied.

Ainsi disposée pour ce grand œuvre, je la fis entrer dans l'étuve, et je la plaçai verticalement sur le panier rempli de coton, qui devait recevoir l'enfant dont elle était enceinte.

Représentez-vous, maintenant, mon cher docteur, avec quelle impatience j'attendais la fin de mon opération ; mais redoublez je vous prie, votre attention; je n'avais pas encore achevé deux tours de promenade, et mon esprit inquiet travaillait encore à comprendre com-

ment ce miracle pouvaits'accomplir, que j'aperçus ma jeune écolière bondissant, pour ainsi dire, de l'excès du plaisir dont elle était saisie, qui me prenant par la main, me dit avec un transport qui égalait à peine celui que je ressentais : C'en est fait,... mon cher ami, c'en est fait,... je suis accouchée.

Que Ton imagine (si cela est possible) la joie dont je fus transporté à cette nouvelle. Je proférai mille actions de grâces en l'honneur du vénérable Hollandais, dont les lumières avaient aplani mes difficultés, je fis mon compliment à la demoiselle, de ce qu'elle venait de recouvrer l'état dont elle jouissait avant son entrée dans ma maison, et je volai vers le four qu'elle venait de quitter : une faible voix que je crus entendre sortir de l'étuve, et qui en sortait effectivement, suspendit un moment ma course. J'arrivai cependant, et mettant la tôte dans le tonneau, je vis, la postérité le croira- t-elle? un petit garçon, bondissant sur

le lit de duvet que je lui avais préparé ; je fermai aussitôt le four, et courant promptement chercher chez moi un bassin rempli de l'an a* leptic que j'avais composé, j'y plongeai l'enfant qui venait de naître.

Soit qu'il faille que le fœtus respire continuellement, lorsqu'une fois il a commencé à le faire, soit que le conduit de la respiration ne fût pas ouvert à celui qui venait d'éclore, dans un temps où, suivant les meilleurs auteurs, il aurait dû l'être, j'eus la chagrin de voir noyer, en peu de secondes, mon fils uni* que et mon héritier.

Comme M. De... nous dit, que l'on ne doit jamais se flatter de réussir dans les premières, épreuves que l'on fait d'une matière aussi délicate, je supportai la mort de mon enfant avec une constance vraiment philosophique, et l'espérance de la voir bientôt réparée, par la naissance d'une infinité d'autres contribua beaucoup à m'en consoler.

Je donnai un second avis public, par lequel je fis savoir que les dames pouvaient se rendre le lendemain, chez moi, pour essayer les fours les mieux proportionnés à leur taille, et travailler ensuite à la propagation du genre humain, pourvu qu'elles se ressouvinssent ponctuellement du quart d'heure, afin que je pusse calculer le terme de leur accouchement, et faire mes préparatifs en conséquence.

J'avais pris la précaution, avant d'afficher cette invitation générale, de disposer trentecinq étuves, capables, chacune, de recevoir depuis cent jusqu'à cent cinquante embryons; malgré cette attention, le nombre des dames qui me firent l'honneur de me venir voir fut si considérable, qu'après en avoir laissé entrer pendant deux heures, je fus obligé de refermer ma porte, de crier par la fenêtre que ma maison était pleine et qu'il m'était impossible d'en recevoir d'avantage.

Gomme mon dessein était de suivre en tous

points l'exemple de mon maître M. De. .. je me proposai de tenir une note exacte du jour de la formation de oes petits embryons, et, lorsqu'ils seraient éclos, d'en écrire soigneusement la date sur la partie la plus charnue de leurs corps, afin de m'assurer du moment où ils seraient parvenus au terme de neuf mois, et où ils pourraient par conséquent abandonner les fours. Je fis savoir que toutes les dames qui voudraient se divertir chez elles, et m'envoyer exactement leurs noms, les circonstances, Theure et le moment de leurs plaisirs, seraient également reçues chez moi au temps préfixe, et qu'elles y jouiraient des mêmes privilèges que celles que je m'étais déterminé à garder dans ma maison, jusqu'au terme de leur accouchement.

Le nom des personnes m'était absolument nécessaire à plusieurs égards ; je craignais ce* pendant qu'on ne voulût pas y souscrire, et j'envisageais ce refus comme un très-grand

obstacle à l'exécution de mon système. J'avais grand tort, et je demande mille pardons aux femmes de mon pays de les avoir soupçonnéesd'une qualité qui n'est plus absolument de mode, je veux dire de modestie. Je reçus un si grand nombre de notes qu'on ne pouvait suffire à les enregistrer, et que je me vis forcé, au bout de quarante heures, d'avertir qu'il m'était impossible de faire honneur à un plus grand nombre de billets, et que les dames qui s'exposeraient jusqu'à nouvel ordre, agiraient à leurs risques, périls et fortunes.

Je m'enfermai chez moi, et je me livrai tout entier à l'étude des moyens de perfectionner ma découverte, jusqu'à l'expiration du terme prescrit pour commencer mes expériences avec les dames que j'avais dans ma maison. Je visitai tous les jours mes matrices artificielles, et j'eus grand soin d'y entretenir le même degré de chaleur, soit en ouvrant ou fermant les registres, soit en ôtant ou ajoutant du fumier.

Enfin le moment si ardemment désiré arriva : je fis passer mes pensionnaires dans mon jardin, et dans l'espace d'une heure, elles* furent toutes heureusement délivrées du fruit de leurs récréations; elles prirent congé de moi après de grands remerciements, et des prières instantes de leur faire savoir le jour auquel je voudrais bien leur accorder de nouveau l'entrée de ma maison.

Les dames externes, qui avaient pris date pour les deux jours suivants, furent exactes au rendez- vous et elles trouvèrent, toutes, le même soulagement à leurs inquiétudes. En un mot, l'accouchement général fut si heureux, que je me trouvai, en trois jours, à la tête d'une armée de plus de trois mille embryons. Je me gardai bien de les plonger dans monanaleptic; la fatale expérience que j'en avais faite sur mon fils ne m'avait malheureusement que trop instruit sur ce sujet.

L'heureux succès que je venais d'éprouver

en donnant l'être à un si grand nombre de petits hommes et de petites femmes, concourait à me persuader qu'il était possible de trouver un moyen de les faire parvenir jusqu'au terme de neuf mois, et que cette réussite dépendait de la composition ou de l'application d'une liqueur qui put leur servir de nourriture; c'est ce qui, dès ce moment, fit l'objet principal de mes recherches et de mes travaux.

Cependant, malgré cette persuasion, qui pouvait être regardée comme fondée, je ne né* gligeai rien, et je fis diverses expériences pour tâcher de parvenir par une autre voie, si cela était possible, à la perfection de ma dé* couverte. J'observai pour chaque étuve parti* culière une conduite différente, afin que ai l'une venait à manquer et l'autre à réussir, je pusse constater une façon de les gouvernée.

J'ajoutai du fumier à l'une, j'en ôtai à l'autre, je couvris celle-ci d'une couverture, afin d'em* pêcher l'air extérieur d'y pénétrer ; je hissai

celle-là découverte, afin qu'elle y fût continuellement exposée. Dans certains fours j'ouvris tous les registres, dans d'autres je les fermai. Mais, hélas ! est-il possible de songer à tout dans un coup d'essai ? Non sans doute, et pour imiter la sincérité de notre grand maître Hippocraie, qui, après un long détail de la manière dont il traita une maladie, confesse ingénuement que le malade en mourut, je dois, malgré le chagrin que j'en ressens encore, convenir ici, de bonne foi, que toutes mes espérances furent renversées par la mort successive de tous mes embryons : les uns périrent de l'excès du froid, les autres de l'excès du chaud ; le défaut d'air en étouffa plusieurs; sa trop grande abondance en fit mourir un aussi grand nombre ; en un mot, de trois mille fœtus que je possédais, il me fut impossible d'en faire vivre un plus de quatre jours.

Je viens, Mousieue, de vous faire un exposé

véridique de l'état où en esl ce grand œuvre, et je suis persuadé que vous convenez intérieurement qu'il est possible de le conduire à sa perfection, et de trouver un moyen d'élever ces fœtus jusqu'au moment auquel on peut les remettre entre les mains des nourrices.

Permettez-moi, maintenant, de vous demander ce que vous pensez de l'obligation que doit m'avoir le monde entier pour une pareille découverte ? De quelle récompense assez considérable ma patrie peut-elle payer un secret qui va là rendre la plus riche et la plus puissante nation de l'Univers ? Mon ambition cependant sera satisfaite, quant à présent, si l'on veut m'accorder une souscription volontaire parmi les dames, pour l'établissement de mes nouveaux fours, et des patentes qui m'en assurent le revenu pendant quatre-vingt-dixneuf ans, aux conditions que dans vingt et un ans de leur date, je m'engage à fournir annuellement cent cinquante mille hommes en état

de porter les armes et de défendre mon roi et ma patrie.

Laissons, Monsieur, aux Français le soin de faire éclore des poulets, et travaillons à faire naître des hommes. Quel est l'ennemi qui pourra nous résister, lorsqu'un seul jardin suffira pour mettre sur pied des armées considérables? Que sont, en comparaison de mon système, les différents plans de ces cerveaux brûlés, qui nous étourdissent depuis vingt ans de leurs projets pour acquitter les dettes nationales ? Que ma découverte soit encouragée comme elle le mérite, et il ne sera question ni d'inventer de nouveaux impôts ni de réduire les intérêts des emprunts publics*

La richesse d'un royaume consiste sans contredit dans le nombre de ses habitants; par conséquent, si la proposition qu'avance un de mes compatriotes est vraie, c'est-à-dire, si tout sujet mâle existant rapporte au roi dix guinées par an, combien de millions ne vais-je point

mettre dans les coffres de ma patrie, par la quantité innombrable de citoyens dont je vaisla peupler ?

Heureux le pays dans lequel est né Richard Roë; mais plus heureux encore Richard Roéy d'être né dans un pays qui mérite, à un si juste titre, un aussi grand bonheur ! Je sais, moa cher docteur, que vous et moi nous vivons dans un siècle où l'usage est d'établir la théorie, et de forcer ensuite la pratique à y correspondre ; mais moi, qui crois pouvoir, avec raison, me distinguer du reste des hommes, je veux être le fondateur d'une nouvelle méthode de philosopher et, maintenant que j'ai fermement constaté le fait, je vais en établir la théorie.

On m'objectera peut-être que mon système ne tend à rien moins qu'à produire des enfants, et comment est-il possible, s'écriera te public, qu'un homme puisse produire son semblable ?

C'est une question à laquelle une jeune fille de dix-neuf ans aurait bientôt répondu; maie

ce n'est pas ce dont il s'agit maintenant : je ne crée pas plus des hommes que M. De ... ne crée des poulets ; notre intention commune est seulement de les faire naître et de les élever jusqu'à un certain âge.

Mais je suppose que mon but soit d'en produire : où sont les raisons qui m'çn démontrent l'impossibilité? Les enfants sont du nombre des productions de la nature, pourquoi donc ne serait-il pas possible de faire ses fonctions dans une de ses productions aussi bien que dans une autre. Combien de certitudes n'avons-nous pas aujourd'hui que l'on peut faire de l'or, et combien de preuves avons-nous qu'on est parvenu à en faire I II n'est pas douteux que l'on parviendrait également à produire les autres métaux, si l'on voulait s'y appliquer, ou si le bénéfice qu'on en retirerait était suffisant pour dédommager des panes qu'on aurait prises pour y réussir.

Des minéraux passons aux végétaux ; pour*

quoi ne serait-il pas aussi aisé de produire un enfant de sou principe, dans un tonneau ou dans un four, .qu'il est facile de faire revivre de leurs cendres un lys ou une tulipe dans un récipient.

U est vrai que ces plantes ressuscitées n'ont pas une plus longue durée que n'en ont eu malheureusement mes embryons, et qu'elles retournent en cendres, aussitôt que l'air les a frappées; mais peut-être que le secret de les rendre durables et celui de conserver mes petits hommes, seront découverts en même temps.

Si l'on veut se donner la peine de lire nos Transactions philosophiques, ouvrage auquel ce serait un aussi grand crime de ne pas ajouter foi, que de révoquer en doute le contenu d'un livre que, par respect nous ne nommons jamais dans nos assemblées, on y trouvera le détail d'un moyen de produire des oranges aussi douces et aussi sucrées que celles

que Ton va chercher dans les pays étrangers.

Le profond génie auquel nous sommes redevables de cet art merveilleux nous assure Favoir non-seulement inventé, mais même éprouvé quelquefois.

H ne faut, pour y parvenir, que mettre dans une bouteille d'huile d'amandes douces quelques fleurs d'orangers, les y laisser dissoudre, et fermer ensuite la bouteille jusqu'à la saison suivante : alors on verra dans la bouteille quantité de fleurs s'épanouir, se nouer, et produire enfin des oranges d'un goût et d'un parfum délicieux.

Mais c'est assez parler des productions inanimées : disons quelque chose des êtres vivants.

Tout l'univers a entendu parler de ce Français qui produisait des insectes, des minéraux et des végétaux, dans uu peu de terre qu'il avait séparée d'une eau distillée.

Le fameux Kenelm Digby produisait des écrivisses, et il en fournissait journellement sa table.

Le grand Paracelse, dont les écrits ont an moins autant de réputation que nos Transactions philosophiques, nous assure avoir fait plusieurs fois, dans une bouteille chimique, une figure humaine qui remuait, qui parlait et qui raisonnait '.

Si Paracelse a opéré ce prodige sans le secours d'aucune matrice, à combien plus forte raison'mon système doit-il paraître praticable ' à tout homme qui réfléchit, puisque je me sers d'un récipient qui, moyennant mes préparations, fait les fonctions de celui de la femme, et que j'y dépose un fardeau qu'elles n'auront plus l'incommodité de porter, que pendant la trente-cinquième partie du temps ordinaire.

1 C'est l'homunculuB retrouvé par Wagner, le ûr mutas du docteur Faust.

Mais, sans avoir recours aux chimistes et aux philosophes, l'histoire nous fournit planeurs exemples qui concourent à confirmer la solidité de ma découverte.

Par quel moyen Bacchus est-il parvenu de l'état d'embryon au terme ordinaire, si ce n'est par l'effet de ceux dont je viens de donner le détail T

C'aurait été un anachronisme grossier d'in > troduire l'usage des tonneaux dans le monde, avant que le Dieu du vin eût existé ; aussi le héros qui le conserva fût-il obligé d'avoir recours à la ruse dont s'est servi un voyageur, pour cacher un diamant qui avait été dérobé : il se fit une incision.à la cuisse dans laquelle il le recela.

On sait que l'usage des cottes est de donner toujours un air dé prodige aux événements les plus simples ; mais, sans nous arrête' aux ornemente de k fiction, rapportons l'histoire telle qu'elle est.

Il régnait jadis en Crète un certain Jupiter, qui était, sans contredit, le plus débauché de son royaume. Dans le nombre des dames qui Tenaient faire leur cour, à la reine, il jeta les yeux sur une brune fort piquante nommée Sémêlé, qui était la fille d'un vieux officier de son armée. Son rang lui facilita bientôt les moyens de s'introduire auprès d'elle, et d'en obtenir des faveurs qu'on refuse rarement à son roi ; mais, comme c'était un libertin déterminé, il avait à peine chaussé l'individu de Bacchus qu'il abandonna sa conquête et vola dans les bras d'une autre femme, qui lui joua un fort vilain tour, et qui paya d'un retour très-cuisant les soins qu'il lui rendit pendant plusieurs jours*

Jupiter ne fat éclairci sur son infortune que lorsqu'il en eut communiqué les fruits amers à la reine son épouse.

Par un bonheur singulier, le roi n'avait point eu, depuis cet accident, d'entrevues se*

rieuses avec Sémélé, et il ne lui avait rendu que quelques visites de bienséance, par rapport à l'enfant dont elle était enceinte.

Junon, dans la résolution de se venger des douleurs qu'elle souffrait, prit le parti de se déguiser, de parcourir son royaume, pour tâcher de découvrir la femme qui avait fait ce funeste présent à son mari. Elle se rendit chez Sémélé; mais, à l'ingénuité de sa conversation, elle reconnut aisément qu'elle était non-seulement innocente sur la cause de son désespoir, mais même que Jupiter ne lui avait point fait part de la maladie dont il était atteint.

Cependant, comme elle savait qu'il n'y avait pas longtemps que Jupiter l'était venue voir, elle fut si piquée de ce qu'il avait respecté sa santé, qu'elle forma sur-le-champ le dessein de l'associer à son malheur ; elle entra dans un grand détail sur les qualités de son mari, fit l'éloge avantageux de son mérite, de ses talents, de sa vigueur et des agréments de sa

personne. « Ma chère demoiselle, loi dii-eUe, je connais Jupiter mieux que vous ne pensez ; je rous veux du bien, et je ne puis m'empêcher de vous donner un bon avis : je vois qu'il s'est contenté auprès de vous (l'un badinage assez superficiel; tâchez de l'engager à vous traiter de la même façon dont je sais qu'il en use avec sa femme, et je vous garantis des plaisirs dont son amour ne vous a donné juaqu'à présent qu'une idée très-imparfaite. »

Sémélé, jeune, curieuse, et qui avait d'ailleurs une inclination décidée pour le plaisir, fit ses réflexions sur les conseils qu'on venait de lui donner; elle se ressouvint qu'effectivement depuis plusieurs jours son amant la traitait avec beaucoup d'indifférence. A la première visite qu'elle en reçut, elle lui fit innocemment mille agaceries, pour éprouver si tout ce qu'on lui avait dit était vrai. Jupiter, se voyant ainsi prévenu, s'étourdit insensiblement sur les remords qui auraient dû le retenir, et, cédant

enfin à l'attrait du plaisir qui lui était offert de si bonne grâce, il se précipita dans les bras de sa maîtresse, et lui fit part de toute la volupté dont on avait flatté son imagination, ainsi que de toute la subtilité du poison dont il était enrichi.

Un libertin honnête homme fait rarement d'affront de cette espèce à une femme, sans en avoir un sincère repentir. Jupiter devint mélancolique, et craignant pour la santé de Sémêlé, comme pour celle de l'enfant dont elle était enceinte, il la mit entre les mains d'un certain Apollon, médecin à la mode de ce temps-là, qui, pour préserver Bacchus de ee venin contagieux, le fit sortir aussitôt du sein de sa mère. L'histoire ne nous dit pas si ce fut avec la main, ou par le moyen d'une pierre d'aigle, que l'opération fut faite; elle nous apprend seulement que Jupiter le renferma dans sa cuisse, et qu'à l'expiration du terme ordinaire, il mit au monde ce Dieu de la gaîté qui, par

son amour pour les femmes, pour le vin et pour la guerre, peut servir de modèle à tous nos héros modernes.

On m'objectera peut-être que, lorsque Bacchus subit cette transmigration, il était déjà âgé de cinq ou six mois, et que par conséquent, cette expériencene peut rien prouver en faveur de la mienne. Pour faire taire la critique, je vais rapporter l'histoire d'Erichton, roi d'Athènes.

H est absolument hors de doute que ce prince n'a jamais exité plus d'une demi-minute dans le ventre de sa mère, si même il est bien prouvé qu'il y ait existé. Voici l'histoire telle qu'elle est.

Une fille de ce temps-là, nommé Pallas, qui avait une inclination extraordinaire pour la guerre, fut trouver un armurier boiteux de sa connaissance, et le pria de vouloir lui faire une armure. L'ouvrier le lui promit, mais aux conditions que pour arrhes elle lui accorderait certaines faveurs : la belle y consentit, et il

s'était à peine écoulé une demi-minute depuis la consommation du marché, qu'elle se ressouvint avoir fait vœu de chasteté. Que fltelîe? Elle délogea sur-le-champ le petit Erichton et, à l'imitation de Jupiter son père, elle le porta dans sa cuisse pendant neuf mois, à l'expiration desquels elle mit au monde ce héros, à qui l'univers est redevable de Pinvention des fiacres. •

J'en appelle maintenant, Monsieur, à tous mes confrères, à vous même, et je demande si je n'ai pas suffisamment démontré le ridicule et les inconvénients de votre système, et, si au contraire, je n'ai pas fermement établi par des preuves tirées de la raison, de l'expérience et de l'histoire, que le mien est sans comparaison beaucoup mieux imaginé, et pour l'utilité de Funivers en général, et pour la satisfaction des dames en particulier.

Il me reste maintenant à vous détromper sur l'honorable Société dont j'ai l'honneur

d'être, et dans laquelle je suis prêt à signer que vous méritez d'être admis.

La mauvaise opinion que vous en avez ne vient que de l'ignorance où vous êtes de la nature de notre institution ; et cette ignorance,, permettez-moi de vous le dire, Monsieur, est inexcusable dans un homme de votre mérite..

Ayez la bonté de nous rendre une visite, et vous verrez que, pour peu que l'on ait de goût pour le plaisir de faire des brochures, le système entier de l'univers ne peut pas en fournir d'occasions et de sujets plus favorables que nos assemblées.

C'est nous, Monsieur, qui avons prouvé des choses.... que personne, excepté nous, n'aurait jamais imaginé avoir besoin de preuves»

Je pourrais , pour vous en convaincre, vous rapporter ici les utiles dissertations que noua avons faites sur la chaleur du feu, sur les insectes, sur la différence qu'il y a entre l'herbe et le foin, eto. Haie comme ce serait vouloir

faire un volume de cette lettre, j'aime mieux tous renvoyer à l'original, et je vous prie de vouloir bien vous donner la peine de lire nos Transactions philosophiques.

J'ai l'honneur d'être, avec le désir le plus sincère de vous voir de notre société,

Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Richard R0&

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